TIFF : un marché encore difficile d’accès pour les cinéastes francophones
TORONTO – La création d’un marché officiel au Festival international du film de Toronto (TIFF) ouvre de nouvelles perspectives de financement et de coproduction pour l’industrie canadienne. Mais les cinéastes de la francophonie canadienne, particulièrement ceux des communautés en situation minoritaire, peinent encore à y trouver leur place.
Une délégation de 17 sociétés de production francophones du Canada et de la France participe à la première édition de TIFF : The Market. Réunie par l’Alliance des producteurs francophones du Canada (APFC), elle compte neuf sociétés canadiennes et huit françaises.
« La présence de producteurs de l’APFC et de producteurs français est certainement une nouveauté. Ces délégations participent au marché et c’est une très belle chose, une réussite pour notre écosystème en situation minoritaire », souligne Bruno Boëz, directeur général de RACCORD, le Regroupement des artistes cinéastes de la francophonie canadienne.

Du côté canadien, cinq sociétés viennent de l’Ontario, une de la Colombie-Britannique, deux du Manitoba et une de l’Atlantique. Elles se rendent à Toronto pour développer des coproductions et nouer des relations avec des partenaires étrangers.
Parmi les membres de la délégation canadienne figurent trois cinéastes de RACCORD, tous établis en Ontario : Katia Café-Fébrissy, de KaFé Productions inc., Simon Madore, de Moi & Dave, et Philippe Montpetit, d’Orbite Média Inc.
« Très peu de cinéastes de la francophonie canadienne »
« Pour cette première année, le marché a bénéficié d’un soutien financier important du gouvernement fédéral, ce qui nous a beaucoup aidés. L’existence de TIFF Industry nous donnait également une base et nous évitait de partir de zéro », explique Charles Tremblay.
Il tempère toutefois les attentes à l’égard de ce marché, qui se déroule du 10 au 16 septembre.
« Même avec tous les fonds du monde, on ne peut pas transformer immédiatement un marché non officiel en un événement de l’envergure de Cannes. Il faut progresser par étapes », poursuit Charles Tremblay, qui a travaillé pendant une vingtaine d’années dans la distribution.

Cette nouvelle vitrine demeure néanmoins difficile d’accès pour les cinéastes francophones en situation minoritaire. « Pour RACCORD, les enjeux sont moins importants puisque le marché est principalement consacré aux rencontres interentreprises, ou B2B. Les créateurs et les créatrices ne participent pas nécessairement à ces rencontres, car ce sont les producteurs qui représentent les projets et cherchent du financement et des partenaires internationaux », explique Bruno Boëz.
Les laboratoires du TIFF, dont le Directors’ Lab, le Writers’ Lab et le Series Creators’ Lab, offrent aussi des possibilités aux créateurs, mais leur portée reste limitée pour la francophonie canadienne.
« Très peu de cinéastes de la francophonie canadienne y sont présents, et encore moins de cinéastes issus des communautés francophones en situation minoritaire », constate-t-il.
Il considère cependant la délégation de l’APFC comme un premier pas dont il faudra mesurer les résultats.
Unifrance mise sur la vente de films
En parallèle de cette délégation de producteurs, Unifrance fait son grand retour sur le marché du film de Toronto.
Neuf sociétés de ventes internationales membres d’Unifrance y présentent aux acheteurs les plus récentes productions françaises de leur catalogue et y organisent leurs rencontres professionnelles.
Leur démarche diffère de celle de la délégation de l’APFC. Les sociétés représentées par Unifrance cherchent principalement à vendre des films aux acheteurs internationaux, tandis que les producteurs réunis par l’APFC souhaitent développer des projets, trouver du financement et nouer des partenariats de coproduction.
Près de 230 exposants attendus
TIFF : The market veut faire de Toronto un carrefour international où se rencontrent producteurs, distributeurs, acheteurs, vendeurs et créateurs. Le marché devrait réunir près de 230 exposants, contre une quarantaine auparavant dans le cadre de TIFF Industry, selon Charles Tremblay, chef du marché du TIFF.
L’organisation prévoit également accueillir près de 7000 participants provenant d’environ 80 pays. Quelque 1000 acheteurs sont attendus, dont 200 nouveaux acheteurs invités cette année par l’organisation.
« Le marché non officiel démontrait déjà tout le potentiel de la présence, en ville, d’un grand nombre de professionnels de l’industrie », explique Charles Tremblay. Cette masse critique rendait, selon lui, la création d’un espace structuré à la fois logique et nécessaire.
Reste à voir si cette présence commerciale se traduira, lors des prochaines éditions, par une place plus importante et des occasions concrètes pour les créateurs de la francophonie canadienne.