Chris Rock et Tracie Thoms au TIFF, un événement qui stimule l’économie torontoise. Photo : George Pimentel / gracieuseté
Culture

TIFF : 240 millions de dollars de retombées, mais pas pour tous

Chris Rock et Tracie Thoms au TIFF, un événement qui stimule l’économie torontoise. Photo : George Pimentel / gracieuseté

TORONTO – Hôtels presque complets, restaurants bondés et commerces à la recherche de personnel supplémentaire : pendant une dizaine de jours, le Festival international du film de Toronto (TIFF) transforme le centre-ville. Cette année, son premier marché officiel pourrait accroître des retombées économiques annuelles déjà estimées à 240 millions de dollars.

Dans le quartier du divertissement (Entertainment District), l’effervescence est particulièrement visible autour de King Street. Pour l’occasion, une partie de King Street West est fermée à la circulation automobile et transformée en zone piétonne, où se croisent festivaliers, professionnels de l’industrie et vedettes internationales.

Emir Ozgundogdu, directeur des ventes et du marketing au Ritz-Carlton de Toronto, affirme que l’établissement, situé juste au sud de tous les plus gros tapis rouges du festival, profite directement de cet achalandage.

« Notre taux d’occupation est actuellement très élevé et l’hôtel est presque complet. Ce n’est pas seulement notre établissement : les hôtels de toute la ville sont très occupés », explique-t-il.

Emir Ozgundogdu, directeur des ventes et du marketing au Ritz-Carlton de Toronto. Photo : Amine Harmach/ONFR

Le Ritz-Carlton accueille pendant le festival des studios, des personnalités et une clientèle internationale.

« Lorsque le TIFF se déroule, toute la ville devient plus glamour. Le festival apporte beaucoup de prestige à Toronto, un peu comme Cannes ailleurs dans le monde », ajoute Emir Ozgundogdu.

Selon les organisateurs, le TIFF génère chaque année environ 240 millions de dollars de retombées économiques, notamment dans l’hôtellerie, la restauration, les transports et les industries culturelles.

Des retombées inégalement réparties

Tous les établissements ne profitent toutefois pas de la même manière de cette effervescence, observe Yannick Bigourdan, restaurateur d’origine française établi à Toronto, fondateur de KLTY Hospitality Consulting et derrière plusieurs adresses torontoises, dont Lucie, The Carbon Bar et The Berczy Tavern.

« Le TIFF est très concentré autour de King Street, où se déroulent les principaux événements. Les restaurants situés dans ce périmètre bénéficient évidemment d’une exposition importante, avec une clientèle qui vient pour le festival et qui en profite pour sortir manger », explique-t-il.

Situé dans le quartier financier, le restaurant français Lucie se trouve à l’écart de ce centre névralgique.

« Nous observons une légère hausse de fréquentation liée au TIFF, mais elle demeure assez modeste, sauf lorsque nous accueillons un événement privé ou une activité organisée dans le cadre du festival. »

L’impact dépend donc largement de l’emplacement des établissements.

« Certains restaurants, et certains hôtels aussi, en profitent beaucoup plus que d’autres, selon leur proximité avec l’effervescence du festival », résume Yannick Bigourdan.

Il demeure néanmoins optimiste quant aux retombées générales de l’événement.

Yannick Bigourdan, restaurateur d’origine française établi à Toronto et fondateur de KLTY Hospitality Consulting. Gracieuseté

« Le TIFF demeure un excellent moteur économique pour Toronto. Le festival continue de prendre de l’ampleur, particulièrement depuis les deux dernières années, ce qui est très positif pour la ville. »

« Une injection énorme dans l’économie »

Jason Norris, président et agent principal de YCAA / Talent & Literary Agency, constate lui aussi une transformation du centre-ville. Son agence représente notamment des acteurs, des scénaristes, des réalisateurs et des producteurs.

« L’impact est incroyable. Des gens viennent d’Australie, de Thaïlande, de France et d’ailleurs. Ce ne sont pas seulement des professionnels de l’industrie, mais aussi des amateurs de cinéma », souligne-t-il.

À l’échelle de Toronto, il compare les retombées du TIFF à celles d’un événement sportif international comme la Coupe du monde de la FIFA.

« Pendant le festival, le TIFF apporte beaucoup d’argent et de circulation. Il donne un élan considérable aux entreprises locales. »

Le marché comme rempart à l’incertitude

La 51e édition marque également l’arrivée du premier marché officiel du TIFF, organisé du 10 au 16 septembre. Producteurs, distributeurs, investisseurs et acheteurs peuvent désormais y négocier des droits, vendre des projets et chercher du financement.

Cette nouveauté survient alors que l’industrie ontarienne du cinéma et de la télévision tente de retrouver une croissance durable.

Selon Ontario Créatif, les productions admissibles à ses programmes ont dépensé 2,70 milliards de dollars dans la province en 2025, contre 1,83 milliard en 2023. Elles ont soutenu l’équivalent de 35 268 emplois directs et indirects à temps plein en 2025.

Jason Norris, président et agent principal de YCAA / Talent & Literary Agency. Gracieuseté

Jason Norris affirme que le nombre élevé de repérages effectués en 2025 laissait espérer une année 2026 encore plus importante. Plusieurs projets ne se seraient toutefois pas concrétisés.

« Nous pensions que cette année marquerait presque un retour complet après la pandémie. Il y avait énormément d’intérêt pour Toronto, Ottawa et l’Ontario, mais plusieurs productions ont été freinées par l’incertitude économique, les tensions tarifaires et la concurrence des mesures incitatives américaines », avance-t-il.

Selon lui, les crédits d’impôt demeurent déterminants dans le choix des lieux de tournage.

« Beaucoup de producteurs viennent ici pour les crédits et les rabais. Si la Californie leur propose des avantages comparables, l’Ontario risque de perdre une partie de ces activités », prévient-il.

Dans ce contexte, Jason Norris considère le marché du TIFF comme une « planche de salut » susceptible de stimuler l’investissement à un moment où les tournages sont plus difficiles à prévoir.