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Élections en Colombie-Britannique : les enjeux francophones « sous silence »

Temps de lecture : 3 minutes

VICTORIA – Les électeurs se rendront aux urnes demain en Colombie-Britannique pour élire leur nouveau gouvernement provincial. Si les sondages donnent le Nouveau Parti démocratique (NPD) gagnant, les choses ne devraient guère changer pour les plus de 70 000 Franco-Colombiens. 

« Les enjeux francophones sont complètement passés sous silence lors de cette campagne », estime le politologue Rémi Léger de l’Université Simon Fraser, à Vancouver.

Une petite exception : la Société francophone de Victoria et Radio Victoria ont organisé un débat en français, lundi dernier.

« Les candidats présents pouvaient répondre dans la langue de leur choix. On a parlé d’éducation en français, mais aussi de la décision récente de la Cour suprême du Canada de donner raison au Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique (CSF) et la Fédération des parents francophones de Colombie-Britannique (FPFCB), qui reprochaient au gouvernement provincial de sous-financer l’éducation en langue française. »

Pour le reste, pas grand-chose pour M. Léger.

« Les enjeux sont absents dans les programmes des partis politiques. »

L’enjeu d’une politique sur les services en français

La Colombie-Britannique ne bénéficie pas d’une loi sur les services en français, encore moins d’une politique. Elle est la seule province en contexte minoritaire dans ce cas, depuis que l’Alberta a emboité le pas en 2017.

« Il faudrait commencer déjà à baliser cette politique. Que veut-on vraiment ? Pour l’instant, on est un peu dans le néant », fait valoir le politologue.

« Nous souhaitons bien une politique », soutient la présidente de la Fédération des francophones de Colombie-Britannique (FFCB), Padminee Chundunsing.

« Une politique nous aiderait dans beaucoup de domaines. La santé d’une part. Beaucoup de personnes âgées veulent continuer à être servies en français. Par ailleurs, une politique nous serait utile dans le domaine de l’éducation, et enfin pour les services sociaux avec notamment les services d’emploi pour les immigrants. »

Mais l’avantage d’une politique irait bien au-delà.

« Une politique permet de continuer le travail, peu importe s’il y a un changement au pouvoir. Depuis l’arrivée au pouvoir des néo-démocrates en 2017, nous avons un ministre responsable des Affaires francophones [Adrian Dix]. Avant nous avions seulement un Secrétariat aux Affaires francophones. Une politique aiderait à conserver ces acquis. »

Le ministre responsable des Affaires francophones, Adrian Dix. Source : Facebook

Mais Mme Chundunsing a conscience des obstacles.

« Durant les campagnes, les enjeux francophones ne sont pas vraiment importants. Nous, les francophones, nous ne sommes pas assez nombreux. De plus, 30 % de la communauté francophone est immigrante. Beaucoup de gens n’ont pas le droit de vote, et sont donc considérés comme sans importance par les partis politiques. »

Le NPD veut un gouvernement majoritaire 

À Vancouver, capitale économique de la troisième province la plus peuplée du Canada, les élections ne sont guère dans les sujets de conservation. L’enjeu est pourtant de taille : donner une majorité au chef néo-démocrate John Horgan.

Élu pour la première fois en 2017 avec un gouvernement minoritaire, le premier ministre avait appelé le mois dernier à des élections anticipées, conscient de la difficulté de mener des réformes économiques et sanitaires, avec un gouvernement instable.

Et le pari pourrait être réussi, croit Rémi Léger.

 « Les néo-démocrates sont au pouvoir depuis trois ans. Ils ont fait leurs preuves et ont rassuré la population, malgré la peur suscitée par le parti du fait que dans les années 90, ils ont accumulé de gros déficits quand ils étaient au pouvoir. Ce parti néo-démocrate est aujourd’hui plus centriste. »

QUELS DÉPUTÉS À L’ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE ?

L’Assemblée législative à Victoria compte 87 sièges de députés. Avant l’annonce du déclenchement des élections, le Parti libéral de Colombie-Britannique possédait 42 élus, contre 41 au NPD, trois au Parti vert, tandis qu’un député siégeait de manière indépendante. Un siège était par ailleurs vacant.

Autre atout dont bénéficie le parti pour le politologue : la faiblesse de l’opposition libérale, le principal parti d’opposition à l’Assemblée législative de Victoria. Avec 42 députés, les libéraux comptent un député de plus que les néo-démocrates, mais le parti de John Horgan a bénéficié du soutien des trois élus verts.

« Le courant ne passe pas du tout entre la population et le nouveau chef du Parti libéral, Andrew Wilkinson. Il n’apparaît pas naturel, pas sympathique et pas chaleureux. Les gens veulent aussi un gouvernement plus interventionniste dans le contexte de la pandémie, ce qu’incarne plus le NPD. »

Le premier ministre John Horgan (à droite) en campagne. Source : Facebook

La FFCB souhaite-t-elle un gouvernement majoritaire ?

« On doit être non partisan, mais on a fait beaucoup de chemin avec ce gouvernement », s’avance Mme Chundunsing. « Si le NPD gagne les élections, c’est un travail qui continue. Si un autre parti gagne, c’est un autre travail qui commence. »

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