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Du brouillard après le plan de Stephen Lecce

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

La rentrée des classes en 2020 ne sera comme aucune autre, en raison de la pandémie. Depuis jeudi, les parents ontariens savent comment les écoles fonctionneront cet automne. Deux constats s’en dégagent : la prudence du plan, mais aussi des règles différentes entre les établissements de l’élémentaire et du secondaire.

Pour les élèves de la maternelle à la 8e année, le retour en classe se fera cinq jours par semaine au sein d’une même cohorte. Fait intéressant : le port du masque sera obligatoire dès la 4e année. Il s’agit là d’une première au Canada.

Cette mesure barrière s’accompagne d’une autre beaucoup plus discutable : le nombre d’élèves dans les salles de classe reste inchangé.

Dans l’ensemble, le retour cinq jours par semaine apparaît comme une décision logique pour les élèves, mais aussi pour les parents qui verront leur retour au travail facilité.

En revanche, les règles la 9e à la 12e année se compliquent. Le ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, a choisi de désigner 24 conseils scolaires – soit environ le tiers d’entre eux – pour rouvrir leurs écoles secondaires selon un modèle hybride. Deux des 12 institutions éducatives francophones sont concernées : le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est  (CECCE) et le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO).

Concrètement, les élèves combineront la présence physique dans les salles de classe et les cours en ligne, et ce dans des régions a priori plus touchées par la pandémie. Les classes ne seront plus que de 15 élèves. Cette décision s’appuie sur l’idée scientifique que les jeunes de plus de 15 ans ont une capacité équivalente à celle des adultes de transmettre le coronavirus.

Des inégalités de traitement

Derrière les bonnes intentions, cette solution « hybride » pourrait vite devenir un casse-tête, tant, dans la pratique, elle semble créer des absurdités sur des territoires, en renforçant un sentiment d’inégalité.  

Quelques exemples : le CEPEO, lequel s’étend sur un territoire gigantesque, dessert autant Ottawa que Kingston, une ville très peu touchée par le virus. Par ailleurs, les villes de Hawkesbury et Casselman dans l’Est ontarien verront deux de leurs écoles secondaires francophones avoir des règles différentes, du fait que l’une des deux fasse partie d’un conseil désigné.

Situation aussi cocasse à Toronto, où les classes se dérouleront à temps plein aux conseils Viamonde et MonAvenir, à l’inverse de leurs homologues anglophones situés sur le même territoire.

Un financement trop faible ?

Autre inquiétude : le financement des mesures. L’investissement additionnel de 309 millions de dollars pour la sécurité et la santé publique dans les écoles est a priori massif. Sauf que divisé entre les 76 conseils scolaires, il laisse à désirer. À cet égard, l’opposition libérale à Queen’s Park demandait une somme dix fois supérieure au montant alloué.

Mais le gouvernement peut défendre son approche monétaire. Un jour avant l’Ontario, le gouvernement néo-démocrate en Colombie-Britannique avait annoncé un fonds supplémentaire de 45,6 millions de dollars pour ses écoles, l’équivalent de sept fois moins, alors que la province compte « seulement » quatre fois moins d’élèves.

Le compte à rebours est en tout cas lancé dans les milliers d’écoles de l’Ontario. Le gouvernement ne peut pas négliger sa relation avec les conseils scolaires. Sa capacité à convaincre les parents des deux millions d’élèves au cours des prochains mois sera l’une des clés principales pour sa réélection en 2022.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 1er août

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