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Fabien Hébert, le nouveau visage de l’AFO

Temps de lecture : 6 minutes

[LA RENCONTRE D’ONFR+] 

HEARST – Le nouveau président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), en poste depuis le début du mois de novembre, reprend la présidence tenue pendant huit ans par Carol Jolin. Négociateur hors pair, expert en gestion d’établissement et spécialiste de la santé, Fabien Hébert compte bien mettre à profit ses compétences.

« Quels sont les moments dont vous avez été le plus fier dans votre carrière largement dédiée à la santé ?

J’ai eu quelques transitions de carrière dont je suis fier. J’ai commencé comme thérapeute respiratoire et en 1992, après avoir complété une formation en gestion. Je suis devenu directeur des ressources humaines de l’Hôpital Notre-Dame de Hearst. Une transition de la santé à la gestion. En 1997, je suis devenu vice-président de l’hôpital, en plus de la gestion des ressources humaines. En juin 2004, je suis devenu président-directeur général de l’Hôpital Smooth Rock Falls.

Ça a été un gros changement. Mais avant ça, en mars 2004, je crois, nous avons fait l’achat d’un établissement de soins de longue durée à Hearst : le Foyer des pionniers. On avait amassé au-delà de cinq millions de dollars dans notre petite communauté pour avoir ce nouveau foyer et c’est pour moi une des plus belles réussites de ma carrière.

Comment êtes-vous parvenu à aboutir à la création des entités de planification des services de santé en français en Ontario ?  

C’est le résultat de plusieurs négociations et de discussions que nous avons eu avec le gouvernement et qui a créé ces entités de planification. C’est issu d’une stratégie fédérale avec la Société santé en français. Cela a commencé à peu près en même temps que la crise Montfort, à un moment où le fédéral mettait en place 17 réseaux de santé en français dans tout le Canada et hors Québec.

En Ontario, il y avait quatre réseaux qui devaient tisser des liens dans la communauté francophone pour être capable d’avoir accès à des services en français et comprendre les besoins. Lorsque le gouvernement a voulu modifier ce système de réseaux, donc de la planification – nous étions déjà sur le terrain –, alors nous avons voulu participer et y prendre part. C’était évident de postuler car nous connaissions les besoins de la communauté.

Le gouvernement a écouté nos propositions et maintenant nous avons le réseau de l’Est avec Jacinthe Desaulniers, le réseau du Nord avec Diane Quintas puis les entités (1, 2, 3, 4). En tout, nous avons six entités de planification en Ontario. J’en suis très fier.

Fabien Hébert et le docteur Robert Bell, sous-ministre de la Santé et des Soins de longue durée de l’Ontario en 2014. Gracieuseté

Avec votre lentille santé, qu’allez-vous apporter à la communauté en tant que président de l’AFO ?

Je vais apporter mon expérience de gestionnaire en santé, c’est certain. On voit le manque de main-d’œuvre partout, mais en santé, c’est un très gros enjeu. On peut être optimiste, mais ce ne sera pas ou peu de solutions à court terme.

Pour le moment, ce qui est envisagé ce sont des solutions à long terme. Si demain matin on décide d’accroître le nombre de places dans les institutions éducationnelles, il y a quand même un processus de formation de deux ou trois ans. Dépendamment de la catégorie en santé, on peut y passer beaucoup plus d’années. Admettons que nous avons 2 000 infirmières graduées par an, on ne va pas passer à 20 000 infirmières tout d’un coup. Les institutions ne sont pas capables d’accommoder ce nombre.

On me disait que c’est la même chose en éducation. Même si on augmente les places de formation pour enseignants, ça va prendre quatre à cinq ans pour les avoirs dans nos classes ensuite.

Et quelles seraient selon vous les solutions à court terme ?

Il va falloir travailler sur des façons alternatives. L’immigration est une des options. Dépendamment d’où se trouve la pénurie, est-ce qu’on est capable de fournir de la formation abrégée ? En format école d’été peut-être ?

C’est-à-dire que tu peux enseigner aux élèves et tu complètes ta formation en été, ainsi, tu peux mettre en place quelqu’un dès maintenant. Par contre, c’est plus difficile à faire avec des infirmières ou du personnel en santé, je pense.

Un autre champ de bataille pour vous, c’est la reconnaissance des acquis pour les personnes qui arrivent de l’étranger. Pourquoi cet enjeu ?

La reconnaissance des acquis facilitera l’intégration des nouveaux arrivants. Avec ma perspective du système de santé, on va être capable de s’adresser et de discuter avec les preneurs de décision pour offrir des pistes de solutions. Il faudra faciliter l’intégration des nouveaux arrivants et pour le système de santé. C’est primordial. Alors oui, il y a une crise partout, mais présentement le manque d’infirmières ou de personnel de soutien, c’est quelque chose.

