#Francophonie, #Ontario

Des candidats progressistes-conservateurs refusent le débat

De gauche à droite, le président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, Carol Jolin, et les candidats progressistes-conservateurs, Amanda Simard et Cameron Montgomery. Crédit image: Étienne Ranger.

EMBRUN – Dans Glengarry-Prescott-Russell, l’équipe de la candidate du Parti progressiste-conservateur (Parti PC) de l’Ontario, Amanda Simard, a jusqu’ici refusé les invitations à débattre. Une stratégie qui n’est pas isolée dans la province.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Invitée à affronter ses adversaires de la circonscription de l’Est ontarien le vendredi 18 mai, Mme Simard n’était pas présente au débat organisé par TV Rogers. Son équipe a également décliné l’invitation d’#ONfr pour le débat qui se tiendra le 30 mai au centre récréatif d’Embrun.

Dans un courriel envoyé à #ONfr, après plusieurs relances, le chef de bureau de Mme Simard, Kevin Budning, indique que «malheureusement, à cause des légitimes contraintes de temps associées à une campagne électorale et à une série d’engagements», la candidate ne sera pas en mesure de participer au débat, bien que plusieurs dates aient été proposées.

La stratégie semble également s’appliquer aux demandes d’entrevue, puisque la candidate progressiste-conservatrice, en tête dans les sondages, s’est montrée très discrète dans les médias et a refusé les propositions d’#ONfr de participer à un reportage sur les enjeux locaux de sa circonscription.

Mme Simard préférerait se concentrer sur son travail de terrain afin de «frapper à toutes les portes de la circonscription», explique son équipe.

«Ça peut arriver que certains candidats refusent de débattre s’ils ne sont pas à l’aise avec le format ou avec le côté confrontationnel que peut prendre un débat. Mais c’est plus surprenant de ne pas faire d’entrevue», juge le politologue, stagiaire postdoctoral à l’Université d’Ottawa et à l’Institut du savoir Montfort, Martin Normand.

Plusieurs options pourraient expliquer ce choix, selon M. Normand.

«Est-ce parce qu’elle n’a pas soutenu Doug Ford à la course à la chefferie du parti [Mme Simard avait soutenu Christine Elliott] et qu’elle est mal à l’aise de défendre certaines de ses positions? Est-ce parce que son adversaire libéral, Pierre Leroux, est aussi le maire du Canton de Russell où elle est conseillère municipale et qu’elle craint la confrontation?»

 

Des militants s’interrogent

En coulisses, des militants joints par #ONfr questionnent la stratégie de la candidate.

«C’est une grande circonscription et Mme Simard ne pourra pas cogner à toutes les portes», estime M. Normand.

Vendredi dernier, Radio-Canada rapportait la démission de la secrétaire du bureau de la circonscription de Glengarry-Prescott-Russell et responsable de la technologie de campagne pour Mme Simard, Rachel Theriault. Dans un communiqué, cette dernière dénonçait notamment «la politique archaïque de Doug Ford, qui refuse les demandes des médias et de débattre».

«Ce n’est pas une stratégie nouvelle. Ça fait depuis au moins dix ans que le Parti conservateur du Canada et le Parti progressiste-conservateur en Ontario utilisent cette discipline de communication qui consiste à laisser parler certains porte-paroles plus expérimentés. Car même au niveau local, beaucoup d’enjeux soulevés se décident à Queen’s Park et les candidats locaux ne connaissent pas toujours bien les rouages de la politique provinciale. Cette stratégie a été payante en 2006, au niveau fédéral», note Stewart Kiff, président de Solstice Affaires publiques, une compagnie de lobbying qui travaille à Queen’s Park, notamment pour plusieurs organismes franco-ontariens.

D’autres exemples

Selon le réseau CBC, Mme Simard n’est d’ailleurs pas la seule candidate du Parti PC à refuser de débattre. La situation serait la même dans 25 autres circonscriptions.

Simple hasard? Après avoir participé à un débat à Orléans*, le candidat progressiste-conservateur, Cameron Montgomery, ne devrait pas être présent à celui du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO).

«Certains candidats choisissent de ne participer qu’à un débat, car ils jugent plus efficace d’aller frapper aux portes pour identifier le vote, ce qui est payant dans une élection très serrée», poursuit M. Kiff. «Dans les débats, ce sont souvent des militants qui se déplacent, des gens qui savent déjà pour qui ils vont voter. En faisant du porte-à-porte et des appels, les candidats tentent de rejoindre des indécis moins politisés pour les faire sortir le jour du vote.»

 

Pas une directive, assure un candidat

Le chef du Parti PC a assuré à CBC ne pas interdire à ses candidats de participer aux débats. Une information que confirme le candidat progressiste-conservateur dans Mushkegowuk-Baie James, André Robichaud.

«Je me contente de dire au parti à quel débat je veux participer. Ça reste mon choix et jusqu’ici, j’ai participé aux deux auxquels j’ai été invité. Je trouve que c’est une bonne occasion de présenter la plateforme locale. Ça me permet de me différencier des autres candidats.»

M. Robichaud n’en est toutefois pas à sa première campagne ni à ses premiers débats, après avoir tenté sa chance au niveau fédéral pour le Parti conservateur du Canada en 2015. Il y va d’un conseil aux candidats hésitants.

«Ça fait partie de la game et ce sont de bonnes opportunités.»

Le choix de ces candidats s’inscrit dans un contexte de méfiance envers les journalistes de la part du chef du parti, Doug Ford. À plusieurs reprises, lors de ses déplacements, ce dernier a refusé de répondre aux questions des journalistes. Il a aussi essuyé plusieurs critiques après sa décision de ne pas prévoir d’autobus de campagne pour les médias.

 


*ERRATUM: Après vérification, M. Montgomery avait participé à trois débats au moment de la publication de cet article, un en anglais, un en français et un bilingue. Nous adressons nos plus sincères excuses à nos lecteurs et aux personnes concernées pour cette erreur. 

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Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de douze ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.