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Deux jours de discussions sur la sécurité linguistique à Ottawa

OTTAWA – Un Symposium national sur la sécurité linguistique réunit plus de 150 participants jusqu’à samedi au collège La Cité, à Ottawa. Il s’agit d’une des dernières étapes avant le dévoilement de la Stratégie nationale sur la sécurité linguistique, d’ici un an.

Organisé par la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF), le symposium ne s’adresse pas qu’aux jeunes, insiste la présidente de l’organisme, Sue Duguay.

«La Stratégie nationale sur la sécurité linguistique sur laquelle nous travaillons, ce n’est pas «par et pour» les jeunes, elle est «par et pour» la communauté, car l’insécurité linguistique peut concerner tout le monde», explique-t-elle.

Ils seront toutefois une cinquantaine de jeunes de toutes les provinces et territoires à venir discuter et échanger sur le thème de la sécurité linguistique. Mais au total, ce sont près de 160 participants, issus des organismes et du milieu de l’éducation notamment, qui sont attendus ce vendredi à Ottawa pour deux jours.

Au programme: discussions, conférences et ateliers afin de nourrir la réflexion, entamée en 2014 par la FJCF à la demande de ses membres.

En octobre dernier, l’organisme jeunesse a lancé le projet de Stratégie nationale sur la sécurité linguistique afin de trouver des solutions à la problématique de l’insécurité linguistique.

«Cela nous a déjà permis d’en faire un sujet de conversation dont on parle et qui répond à une réalité vécue différemment par chacun, mais pour laquelle on retrouve des points communs entre chaque personne», explique Mme Duguay.

«Pas le même français»

Issu d’une école d’immersion, le Manitobain Derrek Bentley a vécu cette insécurité linguistique lorsqu’il a fait le saut dans une école secondaire de langue française «pour ne pas perdre son français».

«Les gens m’ont fait réaliser que j’avais un accent alors que j’avais toujours pensé que je parlais comme eux. Ça a été difficile. Les gens riaient et se moquaient de ma façon de parler. Mes amis trouvaient ça drôle. Ils ne pensaient pas à mal…»

Aujourd’hui âgé de 25 ans, Derrek Bentley veut partager son expérience et contribuer à créer un environnement où les jeunes ne vivront pas les mêmes situations.

«Il faut sensibiliser les gens aux accents, penser à comment on réagit quand quelqu’un fait des fautes.»

Si elle dit ne jamais avoir fait l’expérience de l’insécurité linguistique au Yukon, Marguerite Tölgyesi attribue surtout le problème aux francophones qui vivent en contexte minoritaire, ayant vécu au Québec, en Ontario, au Nunavut et en Espagne auparavant.

«Je pense que tant que tu ne vis pas en contexte minoritaire, c’est difficile à comprendre.  Moi, je le vis à chaque fois que je vais en France ou au Québec. Je viens d’une famille de professeurs de français et j’hésite toujours à leur écrire…»

Marguerite Tölgyesi, étudiante. Gracieuseté: FJCF

Sans compter les nombreux commentaires entendus ici et là, insistant sur «son accent anglophone», la qualité de son français «pour une anglophone» ou les corrections faites à sa manière de parler.

«Plus jeune, je n’osais pas le dire que ça me dérangeait», dit aujourd’hui l’étudiante de 21 ans. «Mais maintenant, j’essaie d’éduquer.»

Élargir la discussion

À l’idée de pouvoir discuter pendant deux jours avec des gens de différentes générations et de différents milieux, Derrek Bentley se réjouit.

«On parle beaucoup de sécurité linguistique entre jeunes, mais ça existe partout et les adultes aussi peuvent vivre de l’insécurité linguistique à différents niveaux. Il faut une réponse collective.»

Cette réponse collective devrait être fournie d’ici le printemps 2020, puisqu’après avoir reçu des mémoires, organisé des sondages et des consultations informelles autour d’un café, les discussions tenues lors du Symposium devraient permettre d’inspirer et d’appuyer la rédaction de la Stratégie nationale sur la sécurité linguistique, intersectorielle et intergénérationnelle, prévue pour le printemps 2020.

«La problématique est là. On a mis le doigt dessus. Maintenant on veut trouver des solutions communes qui pourront servir à tout le monde et à toutes les réalités», explique Mme Duguay.

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