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COVID-19 et impact sur les entreprises franco-ontariennes

COVID- 19 : ces entreprises franco-ontariennes qui mettent la clé sous la porte

Temps de lecture : 4 minutes

Avec la suppression le 1er mars du passeport vaccinal et l’annulation de la limite de capacité en intérieur, l’Ontario est probablement sur le point de sortir de la crise causée par la COVID-19. Toutefois, si le lourd bilan sanitaire est connu, celui économique l’est beaucoup moins, à l’instar de l’impact sur les entreprises franco-ontariennes dont, de visu, plusieurs ont mis la clé sous la porte pour toujours. ONFR+ s’est intéressé au phénomène.

Si on cherche des chiffres concernant le nombre de commerçants et/ou d’artisans franco-ontariens qui ont fermé boutique après plus de deux années de restrictions causées par le Coronavirus et de ses variants successifs, il va falloir repasser plus tard.

« Malheureusement, il est encore tôt pour avoir des chiffres sur les entreprises francophones qui ont définitivement cessé leur activité à cause de la pandémie, mais je peux vous dire que selon mes observations sur le terrain, je connais au moins quatre commerces francophones qui ont fermé pour de bon. Ça paraît peu, mais c’est énorme pour un petit village de l’Est ontarien », fait savoir Julie Brisson, présidente de la Chambre de commerce de Prescott-Russell qui représente trois municipalités, celles de Russel, de La Nation et de Casselman.

En effet, à l’heure de la mise sous presse, aucune quantification relative aux PME franco-ontariennes qui ont fait banqueroute durant la période pandémique n’est disponible.  

Restent donc les témoignages comme celui d’Imane Naji, une Franco-ontarienne qui détenait un restaurant de spécialités marocaines à Toronto et qui a cessé son activité durant la COVID.

« L’une des raisons pour lesquelles j’ai fermé est la pénurie de main-d’œuvre pendant la pandémie, car tous les employés touchaient la Prestation canadienne d’urgence. Personne ne voulait travailler pour gagner la même chose sinon moins. Le phénomène existait avant certes, mais cette pénurie s’est aggravée durant la crise sanitaire », constate-t-elle.

Des données pas prêtes de voir le jour

« Les données du ministère du Développement économique sont parcellaires et ne font pas la différence entre les entreprises francophones et les entreprises anglophones », confirme Richard Kempler, directeur général de la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA).

Julie Brisson, présidente de la Chambre de commerce de Prescott-Russell. Gracieuseté

Fait étonnant, M. Kempler affirme également que, dans l’ensemble, l’Ontario affiche moins de faillites de ses entreprises en 2021 qu’avant la pandémie. Un fait qui, selon lui, pourrait s’expliquer par le déploiement des mesures d’aides gouvernementales.

« Ceci dit, si on parle de commerces de détail ou qui opèrent dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration, oui, il y en a beaucoup qui ne rouvriront pas. C’est le cas dans l’Est de l’Ontario par exemple où il y a une forte population francophone », rectifie-t-il.

Au-delà du nombre, des symboles qui disparaissent

C’est justement dans les « petites » localités que le phénomène prend toute sa mesure. Et pour cause, ces endroits sont souvent synonymes de lieux de rassemblement, voire de points de repère pour la communauté francophone.    

« Ces espaces n’étaient pas seulement des commerces, ils étaient aussi des places de rencontres et de partage pour la communauté qui y célébrait sa culture. On avait par exemple des artistes locaux qui partageaient leur travail dans ces endroits où étaient organisés des évènements pour la communauté. C’est donc une perte énorme pour les francophones de la région », regrette Julie Brisson.

Les PME francophones moins digitalisées

L’un des éléments qui expliquent ces fermetures – et les prochaines – est à chercher du côté du digital. En effet, alors que le secteur numérique a fait un bond de géant durant la pandémie et constitue l’avenir dans plusieurs secteurs des PME, les entreprises ontariennes paraissent accuser un retard conséquent en la matière.

Plus encore, certaines entités appelées « entreprises zombies » dans le jargon des affaires, à savoir qu’elles ne doivent leur survie jusqu’à présent qu’aux aides gouvernementales, pourront être amenées à disparaître dans un avenir proche, et ce par manque de ressources pour investir dans les nouvelles technologies.

Richard Kempler, directeur général de la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA). Gracieuseté

« Les entreprises franco-ontariennes sont à la traîne en ce qui concerne la digitalisation de leur activité. Plus de 60 % des PME franco-ontariennes ne sont pas équipées de solutions de e-commerce viables, c’est beaucoup. C’est pour cela qu’on essaie d’attirer l’attention de nos membres et des pouvoirs publics pour l’élaboration d’un vaste plan avec des actions spécifiques pour les francophones dans ce domaine. C’est un vrai défi », estime Richard Kempler.

À titre comparatif, d’après le plan d’Aménagement de la stratégie ontarienne pour la réussite des petites entreprises publiée par le gouvernement de la province en 2020, ils seraient 40 % des petites entreprises de l’Ontario qui ne possèdent pas de site Web.

Si pour la FGA, l’une des solutions pour les PME franco-ontariennes pour ne pas rater le train de la relance post-pandémique réside dans la numérisation, pour Mme Brisson, il faut consommer local, car « si on n’encourage pas ces petites entreprises et nos artisans, c’est toute la communauté franco-ontarienne qui perd son identité ».

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