Il faut faire comprendre au gouvernement et aux immigrants que nous avons la capacité d’accueillir plus d’immigrants francophones en Ontario. Je ne crois pas que ce soit bien connu et bien affiché que l’immigration francophone en Ontario est tout à fait possible.

Fabien Hébert, lorsqu’il était président-directeur général de l’Hôpital Smooth Rock Falls, il a pris sa retraite en 2018. Gracieuseté

Les centres de décision sont Ottawa et Toronto. En étant du Nord quels sont les enjeux que vous allez rapporter au sein de l’AFO ?

Premièrement, comprendre la réalité des distances géographiques. Par exemple, à Hearst, on est relativement choyé, car on vit bien en français. Au niveau de la santé, on a accès à un hôpital francophone. Lorsqu’on parle de soins spécialisés, l’accès à ces services en français est beaucoup plus restreint. On parle maintenant d’ajouter l’élément distance. Si tu es à Toronto, tu as sûrement de la misère à avoir un rendez-vous avec un spécialiste, mais cela n’inclut pas trois jours d’auto aller-retour. Cette situation n’est pas plaisante. Si tu as un cancer et que depuis Hearst tu dois te déplacer à Sudbury, c’est six heures à l’aller et six heures au retour.

On a beaucoup parlé cet été de la Loi 7 qui contraint les personnes bloquées dans des lits d’hôpitaux à être transférées dans des centres de soins de longue durée. Est-ce une préoccupation pour vous ?

Ça me préoccupe énormément. Est-ce les preneurs de décisions comprennent le défi de la distance ? Il faut savoir que par exemple, à l’Hôpital de Smooth Rock Falls, on avait des lits d’hôpitaux et des soins de longue durée, mais la réalité de la province, ce n’est pas ça. Quand on dit qu’une personne devra quitter son lit d’hôpital pour aller dans une autre institution, on peut s’attendre à s’éloigner de deux ou trois kilomètres, mais chez nous les distances sont énormes. C’est tout simplement vouer une personne à la solitude. Envoyer quelqu’un dans une autre communauté où il n’y a pas d’autobus, pas de Go Train, ça me préoccupe oui.  

Il faut faire comprendre, aussi, l’impact des décisions à l’échelle de la province.

Allez reprendre des négociations du même calibre que votre prédécesseur Carol Jolin ? 

Oui, je vais continuer le travail de Carol. La représentation de l’AFO et le travail auprès des élus politique, c’est certain. Dans mon expérience de leadership, je suis aussi quelqu’un qui prône la collaboration, le travail d’équipe. Je vais apporter ça à mes discussions avec le gouvernement. On va s’asseoir ensemble parce que qu’on le veuille ou non, la revendication à ses limites. On réussit à avoir des résultats avec des discussions et des preuves à l’appui.

Fabien Hébert durant le 5 à 7 de Toronto, entouré par des députés de la province, dont Caroline Mulroney et du directeur de l’AFO, Peter Hominuk. Source : compte Twitter de Caroline Mulroney

La distance va-t-elle être un obstacle pour vos futures négociations ?

Non, je ne vois pas la distance comme un obstacle. J’étais à Toronto pour le 5 à 7 Franco, ce mardi. Mais vous savez, c’est de la planification en fait. C’est tout ce que cela va me prendre : planifier à l’avance.

Puis la négociation, ça ne me fait pas peur. En fait, j’en suis habitué. Lorsque je siégeais sur l’équipe de négociation provinciale avec le SCFP (Syndicat canadien de la fonction publique), on a créé des stratégies au niveau des soins de santé. J’ai participé à la négociation pendant plus de dix ans.

Votre expertise de président du conseil d’administration de l’Université de Hearst, vous servira-t-elle dans le dossier de l’Université de Sudbury ?

C’est possible, mais dans le conseil de gouvernance à Hearst, on gère l’aspect financier et légal comme dans un hôpital. Puis il me reste encore un an et demi à mon mandat. Je pense que je vais probablement être président l’an prochain, juste par la nature de la transformation qui se produit en ce moment.

Le dossier de l’Université de Sudbury est en bonne voie. Je crois que les discussions qui ont déjà eu lieu ont été bonnes. J’espère que le gouvernement va voir le bienfait d’une troisième université. Parce qu’il est question, ici aussi, d’un réseau de trois universités francophones, que son Hearst, Sudbury et l’Université de l’Ontario français à Toronto. Ça fait partie de ces discussions, alors on peut y croire. »


LES DATES-CLÉS DE FABIEN HÉBERT :

1962 : Naissance à Hearst

1985 : Devient Thérapeute respiratoire à l’Hôpital Notre-Dame de Hearst

1997 : Nommé vice-président de l’Hôpital Notre-Dame de Hearst

2004 : Devient président-directeur général de l’Hôpital de Smooth Rock Falls

2022 : Élu président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO)

Chaque fin de semaine, ONFR+ rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

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