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Société

Éducation : les dépenses d’Ottawa ont monté en flèche, au profit de l’immersion

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OTTAWA — Le gouvernement fédéral investit de plus en plus d’argent dans le système d’éducation de langue française à travers le pays, et la hausse est particulièrement marquée au sein du système d’immersion, qui a vu son enveloppe presque doubler en seulement cinq ans en Ontario.

Les données tirées de rapports du ministère du Patrimoine canadien démontrent que les fonds de base destinés à l’éducation en français ont connu des augmentations de 50 %, alors qu’en Ontario, le système d’immersion a vu son enveloppe bondir de plus de 100 % depuis 2019. Il s’agit ici d’argent qu’envoie Ottawa aux provinces et territoires pour l’éducation dans la langue de Molière, qui, eux, décident ensuite de la manière de l’investir (postsecondaire, secondaire et élémentaire).

Si Ottawa finance l’éducation en français depuis longtemps, au cours de la dernière décennie, l’argent consacré a connu de fortes augmentations. En Ontario, pour l’éducation dans les écoles de langue française, la somme est passée de 62 millions de dollars annuellement en 2019 à 100 millions de dollars en 2025. La hausse est particulièrement marquée depuis 2022.

Financement de l’éducation en Ontario (en millions de dollars)

AnnéeÉcole francophoneImmersion / LS
2019-202062,926,2
2020-202188,324,7
2021-202291,127,1
2022-2023117,173,1
2023-202499,252,5
2024-202599,853,1
Variation ( %)+58,6 %+102,7 %
Source : Tous les chiffres sont tirés des rapports annuels sur les langues officielles de Patrimoine canadien

Il s’agit aussi d’une augmentation par rapport aux décennies précédentes. Par exemple, entre 2008 et 2013, Ottawa envoyait annuellement entre 8,5 et 13,23 millions de dollars pour l’éducation en français, alors que ce montant s’élevait à environ 1,5 million de dollars pour l’immersion, selon les données du Conseil des ministres de l’Éducation du Canada.

Ces mêmes données indiquent une hausse des chiffres entre 2013 et 2018 : Ottawa a alloué en moyenne 148 millions de dollars par an à l’éducation en français et 86 millions de dollars à l’immersion. Bien qu’en progression, ces montants demeurent inférieurs aux investissements fédéraux enregistrés pour la seule année 2025, qui s’élèvent à 200 millions de dollars pour le français et 126 millions pour l’immersion.

Financement de l’éducation au Canada (en millions de dollars)

AnnéeÉcole francophoneImmersion / LS
2019-2020132,071,4
2020-2021164,375,2
2021-2022187,079,9
2022-2023219,6159,4
2023-2024196,9135,3
2024-2025199,8126,4
Variation ( %)+51,0 %+77,0 %
* Excluant le Québec. Tous les chiffres sont tirés des rapports annuels sur les langues officielles de Patrimoine canadien

La Fédération nationale des conseils scolaires francophones (FNCSF) estime toutefois que les sommes fournies par Ottawa masquent la situation survenue durant les années 2010.

« Il y avait un rattrapage important à faire, car les enveloppes avaient stagné pendant une quinzaine d’années », mentionne Andrée Newell, directrice générale de l’organisme.

« Cela a permis d’effectuer un rattrapage, car le réseau est lui-même en pleine croissance : nous avons 15 % d’élèves de plus aujourd’hui qu’il y a 10 ans. Les enveloppes étaient étirées par l’inflation, la hausse du coût de la vie et l’augmentation du nombre d’élèves », ajoute-t-elle.

Sous l’ancienne ministre des Langues officielles, Mélanie Joly, Ottawa a mis l’accent sur l’augmentation du taux de bilinguisme à l’extérieur du Québec, notamment en misant sur les écoles de langue seconde.

Des fonds visibles dans les salles de classe?

Mais est-ce que tout cet argent s’est réellement rendu dans les écoles au cours des dernières années? Historiquement, il est arrivé que les fonds transférés par Ottawa aux provinces pour l’enseignement en français ne soient pas affectés à l’éducation en français.

Si la FNCSF salue les sommes engagées par Ottawa, sa directrice générale, Andrée Newell, avance qu’il existe « une grande disparité à l’échelle pancanadienne quant à la façon dont cela se concrétise sur le terrain ».

« Dans certaines régions, le lien entre les fonds et le terrain est moins évident (…) Il y a des cas où l’on souhaite plus de transparence et de reddition de comptes afin que les conseils scolaires comprennent exactement où vont les investissements et puissent influencer les priorités retenues », réclame Mme Newell.

Dans un autre cas de figure, les investissements du gouvernement fédéral sont fréquemment égalés par les provinces selon un modèle de financement à parts égales (50/50). Toutefois, cette équivalence de contribution ne s’est pas toujours matérialisée historiquement du côté provincial.

« Le fédéral nous a indiqué ces dernières années que ce n’est plus le cas. N’ayant pas une pleine visibilité, nous accordons notre confiance aux déclarations du fédéral », commente Ahdithya Visweswaran, de Canadian Parents for French.

L’organisme qui milite pour l’éducation en langue seconde à l’échelle du pays soutient qu’il est difficile de suivre l’argent envoyé aux provinces jusque dans les salles de classe, estimant qu’il devrait y avoir une plus grande transparence.

« On ne voit donc pas toujours l’effet concret de ces fonds directement dans la classe sous forme de ressources, de manuels ou de matériel (…) Le fédéral fait sa part, mais la province doit être en mesure d’apporter la preuve que les sommes vont au bon endroit », souligne M. Visweswaran.

Selon Canadian Parents for French, près de 1,79 million de jeunes fréquentaient un programme de langue seconde, selon les plus récentes données de 2023-2024, un chiffre en légère hausse par rapport à 2019 (1,76 million).

« Si l’on divise le montant total par le nombre d’élèves, le montant par élève n’est pas suffisant », nuance Ahdithya Visweswaran.

Ces sommes sont tirées du Plan d’action pour les langues officielles, qui est renouvelé tous les cinq ans par Ottawa. L’actuel plan prendra fin en 2028.