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Élections provinciales : les enjeux ne manquent pas pour le Nord

Temps de lecture : 7 minutes

SUDBURY – La campagne électorale touche bientôt à sa fin, mais rien n’est encore certain quant à l’issue du scrutin et les enjeux ne manquent pas pour le Nord de l’Ontario. Avec un premier débat des chefs à North Bay le 11 mai dernier et de nombreux déplacements des candidats dans la région en début de campagne, la situation dans le nord de la province suscite beaucoup d’attention.

L’accès aux soins de santé, la crise de l’enseignement postsecondaire, la relance économique sont autant de préoccupations des habitants de la région qui espèrent continuer de se faire entendre par les différents partis. Au 21e jour de la campagne provinciale, nombreuses sont les promesses des différents partis.

Des organismes saluent cette lumière faite sur certains des enjeux les plus importants de la province, mais souhaitent voir de vrais changements pour le nord.

La santé mentale des Nord ontariens a grandement souffert avec la pandémie et les séquelles sont encore importantes dans la région. Steve Fillion, directeur général au service de Counselling Hearst – Kapuskasing – Smooth Rock, pense qu’il faut investir davantage pour les services de soin en santé mentale et toxicomanie afin de réduire le temps d’attente pour les personnes ayant ces besoins. Il évoque notamment la crise des opiacées qui sévit gravement dans le nord de l’Ontario, région la plus touchée par les problèmes de surconsommation.

Plus de fonds pour la santé mentale

Selon une étude menée par son association, il faudrait un minimum de 8 % d’augmentation en financement de base soit 120 millions de dollars annuellement pour le secteur de la santé mentale au niveau communautaire. Selon M. Fillion, il faudrait également revoir le plan en ressources humaines, soit le recrutement et la rétention des employés qui constituent un véritable défi en santé. Une mission encore plus complexe pour le recrutement de personnel bilingue, un plus grand défi pour le Nord ajoute-t-il.

L’inflation a, elle aussi, de lourdes conséquences sur les coûts d’opération des organismes qui ne cessent d’augmenter.

« Les coûts augmentent, mais on ne reçoit aucune hausse de fonds depuis des années », se désole-t-il.

Il regrette aussi que les annonces faites par les différents partis ne soient pas plus précises et qu’elles se concentrent sur de nouveaux programmes au lieu de renforcer ceux existant déjà. Une situation qui ne date pas d’aujourd’hui : « ce qu’on voit dans les dernières années c’est que les nouveaux investissements qui sont mis en place c’est surtout dans les nouveaux programmes, ce n’est pas en ajoutant de nouveaux programmes que ça va aider nos beaux programmes qui existent déjà et qui donnent de beaux résultats sur le terrain », lance-t-il.

De son côté, Diane Quintas, directrice générale du Réseau du mieux-être francophone du nord de l’Ontario, souhaiterait que la province s’occupe davantage de réduire les obstacles liés à l’accès aux soins de santé dans le Nord.

« On voit beaucoup d’argent qui est mis dans les infrastructures dans le sud, le métro à Toronto, les lignes GO, mais dans le nord, ça fait longtemps qu’on dit que nos routes sont dangereuses l’hiver et que ça pose problème pour les personnes qui doivent faire de longues distances pour pouvoir se soigner », affirme-t-elle.

À gauche Diane Quintas, directrice générale du Réseau du mieux-être francophone du Nord de l’Ontario, à droite Steve Fillion, directeur général au service de Counselling Hearst – Kapuskasing – Smooth Rock. Montage ONFR+.

Les soins de santé en français en recul

L’autre inquiétude que Mme Quintas relève concerne l’accès aux soins de santé pour les francophones du nord. La télémédecine permet une liaison plus efficace entre les patients et les médecins, mais ceux-ci sont pour la plupart exclusivement anglophones.

Il faudrait pour cela, selon elle, améliorer le système de collecte des données sur le patient via la carte santé en intégrant notamment la variable des préférences linguistiques. Cela permettrait de mieux identifier où se trouvent les besoins en français et permettre un meilleur référencement d’une sous-région à une autre entre les intervenants. Il s’agit pourtant d’une demande vieille de quatre ans, après l’adoption à l’unanimité d’une motion à Queen’s Park.

Offrir des services dans la langue maternelle devrait constituer une priorité absolue selon Mme Quintas.

« On entend trop souvent des histoires d’horreur de patients qui ont dû subir des opérations qui n’étaient pas nécessaires, ne pas respecter la posologie des médicaments et donc être encore plus malades, et tout ça parce que les informations sont données dans une autre langue que celle du patient. »

Recueillir des données sur les besoins et la capacité du système de santé en français est essentiel pour éviter des trous de services.

« On ne sait même pas combien de francophones fréquentent les établissements, et parfois les fournisseurs de soin nous communiquent des chiffres qui ne correspondent pas à la réalité démographique », s’étonne-t-elle. Bien que la pandémie soit aussi au banc des accusés, Diane Quintas explique le recul du système de santé par la transition du système de santé et par le manque d’évaluation des services désignés en vertu de la Loi sur les services en français (LSF).

