Décès de Marie King : des artistes franco-ontariens rendent hommage à la reine du country
OTTAWA — La chanteuse country Marie King, originaire de Navan, est décédée dimanche soir à la Résidence Champlain de Gatineau à l’âge de 91 ans à la suite de complications causées par une chute. Alors que sa fille, Carole Ann King, en a fait l’annonce sur les réseaux sociaux lundi, plusieurs figures de la scène musicale franco-ontarienne ont rapidement tenu à saluer le départ d’une véritable pionnière.
S’approchant du terme d’une vie bien remplie malgré la démence avancée qui la touchait ces dernières années, l’artiste continuait de faire chanter les résidents en se promenant de chambre en chambre.
C’est entourée de sa fille Carole Ann King, de sa petite-fille Mélodie et au son de L’Hymne à l’amour d’Édith Piaf, fredonné à son chevet par son amie Nancy Carel, que la chanteuse a rendu son dernier souffle.
« C’était tellement beau et paisible. Elle est partie pendant la chanson », confie sa fille Carole Ann King avec émotion, touchée par la déferlante de messages reçus. « Le monde est tellement généreux avec leur sympathie. Je les remercie du fond du cœur de la part de maman et de toute notre famille. »
« Le meilleur sucre à la crème »
L’annonce de son départ a aussi suscité de vives réactions au sein de la scène musicale franco-ontarienne, où l’artiste originaire de Navan demeure perçue comme un pilier culturel.
Pour l’auteur-compositeur-interprète Stef Paquette, Marie King incarne un monument dont la contribution va bien au-delà de son genre musical.
« Marie King était une véritable légende de la chanson franco-ontarienne. À mes yeux, elle mérite amplement sa place aux côtés de grands noms comme Robert Paquette et le groupe CANO dans l’histoire de notre musique », a-t-il déclaré à ONFR, se remémorant son passage au Gala des prix Trille Or en 2013, où l’artiste recevait un prix Hommage.
« Je garde le souvenir d’une dame chaleureuse, sympathique et toujours souriante. La reine du country était une Franco-Ontarienne. »
Le guitariste originaire du nord de l’Ontario ,Yvan Petit, installé dans la région d’Ottawa depuis 1997 et notamment reconnu comme guitariste soliste du chanteur Johnny Reid, conserve lui aussi des souvenirs impérissables de ses moments partagés sur scène avec la chanteuse.

« J’ai eu la chance de jouer trois ou quatre fois avec elle et j’ai toujours eu du plaisir sur la scène à ses côtés », confie le musicien natif de Smooth Rock Falls. « C’était une dame très gentille, abordable et généreuse de son temps. Et Mme Marie King faisait le meilleur sucre à la crème que j’aie jamais goûté! »
L’inspiration de la relève
L’empreinte de Marie King s’est également fait sentir directement auprès des plus jeunes générations d’artistes. Pour Joanie Charron, membre franco-ontarienne du duo country Sugar Crush, la rencontre avec l’artiste à l’âge de 12 ans a marqué le véritable point de départ de sa démarche musicale.
Invitée sur scène par Marie King lors d’un concert intime alors qu’elle visitait sa grand-mère, la jeune fille y avait chanté en public pour l’une des premières fois de sa vie.
« C’est vraiment là que j’ai appris ce qu’était la musique country », se remémore Joanie Charron, qui interprète toujours Ma belle petite maison dans ma vallée lors des concerts de Sugar Crush.
Actuellement en tournée sur le continent africain, en Côte d’Ivoire, avec sa formation, Joanie Charron entend d’ailleurs lui rendre hommage sur scène ce soir.
« On va chanter Ma belle petite maison dans ma vallée en Afrique ce soir pour elle, pour célébrer cette grande vie », confie-t-elle.
Du village de Navan aux disques d’or
Née Marie Farley en 1935 à Navan, à l’est d’Ottawa, la musicienne a commencé à jouer de la guitare et à chanter dans la vallée de l’Outaouais dès l’adolescence. Sa fille se rappelle d’ailleurs avec le sourire l’attachement de sa mère pour son village natal : « Maman disait toujours : « Non, non, non! Je viens de Navan, sur la deuxième ligne! » »
C’est lors d’un engagement à l’Hôtel Chamberland d’Aylmer qu’elle rencontre le chanteur Bob King, qu’elle épouse en décembre 1957.
Sa carrière prend une dimension nationale en 1964 avec la version française de Quand le soleil dit bonjour aux montagnes. Au fil des décennies, l’artiste s’est régulièrement produite sur les scènes québécoises et canadiennes-françaises, devenant une invitée récurrente d’émissions télévisées phares comme Le Ranch à Willie, animée par Willie Lamothe, aux côtés de figures telles que Marcel Martel et Paul Brunelle.
« Maman a été la toute première chanteuse country au Québec et en Ontario français. Au début, ils n’étaient que quatre : Willie Lamothe, Paul Brunelle, Marcel Martel et Marie King », explique Carole Ann King. « Julie Daraîche est arrivée dix ans plus tard, et Renée Martel était encore toute petite. Maman a ouvert la voie à toutes les femmes qui ont suivi. »
En traduisant en français le répertoire de son époux, elle a également participé à la diffusion de la musique country anglophone auprès du public francophone.
Marie King a accumulé trois disques d’or au cours de sa carrière : son plus grand succès commercial, Quand le soleil dit bonjour aux montagnes, franchissant la barre des 300 000 exemplaires vendus, ainsi que les pièces composées pour ses enfants, Ma petite Carole et Allô mon p’tit Bobby, qui lui ont chacune valu leur propre certification d’or.
Son parcours lui a valu d’être intronisée à l’Ottawa Valley Country Music Hall of Fame en 1993 et honorée lors de la soirée Gala des prix Trille Or en 2013.

Fièrement franco-ontarienne
Même après s’être installée à Gatineau, au Québec, en 1999 à la suite du décès de son époux, la chanteuse n’a jamais coupé les ponts avec son public d’origine, arpentant les routes de l’Ontario pendant des décennies, de Sudbury à Timmins en passant par Verner jusqu’à sa retraite en 2020.
« Nos plus beaux souvenirs, ce sont ces voyages-là », se remémore Carole Ann King. « En revenant des spectacles tard le soir, on s’arrêtait manger de la junk food dans l’auto, une barre de chocolat, des chips, un Coke comme de vrais artistes! On jasait de notre soirée et de nos fans. Les gens d’ici ont toujours été d’une fidélité incroyable envers elle. Pour maman, c’était primordial de garder ce lien fort avec l’Ontario français. »
La carrière de Marie King est demeurée intimement liée à sa vie de famille. Ses compositions Ma petite Carole et Allô mon p’tit Bobby ont été écrites pour ses enfants, tandis que son conjoint lui a dédié la chanson My Petite Marie.
Sa fille Carole Ann King a partagé la scène avec elle pendant quatre décennies, alors que son fils Bobby assurait la logistique de tournée. Son autre fils, Danny King, s’est illustré dans un registre différent en devenant le batteur et membre fondateur du groupe pop-rock franco-ontarien Nuance durant les années 1980.
Selon les volontés transmises par ses proches, la famille se recueillera lors de funérailles privées.