Est ontarien : deux comtés voisins explorent une alliance économique
CORNWALL / L’ORIGNAL – Évoquant des pressions budgétaires et le sentiment d’être parfois négligés par le gouvernement provincial, les préfets de Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR) et de Stormont, Dundas et Glengarry (SDG) explorent la possibilité d’un partenariat économique régional.
« Nous avons déjà un pacte d’amitié avec les MRC du Québec, axé sur la langue française. Toutefois, les cadres législatifs différents entre l’Ontario et le Québec limitent les possibilités de coopération économique, explique Mario Zanth en entrevue avec ONFR. L’idée est de vérifier si une entente entre deux comtés ontariens permettrait de réaliser des économies d’échelle. »
Présentée par le préfet des CUPR et maire de Clarence-Rockland, Mario Zanth, l’initiative a fait l’objet d’une première présentation devant le Conseil de SDG à Cornwall la semaine passée.
L’objectif visé est d’évaluer la faisabilité de projets conjoints entre ces deux gouvernements régionaux voisins.
La proposition a reçu un accueil favorable de la part des membres du Conseil de SDG, dont le préfet et maire de North Stormont, François Landry, qui indique que des discussions informelles avaient été amorcées au préalable entre les présidences et les directions générales, afin de valider l’intérêt des deux parties avant la présentation officielle.
Achats groupés et gestion des urgences
Sur le plan administratif, les deux comtés souhaitent analyser les possibilités d’approvisionnement en commun.
Mario Zanth cite en exemple l’acquisition d’équipements lourds ou spécialisés : un achat groupé pour un volume plus important de véhicules, tels des camions d’incendie, ce qui permet d’accroître le pouvoir de négociation auprès des fournisseurs et de réduire le coût unitaire.
La planification conjointe des travaux de pavage pour les routes traversant les limites administratives des deux comtés fait également partie des pistes explorées.
De son côté, François Landry met l’accent sur la gestion des urgences et le partage de ressources. Il rappelle que des collaborations ponctuelles ont déjà eu lieu sur le terrain, notamment lors des inondations survenues le long de la rivière Nation.
« La formation des pompiers, les exercices d’urgence et le partage de certaines ressources matérielles font partie des domaines où une coordination est envisageable », précise le préfet de SDG.
Interrogé sur la possibilité d’optimiser les ressources pour les services en français, dans une région où les Comtés unis de Prescott et Russell comptent 62,5 % francophones, contre 22 % pour Stormont, Dundas et Glengarry, son préfet précise que la démarche demeure avant tout pragmatique.
« Les discussions qu’on a eues n’étaient pas basées sur la langue, mais plus fondées sur le service et sur la façon dont on sert nos résidents », précise celui qui rappelle être le seul élu francophone à siéger au conseil du comté de SDG, ainsi qu’à la table de son propre conseil municipal.
Des structures administratives distinctes
Les deux dirigeants soulignent que les démarches en cours ne visent aucunement une fusion administrative des deux territoires, Stormont, Dundas et Glengarry et Prescott et Russell conservant leurs structures de gouvernance respectives et leurs identités territoriales établies depuis la seconde moitié du XIXe siècle.
« Nos structures existent depuis les années 1850. Ce n’est pas une mince affaire. Fusionner autant de municipalités, surtout avec les réalités anglophones et francophones… ce n’est pas comme si on allait devenir le 51ᵉ État de M. Trump! », lance François Landry avec humour. « Ce n’est pas une option que nous envisageons […] C’est une démarche qui n’arrivera pas de sitôt — not anytime soon, comme on dit en anglais. »
Chaque comté fonctionne d’ailleurs selon des modèles organisationnels différents pour plusieurs services clés.
À titre d’exemple, SDG gère un réseau centralisé de 15 bibliothèques à l’échelle du comté, alors que dans Prescott et Russell, la gestion des bibliothèques demeure sous la responsabilité individuelle des municipalités locales.
La gestion et le déploiement des services de la Police provinciale de l’Ontario (PPO) présentent également des découpages territoriaux distincts.
« Les deux comtés possèdent des structures établies et des modes de fonctionnement propres, rappelle François Landry. Il n’est pas question de modifier ces structures, mais plutôt de repérer les secteurs d’activité où des synergies sont possibles. »
Faire le poids face à Queen’s Park
Au-delà des économies budgétaires, cette démarche répond à une volonté de faire entendre la voix de l’Est ontarien auprès du gouvernement provincial.
Lors de sa présentation devant le Conseil de SDG, Mario Zanth avait fait valoir que les territoires situés à l’est d’Ottawa sont « toujours un peu laissés pour compte » par rapport aux grands centres de la province.
Une voix régionale qu’il entend désormais porter au niveau provincial : Mario Zanth a en effet confirmé à ONFR sa récente nomination au poste de vice-président du Caucus des préfets de l’Est de l’Ontario (EOWC), le regroupement qui représente 103 municipalités de la région. M. Zanth devient ainsi le tout premier maire de Clarence-Rockland à accéder à cette fonction exécutive.
Un constat partagé par le préfet de SDG, François Landry : « Quand on va aux conférences à Toronto, on a souvent l’impression qu’on nous oublie passé Kingston, déplore-t-il. Nous devons nous regrouper pour nous faire entendre. »
Pour la suite du processus, les directeurs généraux des deux comtés, Stéphane Parisien (CUPR) et son homologue de SDG, ont été chargés d’examiner les dossiers pouvant faire l’objet de démarches conjointes.
D’ici là, le préfet des CUPR, Mario Zanth, ira présenter la démarche à son propre conseil pour informer les élus de Prescott et Russell et vérifier leur ouverture avant d’envisager un accord formel.
En raison des élections municipales d’octobre 2026, aucune entente formelle n’est envisagée avant le scrutin, bien que Mario Zanth et François Landry comptent tous deux se représenter. Les résultats des analyses administratives serviront de base de travail pour les conseils municipaux qui seront issus des urnes.
« Le fait que ça ait été mis entre les mains de l’administration fait que c’est quelque chose qui peut avancer, même si les joueurs changent du côté des élus. Avoir quelque chose qui démontre un peu [les faits], c’est ça qui va amener de la stabilité », conclut François Landry, confiant quant à la suite des choses.