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Début de deuxième manche pour Mélanie Joly

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

OTTAWA – Pour les militants franco-ontariens, il y aura toujours un avant et un après 15 novembre 2018. Même chose pour Mélanie Joly qui vient tout juste d’être reconduite ministre des Langues officielles du Canada.

Avant le fameux « jeudi noir » marqué par les compressions aux services en français de la part du gouvernement de Doug Ford, Mélanie Joly suscitait des doutes. Les francophones en contexte minoritaire regardaient d’un œil méfiant cette députée montréalaise donnant bien souvent l’impression de plus psalmodier les phrases-clés de son parti que de se porter à la défense de leurs intérêts.

Mais la crise linguistique a changé la donne. Mélanie Joly a certes tiré avantage de la situation pour réclamer des comptes au gouvernement Ford, notamment dans le dossier de l’Université de l’Ontario français (UOF), mais une transformation plus subtile s’est opérée. La ministre des Langues officielles a appris à maîtriser ses dossiers.

Qu’on aime ou non Mélanie Joly, la députée d’Ahuntsic-Cartierville a bien tenu son rôle de ministre des Langues officielles en 2019. La pression mise par l’intermédiaire de déclarations publiques sur le gouvernement progressiste-conservateur a permis de relancer l’UOF. L’entente sur le financement, signée en septembre, va dans ce sens.

Rétrogradée du ministère de Patrimoine canadien en juillet 2018 après sa gestion douteuse du dossier Netflix, Mélanie Joly s’est relancée politiquement grâce aux langues officielles. Logique donc que le premier ministre, Justin Trudeau, l’ait conservée dans ce poste, tout en lui donnant au passage une promotion avec le titre de ministre du Développement économique.

Connaissante des enjeux

Ce « second mandat » de Mélanie Joly aux langues officielles n’est en soit pas une mauvaise nouvelle pour les francophones de Moncton, Saint-Boniface et autre Sudbury. Les militants francophones évitent une collaboration avec un nouveau ministre peu connaissant des derniers enjeux sur son bureau de travail.

Et justement, beaucoup de ces enjeux sont actuellement discutés et débattus, au moins dans les coulisses. Prenons l’exemple de la modernisation de la Loi sur les langues officielles (LLO). Mélanie Joly est au courant des différentes revendications sur le dossier : rendre obligatoire le bilinguisme des juges à la Cour suprême du Canada, octroyer des dommages-intérêts pour toutes violations la LLO ou encore, renforcer les pouvoirs du commissaire aux langues officielles.

Il ne s’agit pas là de simples ajustements, et Mme Joly devra peut-être gérer la colère et les frustrations des militants, dans le cas où son gouvernement n’accède pas à toutes les demandes pour « la loi la moins respectée au Canada » pour beaucoup d’observateurs.

L’enjeu du financement provincial en éducation

Le contexte politique ne sera peut-être pas facile pour Mélanie Joly. Dans certaines provinces, la présence au pouvoir de partis récalcitrants à l’idée du fait francophone et de financer l’éducation en français n’est pas forcément la meilleure nouvelle.

Certains militants provinciaux, à l’instar des francophones de Colombie-Britannique, se sont tournés récemment vers la Cour suprême du Canada pour faire valoir leurs droits. En cas d’échec, ils pourraient regarder logiquement vers le gouvernement que représente Mélanie Joly pour compenser ces fonds manquants. La porte de l’équipe libérale sera-t-elle alors ouverte ? Mystère.

La crise linguistique de l’automne 2018 a bien donné un second souffle à la carrière de Mélanie Joly. Reste à savoir maintenant si la ministre peut donner un second souffle à la francophonie en contexte minoritaire. Les attentes sont beaucoup plus grandes qu’il y a quatre ans.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 25 novembre.

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