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Doug Ford recrute un francophone pour surveiller les dépenses

TORONTO – Doug Ford avait promis un grand ménage dans les dépenses du gouvernement. Un francophone jouera un rôle clé dans cette réingénierie de la province. Charles-Antoine St-Jean aura pour tâche de vérifier les dépenses gouvernementales à titre de président du Comité de vérification générale.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Le gouvernement de l’Ontario pour la population continue de prendre des mesures audacieuses dans le but de rétablir la confiance et la responsabilisation dans le rendement financier de la province», affirme le gouvernement ontarien dans un communiqué annonçant cette nomination. «Pour ce faire, il attire les meilleurs talents pour renforcer les processus de vérification interne, de surveillance et de reddition de comptes de la fonction publique de l’Ontario et du secteur parapublic», ajoute-t-on.

Charles-Antoine St-Jean a travaillé pendant une trentaine d’années pour la firme EY. Cette même firme a produit le rapport commandé par le gouvernement Ford pour justifier les coupes dans les dépenses de la province. La société avait noté que 35 000 agences obtenaient des fonds du gouvernement.

M. St-Jean n’était cependant plus à l’emploi de EY au moment de cette étude «ligne par ligne» des dépenses de l’Ontario.

Charles-Antoine St-Jean apportera la vision du privé au sein du gouvernement, affirme Peter Bethlenfalvy, le président du Conseil du Trésor. «En renforçant la fonction de vérification interne, le gouvernement pour la population introduit le langage des affaires dans les affaires gouvernementales. Je suis persuadé qu’avec ces changements, nous verrons d’importantes améliorations dans la transparence et la reddition de comptes dans le domaine des finances», a indiqué le ministre Bethlenfalvy.

Il reste que M. St-Jean n’est pas étranger aux rouages du secteur public. Entre 2004 et 2007, il a effectué un séjour au sein du gouvernement canadien à titre de contrôleur général des finances. Selon son profil Linkedin, il a alors conseillé les ministres du Conseil du trésor et du conseil privé du gouvernement.

«La vaste expérience de Charles-Antoine fait de lui un excellent choix pour remplir le mandat que s’est donné notre gouvernement en matière de transparence financière. Je suis convaincu que, sous sa direction, le Comité de vérification générale appuiera notre mission cruciale que constitue l’amélioration de la responsabilisation et de la surveillance des dépenses gouvernementales. Je me réjouis de travailler avec lui pour y parvenir», affirme M. Bethlenfalvy.

 

Le privé ne doit pas inspirer les actions de l’État, selon un économiste

À la lecture du communiqué du gouvernement, Nicolas-Guillaume Martineau, économiste au Collège universitaire de Glendon, observe l’inspiration évidente du privé sur le gouvernement Ford.

«Au-delà de cette nomination et l’impact qu’il pourrait avoir, ça s’inscrit dans une logique comptable où on voit l’État comme une entreprise, qui doit équilibrer son budget, comme un simple ménage. Alors que c’est illégitime dans un contexte de finances d’État. Ce qui est bon pour une entreprise n’est pas le but de l’État. Le secteur privé voit à court terme avec des demandes d’actionnaires, au contraire, l’État doit avoir une vision à long terme», lance-t-il.

Nicolas-Guillaume Martineau, économiste au Collège Glendon. Crédit image: Archives #ONfr

De promettre un «rétablissement de la confiance et de la responsabilisation du gouvernement» constitue une insulte aux fonctionnaires qui veillent à une utilisation efficace des fonds publics, croit l’économiste.

«On sous-entend que la fonction publique dépense mal, que l’argent va au mauvais endroit. Mais la réalité est qu’il n’y a pas une corruption généralisée ou de mauvaise gestion à grande échelle», dit-il. «Si le gouvernement veut trouver des économies dans les dépenses courantes et des soi-disant gains d’efficacité, il va rapidement déchanter. Ce que le gouvernement présente comme des gains d’efficacité, va sûrement se traduire en coupes dans les programmes», souligne Nicolas-Guillaume Martineau.

Le rapport de la firme EY, à l’automne, ne devrait pas constituer un justificatif valable pour réduire les subventions aux organismes, croit-il.

«De manière comptable, les conclusions n’étaient pas fausses, mais souvent fallacieuses. On notait une augmentation des dépenses comptables, en disant que ça se manifestait plus rapidement que l’augmentation de la population. Cependant, je peux vous dire que lorsqu’on compare les dépenses ontariennes, par programme, par citoyen, le chiffre est plus bas que partout ailleurs au pays!», réplique-t-il.

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