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COVID-19 : l’Ontario atteint la barre des 10 000 morts

Temps de lecture : 3 minutes

Le cap des 10 000 morts en Ontario pour cause de la COVID-19 a été atteint ce mardi. Au-delà du caractère symbolique du chiffre, la province demeure en adéquation avec la moyenne nationale et bien en dessous de la situation mondiale. Mieux que cela, la tendance mortuaire est à la baisse. Toutefois, la découverte de cinq cas confirmés du nouveau variant au Canada fait craindre le pire.

Alors que la détection de quatre cas du nouveau variant Omicron en Ontario fait planer l’ombre de nouvelles restrictions, ou du moins d’une pause dans le plan de la levée des restrictions établi par le gouvernement provincial, la barre symbolique des 10 000 décès liés à la COVID-19 vient d’être atteinte. Cependant, si la symbolique du nombre interpelle le commun des mortels, un regard plus cartésien pousse à relativiser.     

« C’est vrai que c’est un chiffre qui marque les esprits et que ce sont là 10 000 morts de trop, mais, au regard des progrès faits en matière de vaccination et des mesures prises, les décès liés à la COVID en Ontario et au Canada ont été en grande partie évités », fait savoir la professeure Nimâ Machouf, Épidémiologiste, chargée de cours à l’école de santé publique de l’Université de Montréal. 

À titre comparatif, 10 000 morts représentent environ 10 % de la totalité des décès enregistrés par la province en 2019, soit juste avant l’avènement de la pandémie. Par ailleurs, le taux de mortalité ontarien lié à la COVID-19 n’est que de 1,6 %, ce qui équivaut à la moyenne nationale et largement en dessous des 2,6 % qu’affiche le Québec, malgré une population 40 % moins nombreuse.

Professeure Nimâ Machouf, Épidémiologiste, chargée de cours à l’école de santé publique de l’Université de Montréal. Gracieuseté.

Le nouveau variant Omicron inquiète

Si la professeure Nimâ Machouf se montre plutôt satisfaite des résultats obtenus jusqu’à présent, elle l’est beaucoup moins quant à l’avenir proche et la façon dont le gouvernement fédéral riposte au nouveau variant Omicron. Selon elle, les responsables politiques ont levé les restrictions sur les voyages trop tôt, se tirant ainsi une balle dans le pied.   

« On ne connaît pas encore grand-chose sur ce variant, mais on y a déjà décelé une trentaine de mutations à l’endroit même où nos anticorps sont supposés agir. C’est tout de même inquiétant. Ce qu’il aurait fallu faire c’est tester tous les voyageurs à l’arrivée, quelle que soit leur provenance », regrette-t-elle.

Et de prévenir : « Il faut être conscient d’une chose. Si on a détecté la présence d’Omicron en Ontario, cela veut dire que cette nouvelle version circule déjà depuis une ou deux semaines, ne serait-ce que parce que de génotypage prend du temps. Donc on devrait s’attendre à trouver plus de cas en Ontario et au Canada, comme dans le monde, du reste. »

Les immigrants meurent plus que les natifs

Un autre phénomène plus discret ressort de sous la loupe des rapports diffusés par Statistique Canada, celui du taux de mortalité particulièrement élevé chez la population immigrante dans le Canada en général et dans l’Ontario en particulier.

En effet, une étude publiée en juin dernier et qui traite des décès liés à la COVID-19 chez les immigrants montre que cette catégorie de la population a plus de probabilité de mourir du Coronavirus que celle des natifs.

« La COVID-19 a eu une incidence disproportionnée chez certains sous-groupes de la population. Les résultats obtenus dans le présent rapport montrent que la part d’immigrants décédés de la COVID-19 était proportionnellement plus élevée que la part d’immigrants dans l’ensemble de la population canadienne. Cela est particulièrement vrai chez les personnes de moins de 65 ans et chez les hommes », peut-on y lire.

Le constat est singulièrement plus prononcé en Ontario où, à en croire le rapport, 40 % des décès attribués à la pandémie se trouvent du côté des immigrants, alors que ceux-ci représentent moins de 30 % de la population totale, soit un ratio de charge de 1,4, loin des 1,1 enregistrés au niveau national.

Pour l’épidémiologiste, ces observations ne sont guère étonnantes dans la mesure où elles s’expliquent par la disparité socio-économique. « Si l’on regarde de plus près, on s’aperçoit que ce ne sont pas les immigrants les plus riches qui sont les plus atteints par ce phénomène. Ajoutez à cela un taux de comorbidité comme le diabète ou l’hypertension spécialement haut chez cette population, et vous obtenez un risque plus élevé de mourir de la COVID-19 », élucide-t-elle.

Néanmoins, les données prises en compte dans cette étude sont axées sur la première vague pandémique qu’a connue la province, autrement dit, la plus virulente en termes de décès et où on pouvait franchir la barre des 80 morts par jour. Pour l’heure, aucune autre étude à ce sujet n’a été rendue publique, pas plus qu’une étude communautaire, et encore moins dédiée aux francophones.

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