Course à pied : Romain Carette court plus vite que le quotidien
SACRAMENTO – Romain Carette était il y a quelques jours au départ du marathon de Sacramento, son grand objectif annuel. Entre ambitions chronométriques, gestion de course et désillusion finale, ce Français installé à Toronto depuis 2021 incarne cette élite amateur de la course à pied capable de concilier vie professionnelle exigeante et performances de haut niveau.
Arrivé à Toronto en pleine pandémie, en juin 2021, Romain Carette s’est installé dans la ville comme il aborde ses courses : patiemment, méthodiquement, et avec une énergie qui semble inépuisable. Ce Français originaire de Tourcoing mène de front une carrière de Presentation Designer et un niveau de course à pied quasi élite, entretenu au prix d’un quotidien parfaitement réglé.
Avant les chronos, il y avait le basket. Pendant quinze ans, du plus jeune âge jusqu’à ses 20 ans, le Nordiste jouait en club. C’est par hasard qu’il découvre son potentiel en course à pied.
« J’ai annoncé à mon père que j’avais réalisé 10 km en 40 minutes. Et il m’a répondu, étonné que ce n’était pas possible, que je m’étais trompé. » Pour vérifier, il s’inscrit à un 10 kilomètre locale à Tourcoing. Résultat : 37 minutes pour sa première course, sans club, sans rien. La progression ne fait ensuite que s’accélérer.
Un athlète amateur… au rythme professionnel
S’il reste rattaché à son club de Tourcoing, la distance et le décalage horaire font qu’il est quasiment impossible de se coordonner avec un technicien de la course à distance. C’est donc désormais sans entraîneur, mais avec quinze ans d’expérience qu’il organise seul sa préparation.
« Je ne dors pas beaucoup. Je me réveille très tôt au matin, 5-6 heures, et je vais courir avant le boulot. Quand j’ai 20 kilomètres à faire, c’est réveil à 5 heures, départ 5h30. »

En pleine préparation de marathon, il s’entraîne deux fois par jour. « Dans les semaines les plus chargées, c’est matin et soir », confie-t-il.
Et surtout, son rythme ne laisse aucune place au repos. Il court tous les jours du lundi au dimanche. « C’est vraiment sept jours sur sept avec un objectif annuel que je me fixe de faire 5000 kilomètres. »
Un sport exigeant… et coûteux
Malgré cette préparation de pro, l’athlète de 35 ans demeure un amateur, dans le sens où il n’est pas sponsorisé. Le matériel, les chaussures, les voyages… Presque tout est à sa charge. « Dès qu’il y a des promos… je me jette dessus », précise-t-il, amusé.
Son club en France lui attribue une aide annuelle selon son niveau, mais cela reste marginal. Selon l’évaluation de son niveau (sur une échelle qui va de National 4 à 1), il reçoit 400 euros par échelon.
« Ma meilleure perf’ a été National 3, donc j’ai reçu une fois une prime de 800 euros. Sinon, en général, je suis National 4, donc j’ai 400 euros par an. »

Cette prime annuelle, qui lui permet notamment de payer le matériel, est loin de couvrir l’ensemble de ses dépenses, dans un contexte de hausse incessante des coûts d’inscription, qu’il parvient à éviter en se faisant inviter sur les compétitions locales grâce à sa notoriété acquise dans le Grand Toronto.
« Si je devais payer 75 dollars pour courir un 5 ou un 10 kilomètres, je ne le ferais pas, affirme-t-il.
Les voyages représentent la partie la plus honéreuse. Parfois, il tente de concilier voyage professionnel et course, mais la plupart du temps, tout est à sa charge. Pour cette raison, il ne participe en général qu’à un seul marathon « international » nécessitant un voyage coûteux par an.
Un palmarès construit entre l’Europe et l’Amérique du Nord
Au cours des 15 dernières années, Romain a couru à Valence, Barcelone, Rotterdam, Boston, Sacramento, Vancouver ou encore Cocoa Beach. Une trajectoire marquée par la constance et par de solides performances, autant en Europe qu’en Amérique du Nord.
À Toronto, il a signé en 2025 l’une de ses saisons les plus accomplies : victoire au Toronto 5K en mai, au Pride Run 5K en juin, 6ᵉ place au Rev & Run 5K, nouveau succès au 10KTO en juillet, avant de remporter en octobre le marathon d’entraînement de Prince Edward County. Le même mois, il a bouclé le semi-marathon du Toronto Waterfront en 1h08min40, son objectif chrono de l’automne.
Parmi ses souvenirs les plus marquants, il cite Cocoa Beach, son premier marathon remporté en 2h28′, à 12 secondes du record de l’épreuve.

Sacramento : un objectif majeur qui bascule après le 30ᵉ kilomètre
Et puis, il y a eu Sacramento, son unique grand marathon international de 2025, celui qu’il avait soigneusement préparé pendant des mois et qu’il abordait avec l’ambition de battre son record personnel (2h22′), peut-être même de se rapprocher des 2h20′.
C’était le week-end dernier. Durant plus de 25 kilomètres, le plan se déroulait parfaitement. « Je passe vraiment le 5, le 10, le 15, le semi pile poil dans les chronos que je voulais. […] Le 25e, je suis encore dans les chronos, mais je sens que ça commence à devenir dur. »
Malheureusement, Sacramento a confirmé sa réputation : un parcours dont la descente annoncée masque une première moitié en « montagnes russes » qu’il avait évoquée avant la course… et qui a fini par lui coûter cher.
« Au 30e kilomètre, je n’étais plus dans les chronos pour faire moins de 2h20, mais j’étais toujours dans les temps pour faire mon record… mais c’est là que ça s’est compliqué. »

Puis est venu le moment que tous les marathoniens redoutent… « J’ai mangé le mur. C’était très compliqué de finir. »
La fin de course est devenue un combat entre le mental et le physique. Sur les quatre derniers kilomètres, il a terminé en faisant « une alternance marche-course, marche-course ». Il a fini l’épreuve en 2h33′, loin du chrono espéré.
Cette fois encore, le marathon a rappelé sa loi. « Parfois, ça passe, et parfois, c’est le marathon qui gagne. »
Un gouffre persistant avec les meilleurs du monde
Ce résultat n’entame cependant pas sa lucidité sur son niveau réel, ni son admiration pour les professionnels qui dominent la discipline. « Les meilleurs au monde font ça en 2h05’… On ne se rend pas compte ce que c’est de passer de 2h22 à 2h05.
Derrière ces 17 minutes, il y a tout un monde d’écart. Ce sont des pros, ils sont encadrés, tout est contrôlé jusqu’au sommeil. Ils ont tout : l’équipe, les masseurs, les nutritionnistes, l’équipement pour la récupération. »
Dans la voix de Romain, on sent la fatigue, la déception… et l’âpreté du marathon. Pourtant, cette contre-performance à Sacramento n’a pas brisé sa détermination. « Je ne sais pas si, avec mon âge vieillissant, j’aurai encore beaucoup de chances de faire moins de 2h20… » confie-t-il. Et puis, presque sur un ton de défi : « Mais, on va retenter. »
En point de mire : Chicago 2026. Le marathon de la ville de l’Illinois aura lieu de 11 octobre 2026.