L’incontournable crise du postsecondaire

Au cœur de nombreuses annonces ces derniers mois, les établissements postsecondaires sont eux aussi l’objet de l’attention de cette campagne électorale. Si les principaux partis s’accordent pour dire que l’accès à l’éducation en français est important pour la population franco-ontarienne, les acteurs du milieu postsecondaire veulent voir plus d’actions concrètes de la part du prochain gouvernement élu.

C’est le cas du directeur général du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO), François Hastir, pour lequel il est essentiel que l’Ontario investisse des sommes conséquentes pour l’université de Sudbury, par exemple, de manière « urgente ». Ceci parce que les programmes doivent être approuvés par le ou la ministre responsable et faire du recrutement.

« Chaque jour qu’on attend c’est du personnel ; que ce soit administratif, enseignant ou autre, qui quitte la région de Sudbury pour d’autres emplois ailleurs et des étudiants qui se dirigent aussi vers d’autres établissements dans d’autres régions et ne reviennent généralement plus vers leur communauté d’origine ce qui contribue encore plus à la pénurie de travailleurs dans le Moyen-Nord. »

L’Université de Sudbury. Crédit image : Pascal Vachon.

Il ajoute que bien qu’il faut que celle-ci soit reliée aux besoins du marché du travail, les francophones ont aussi leur mot à dire sur l’offre de choix de programmes et qu’il est important à l’avenir de mieux les écouter. De son côté, la Coalition nord-ontarienne pour une université de langue française réclame le transfert de la totalité des programmes en français de la Laurentienne vers l’Université de Sudbury afin d’éviter une situation de concurrence nuisible entre les établissements.

La relance économique prioritaire pour le Nord

La Chambre de Commerce de Timmins souhaite un meilleur investissement pour les entreprises avec des ressources adaptées à leurs défis et besoins selon leur taille. Son président, Rob Knox aimerait voir des fonds injectés dans « les principaux moteurs de la compétitivité – comme le développement et la formation de la main-d’œuvre, l’immigration, la technologie, l’infrastructure et l’énergie propre – et d’éliminer les obstacles inutiles à la croissance, notamment les règlements désuets, un régime fiscal inefficace et les obstacles au commerce interprovincial et à la mobilité des travailleurs. »

Selon Mr Knox, pour la région du Nord cela passe aussi par un plus grand financement aux services sociaux comme ceux de la garde d’enfants mais aussi une politique verte dédiée et intégrée aux grands secteurs d’activités de la région.

La pénurie de main-d’œuvre atteint des sommets inégalés dans l’ensemble de la province mais touche particulièrement le nord qui se tourne de plus en plus vers le recrutement international. Un parcours semé d’embûches pour les employeurs et qui inquiète les organismes.

Le président de la Chambre de Commerce de Timmins Rob Knox en compagnie de l’ex-présidente Mélanie Verreault. Crédit image : Chambre de Commerce de Timmins.

Réviser la cible en immigration francophone

Pour Thomas Mercier, coordonnateur chez Réseau de soutien à l’immigration francophone du Nord de l’Ontario, il est clair qu’il faut améliorer le soutien à l’immigration francophone. Pour cela, il faudrait revoir à la hausse le financement pour desservir les résidents temporaires financés par la province pour les services d’établissement francophones du Nord de l’Ontario, mais aussi le nombre de nouveaux arrivants francophones de la région.

Mr Mercier pense qu’il serait bon aussi pour le Nord de ramener le Ministère de l’Immigration en Ontario avec un bureau dédié aux services liés à la région. Bien que la province- contrairement au palier fédéral- atteint sa cible en immigration francophone établie à 5 % pour les nouveaux arrivants, Thomas Mercier estime qu’il faudrait repenser celle-ci en fonction des spécificités du territoire.

Une cible qui fonctionne bien pour une ville comme Toronto où les francophones sont moins nombreux, mais ne s’applique pas bien à certaines des villes du nord de la province.

« Dans une ville comme Sudbury où 40 % de la population se dit francophone ou a une connaissance du français, ce n’est pas 5 % qui vont nous permettre de nous attaquer au déclin démographique, ou une communauté comme Hearst qui compte 90 % de francophones, ça prend 86 % de nouveaux arrivants francophones », lance-t-il.

Des craintes chez les entrepreneurs

Jean-Pierre Martin est entrepreneur chez Sturgeon Falls Brush and Contracting, une compagnie spécialisée dans l’élagage de broussaille des chemins ruraux. L’instabilité politique est ce qui est au centre de ses préoccupations.

La possibilité d’un changement de gouvernement aurait des impacts non négligeables sur ses activités. Nouveaux chemins, nouvelles lignes hydro-électriques, lignes de pipelines à gaz…Les projets sur lesquels il travaille requièrent plusieurs années de préparation et une somme importante investie dans les demandes de soumission.

Avec une promesse du Parti libéral d’annuler le projet d’autoroute 413 avancé par le gouvernement -progressiste-conservateur, il avoue être épeuré et souhaiter un meilleur accompagnement en cas de revirement.

« Si on avait une garantie de continuité à l’avenir ce serait beaucoup plus rassurant parce que c’est beaucoup d’argent qu’on risque de perdre à chaque annulation. »

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