Passer au contenu Passer au pied de page

Des jeunes francophones insistent pour passer le vote à 16 ans

Temps de lecture : 3 minutes

OTTAWA – Un nouveau projet de loi, présenté par la sénatrice indépendante Marilou McPhedran, tente de faire passer l’âge du vote à 16 ans aux élections fédérales. Une initiative qui reçoit l’appui de jeunes francophones.

« J’avais 17 ans lors des dernières élections. À trois mois près, j’aurais pu voter ! J’avais regardé les plateformes, formé mon opinion, fait plus que beaucoup d’adultes qui ont le droit de voter. Et je ne suis pas la seule dans cette situation. À 16 ans, on nous laisse conduire, alors que ça peut être très dangereux, mais on ne peut pas voter. La société doit nous faire confiance ! »

La Fransaskoise Janie Moyen, 18 ans, fait partie, depuis janvier, des membres du conseil jeunesse de Marilou McPhedran. La sénatrice du Manitoba a déposé au Sénat, le 17 juin, le projet de loi S-219 visant à faire changer l’âge pour voter aux élections fédérales de 18 à 16 ans.

« Nous devons donner une voix aux jeunes qui sont touchés par les décisions politiques que nous prenons, mais qui ne peuvent pas les influencer actuellement. Ce serait une bonne décision pour notre démocratie », estime la sénatrice en entrevue avec ONFR+.

« Je pense que d’abaisser le vote à 16 ans va améliorer la participation aux élections. Une personne qui vote dès sa première élection est plus susceptible de continuer à voter ensuite. »

La sénatrice Marilou McPhedran. Source : Facebook

La démarche a reçu l’appui de la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF) qui a fait de cet enjeu une priorité depuis 2015.

« Les recherches démontrent qu’à 16 ans, on a la capacité cognitive pour voter », assure la présidente de l’organisme Sue Duguay. « C’est quand même contradictoire qu’on puisse être membre d’un parti à cet âge-là, mais qu’on ne puisse pas voter aux élections… »

La sénatrice, tout comme la FJCF, souhaiterait que ce changement d’âge s’accompagne de la mise en place de programmes d’éducation civique dans les écoles afin de développer le sens civique et de faire comprendre le devoir citoyen aux futurs électeurs.

Un moment opportun

La participation des jeunes à la vague de mobilisation pour le climat et récemment contre le racisme est un argument qui démontre leur implication sur des enjeux politiques, selon Mme Moyen.

« On ressort toujours les mêmes vieux arguments sur l’âge, mais les jeunes sont à l’origine de plusieurs mouvements sociétaux. On nous répète que nous sommes le futur, mais c’est contradictoire si on n’a pas le droit de vote ! »

La Fransaskoise Janie Moyen, membre du conseil jeunesse de Marilou McPhedran. Gracieuseté

Un avis que partage Mme Duguay.

« Ce n’est pas juste une tendance Instagram. L’implication des jeunes s’étend en mouvements, ils développent leurs propres opinions… Il y a un momentum, mais on sait que c’est un dossier qui prend du temps, alors il faut continuer à taper sur le clou. »

Car le projet de loi de Mme McPhedran n’est pas le premier du genre. En 2016, le député néo-démocrate de Vancouver-Kingsway, Don Davies, s’y était déjà essayé au niveau fédéral. Au Nouveau-Brunswick, le chef du Parti vert du Nouveau-Brunswick, David Coon, avait lui aussi proposé ce changement en décembre 2014, appuyant une demande de la Fédération des jeunes du Nouveau-Brunswick (FJFNB).

« Mais c’est quelque chose de moins nouveau et qui commence à faire consensus », pense la sénatrice McPhedran, qui dit avoir reçu l’appui de plusieurs de ses collègues. Elle souligne que ce projet de loi, même s’il se rapproche des précédents, diffère car pour la première fois, il est d’abord présenté au Sénat.

Quelle différence ferait le vote à 16 ans ?

La politologue de l’Université d’Ottawa, Geneviève Tellier, se montre dubitative.

« Il y a déjà eu des tentatives, mais aucune n’a abouti, et celle-ci me semble tout aussi vouée à l’échec. Le vote à 18 ans fait consensus. Certes, on peut conduire à 16 ans, mais on ne peut pas consommer d’alcool ou de cannabis, par exemple, et légalement, c’est à 18 ans qu’on devient un adulte au Canada. »

Mme Tellier ne se montre guère plus convaincue par l’effet qu’un tel projet pourrait avoir sur la participation électorale.

« Je ne suis pas sûr que cela ferait augmenter le taux de participation aux élections. Ceux qui sont impliqués à 16 ans voteront quoiqu’il arrive quand ils auront 18 ans. Mais est-ce qu’abaisser l’âge du vote pourrait convaincre les autres ? On constate que les 25-35 ans votent peu, eux aussi. Pour faire sortir le vote des jeunes, il faut surtout une campagne et un style qui s’adresse à eux, comme Trudeau en 2015. »  

Vous aimez ? Faites-le nous savoir !