Crise à Fauquier-Strickland : le conseil demande une vérification judiciaire financée par la province
FAUQUIER‑STRICKLAND – Lors d’une réunion spéciale, mercredi soir, le conseil de Fauquier-Strickland a adopté une entente modifiée avec le ministère des Affaires municipales et du Logement, prolongeant l’aide financière d’urgence à 900 000 $ jusqu’au 31 janvier 2026. Les élus ont aussi voté en faveur d’une vérification judiciaire afin de mieux comprendre les circonstances ayant conduit la municipalité dans sa situation financière actuelle.
La réunion municipale, plus courte qu’à l’habitude, avait pour objectif premier de ratifier une entente récemment proposée par la province, laquelle proposait une aide financière supplémentaire de 600 000 $, s’ajoutant aux 300 000 $ du mois d’août dernier, et la proposition d’un audit.
Après vérification auprès de Toronto, la greffière a précisé qu’il ne s’agissait pas d’un audit financier, mais d’un audit administratif et organisationnel, entièrement payé par la province, visant à dresser un portrait complet de la municipalité et à recommander des mesures pour prévenir de futurs problèmes financiers.
Cependant, plusieurs élus ont souligné le besoin d’une vérification financière indépendante plus approfondie pour identifier les erreurs ou irrégularités passées.
« Nous payons pour des erreurs du passé, et les contribuables méritent de savoir exactement ce qui s’est passé », a expliqué la conseillère Priscilla Marcoux qui fut la voix la plus forte pour demander cette vérification judiciaire.
« L’argent que nous étions censés utiliser pour le pont… où est-il passé? Je ne sais pas. Je suis sûr qu’il y a d’autres choses de ce genre que, en tant que conseiller, je ne connais pas », a lancé de son côté le conseiller Pierre Lamontagne.
Madeleine Tremblay, mairesse de Fauquier-Strickland, n’a pas montré de grand intérêt pour cette initiative : « Je ne suis pas exactement sûre où cela nous mènerait. Je ne dis pas que j’ai peur ou quoi que ce soit d’une vérification judiciaire, mais je ne suis pas prête à en payer le coût ».
Aux frais de la province
L’élue a ajouté que la province a déjà regardé les documents financiers de la municipalité et que s’ils avaient trouvé une anomalie, ils auraient eux-mêmes proposé une vérification judiciaire.
La conseillère Marcoux a alors rétorqué qu’ils ne pourraient pas le savoir sans en conduire une, tout en ajoutant que « s’il n’y a jamais eu de demande officielle du conseil pour obtenir cette vérification financière – je sais qu’une pétition a été envoyée au gouvernement pour cet audit au nom des contribuables – pourquoi le conseil ne pourrait-il pas faire de même et le demander? »
Selon elle, prendre le risque de ne pas demander un audit de ce type, lequel était attendu depuis plusieurs années, immédiatement pourrait rendre impossible de le réaliser plus tard et laisser perdurer des zones d’ombre sur la gestion financière de la municipalité.
Les conseillers se sont toutefois accordés pour dire qu’ils ne souhaitent en aucun cas que ce soit la municipalité qui ait à payer la facture.
Une motion a alors été amenée pour demander au ministère de réaliser une vérification judiciaire complète, distincte de l’audit provincial et entièrement financée par la province, laquelle a été adoptée par l’ensemble des conseillers.
De strictes conditions
Les élus ont aussi officialisé l’aide financière d’urgence maximale à 900 000 $ dont la date de l’accord a été étendue de trois mois, passant du 31 octobre 2025 à la fin du 31 janvier 2026.
Ce financement est subordonné à un respect strict des dispositions de l’accord. Le ministère des Affaires municipales et du Logement effectuera essentiellement un examen a posteriori de tous les coûts mensuels pour s’assurer que si la municipalité rencontre des difficultés à honorer ses obligations, le ministère interviendra.
Parmi les autres exigences pour démontrer que la municipalité est sur la bonne voie : le conseil doit suivre d’ici la fin de l’année une formation sur les fondements des finances municipales et adopter une politique budgétaire d’ici la fin du mois de décembre, et déposer un budget avant le 30 avril 2026.
Cette politique devra assurer la transparence envers les citoyens, avec la présentation des budgets et leur consultation tout au long du processus décisionnel.
La province s’est aussi engagée à faciliter les discussions avec des prêteurs potentiels concernant un prêt en capital pour régler certains des projets historiques qui ont conduit à la crise financière actuelle.
« C’est un soutien essentiel pour que la municipalité puisse continuer à offrir ses services essentiels, tout en respectant ses obligations financières », a déclaré la mairesse, qui a exprimé son soulagement de voir la province rester aux côtés de la municipalité dans cette période difficile.
Le conseil prévoit également rédiger une lettre de remerciement au ministre Robert J. Flack pour son appui.
Vers une meilleure gestion financière
Le conseil a par ailleurs approuvé le plan de travail de l’administration pour novembre 2025, qui couvre les finances, le greffe, l’administration et la gestion générale, y compris les heures et coûts estimés.
Les élus ont confirmé que les dépenses prévues restent dans le budget mensuel et visent à stabiliser la municipalité à court terme, d’ici janvier et février, avant d’aborder une vision à plus long terme pour la prestation des services.
« Je suis confiante que nous commencerons l’année avec un projet de budget en janvier et que nous serons en assez bonne posture. Nous ferons en sorte que cela satisfasse la province », a fait savoir la greffière.
Par ailleurs, le conseil a fait le point sur le personnel et les opérations : le chef d’équipe des Travaux publics commencera lundi, un poste d’opérateur d’équipement est en cours de recrutement, le poste de bureau suscite de l’intérêt et le site d’enfouissement retrouvera des heures normales grâce à un nouvel employé.
Un appel pour les services de conciergerie sera lancé prochainement, avec une aide provisoire déjà assurée.