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COVID-19 : « Un retour à la normale pour 2022, après cet hiver », prédit un infectiologue

Temps de lecture : 4 minutes

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Dr. Santiago Perez Patrigeon est spécialiste des maladies infectieuses au Centre des sciences de la santé de Kingston. Il est également assistant-professeur à l’Université Queens.

LE CONTEXTE :

Alors que l’Ontario vient d’annoncer l’élargissement de la vaccination contre la COVID-19 aux 5-11 ans, le nombre de cas quotidiens dans la province est reparti à la hausse, fauchant dans son sillage encore plus de vies pour frôler la barre symbolique des 10 000 décès.  

LENJEU :

Malgré le taux de vaccination élevé, une quatrième vague se profile avec l’hiver. La province de l’Ontario n’échappe pas à la recrudescence saisonnière observée dans plusieurs pays et veut éviter de faire une pause notoire dans le plan de réouverture ou, pire, un confinement partiel.

« Le nombre de contaminés est reparti à la hausse malgré un taux de vaccination de la province des plus élevés au monde. Cela veut-il dire que l’efficacité des vaccins diminue avec le temps ?

Non, pas du tout. La hausse qu’on observe en Europe est indéniablement liée aux gens non vaccinés. On remarque dans ces pays que plus le pourcentage des non-vaccinés est grand et plus le nombre de cas est élevé. L’exemple le plus frappant est celui de l’Allemagne qui ne compte que 65 % de personnes vaccinées. D’un autre côté, si l’on combine les données, on remarque clairement que, par pays, plus il y a d’individus vaccinés, plus la mortalité diminue. En ce qui concerne l’Ontario, il est vrai qu’on assiste actuellement à une hausse des cas, mais on est loin des niveaux de l’année dernière où on a eu une troisième vague terrible juste après les célébrations d’Halloween et le jour de l’Action de grâce, c’est comme s’il s’agissait de deux épidémies différentes. Cela a été rendu possible grâce à la vaccination. Mais attention, il ne faut pas se leurrer : il faut s’attendre à voir de plus en plus de cas chez les vaccinés. 

N’est-ce pas un peu paradoxal, ce que vous dites-là, professeur ?

Non, pas du tout, c’est juste une question de probabilité. Si tout le monde est vacciné, eh bien les seuls cas qu’on va observer seront chez les vaccinés. Même si toute la population était vaccinée, on aurait encore des cas, mais personne n’en mourra. C’est là où réside toute la différence. Pour le moment, en Ontario, on est dans une proportion de 50 % des nouveaux cas observés chez les vaccinés et l’autre moitié chez les non-vaccinés. D’un point de vue médical, c’est presque un retour à la normale, comme s’il s’agissait de l’influenza.

Donc, selon vous, il est peu probable qu’on marque une grande pause dans la levée des restrictions ou, pire, que la province retourne au confinement ?

C’est une question plutôt politique, et tout le monde sait que les politiques ne se basent pas toujours sur les conclusions des scientifiques pour prendre leurs décisions. Mais, si on se base sur les données hospitalières, je ne pense pas que des restrictions aussi sévères que ce qu’on a déjà connu ou un confinement aussi strict sont nécessaires pour la province, car l’augmentation progressive à laquelle on assiste en ce moment est assez normale au regard de la saison d’hiver.   

S’agissant de saisonnalité, est-ce qu’on doit s’attendre à recevoir une dose de rappel chaque année comme pour l’influenza ?

La troisième dose augmente la protection considérablement, c’est une évidence. Mais on peut dire que les Ontariens ont moins besoin d’une troisième dose de façon urgente, car la population de la province est l’une des mieux protégées dans la mesure où en Ontario on a fait les choses un peu différentes par rapport au reste du monde. On a compris très tôt qu’il fallait espacer le délai entre la première et la deuxième dose, ce qui, incontestablement, augmente l’immunité.

On le voit clairement lorsqu’on compare avec la stratégie vaccinale d’Israël qui en est à sa quatrième dose. Ce pays était le premier à vacciner massivement sa population avec un délai de seulement trois semaines entre les deux doses, alors que l’Ontario préconise un délai de huit semaines, de ce fait, on a eu une meilleure protection. Toutefois, cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas de troisième dose, car le degré de protection augmente drastiquement. Je pense qu’il faut éventuellement la généraliser à l’ensemble de la population. Quant à savoir si la vaccination sera annuelle ou bisannuelle, tout dépend de l’évolution de la situation pandémique. Pour le moment, il est trop tôt pour se prononcer là-dessus.  

Que pensez-vous de la vaccination des enfants ?

Il est très important de vacciner les enfants. C’est vrai qu’ils encourent moins de risques de tomber sérieusement malades, mais ils demeurent un facteur de transmission important et cela pourrait avoir des conséquences tragiques sur les gens fragiles comme les grands-parents.    

Avez-vous des recommandations spéciales pour tous celles et ceux qui sont sur le point de se réunir pour fêter Noël ?

On n’est pas encore complètement sorti d’affaire. Le danger est toujours réel. Si les gens se réunissent, il faut qu’ils soient vaccinés ou pour le moins testés négatifs.   

Quand est-ce que tout cela va s’arrêter pour reprendre une vie normale ?

Je ne suis pas devin, mais tout ce que je peux vous dire c’est que, comparativement à l’influenza de 1917 qui a pris trois ans pour être éradiquée alors qu’il n’y avait pas de vaccins, en prenant en compte cette dernière variable, je prédis un retour à la normale pour 2022, après cet hiver, mais à la condition que les gens continuent de se faire vacciner. »   

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