Élections municipales : oubliée des débats, la scène culturelle francophone de Sudbury se mobilise
SUDBURY – Le Regroupement des organismes culturels de Sudbury (ROCS) lance la campagne « VOTONS pour les ARTS », une initiative pour positionner le secteur artistique et culturel de la ville ainsi que son financement comme un enjeu électoral important lors des prochaines élections municipales. Le regroupement soutient que le secteur fait en effet face à une incertitude grandissante, en net décalage avec les retombées économiques et sociales générées par ces institutions.
Alors que les élections municipales approchent à grands pas, les organismes culturels de la ville affirment que les enjeux du secteur artistique et culturel n’ont été évoqués par presque aucun des huit candidats. C’est pourquoi aujourd’hui, le ROCS lance la campagne « VOTONS pour les ARTS », un effort mobilisateur qui vise à placer le secteur artistique et culturel de la ville au sein des débats, discussions, et programmes électoraux des candidats.
C’est durant l’été dernier que les organismes parlent d’une possible campagne qui mettrait en lumière l’importance du rôle du secteur artistique dans la cohésion sociale, mais aussi dans économie locale, dit Marie-Pierre Proulx, membre du comité du regroupement, également directrice artistique du Théâtre du Nouvel-Ontario.
« On est dans un contexte en ce moment où le financement des arts du point de vue municipal à Sudbury est incertain. Il y a de la fragilité, il y a eu des changements, les sources de financement ont changé au cours de la dernière année. On n’a pas beaucoup de clarté par rapport à ce qui sera financé pour l’année prochaine ».
Pour sensibiliser le public, mais aussi les candidats et élus, le ROCS sort un communiqué de presse, la première étape de la campagne qui « vise à placer les arts et la culture parmi les enjeux électoraux et à sensibiliser les candidat.e.s à l’importance, l’ampleur et aux impacts du secteur artistique sudburois », peut-on lire dans le communiqué de presse.
Le ROCS a d’ailleurs sollicité d’autres organismes culturels de la ville, toutes langues confondues, pour élargir la portée de cette campagne. Actuellement, le regroupement cherche à engager le dialogue avec les prétendants au poste à la mairie et au conseil municipal de Sudbury. « Avec nos collègues à la Place des Arts, on a invité les candidats à la mairie, puis les candidats dans le quartier 10, qui est notre zone au centre-ville, à venir nous rencontrer et parler avec nous », dit la membre du comité, ajoutant que deux candidats ont répondu présent.
Formé en 2007, le ROCS est une coalition des sept organismes francophones du Grand Sudbury, fondatrice de la Place des Arts. Elle est composée du Théâtre du Nouvel-Ontario, du Carrefour francophone de Sudbury, du Salon du livre du Grand Sudbury, du Centre franco-ontarien de folklore, de la Galerie du Nouvel-Ontario, de la maison d’édition Prise de parole, et du festival La Nuit sur l’Étang.
Un financement en décalage avec l’impact économique du secteur
Pour ce qui est du financement municipal, les chiffres sont en baisse ou plafonnent depuis des années. « Dans un contexte inflationniste, la plupart des organismes vivent des petites diminutions ou une stagnation depuis un certain moment ». En effet, le ROCS affirme que les financements municipaux versés aux 43 organismes culturels se limitent à 570 000 dollars au total, soit 0,12 % du budget annuel de la ville.
Tout de même, le secteur artistique et culturel de la ville apporte des retombées économiques et sociales non négligeables, avance le ROCS. Pour chaque dollar versé, les organismes artistiques génèrent 7,30 dollars de plus. Le secteur soutient aussi presque 1700 emplois dans le Grand Sudbury.
Mme Proulx appelle à une compréhension de la part des élus et des candidats qu’investir de manière suffisante dans le secteur culturel n’est pas seulement une dépense, mais un investissement. « Financer les arts à Sudbury, c’est aussi nous permettre de rapporter de l’argent qui vient du provincial et du fédéral à travers les autres subventions qu’on reçoit qui est réinvesti, qui est dépensé à Sudbury dans les commerces, auprès des artistes et des entreprises locales ».
Dans le contexte d’un festival Boréal au bord de l’effondrement, le directeur général et culturel du Carrefour francophone de Sudbury, Stéphane Gauthier, appelait à plus de clarté et de vision de la part des subventionnaires dans le milieu artistique. « Il y a dix ans, c’était une priorité, on avait un plan culturel. Puis là, tout d’un coup, on est dans les limbes. Ce n’est pas normal. C’est un manque de vision et ça a besoin d’être corrigé », disait-il à ONFR la semaine dernière.