Forum régional du Nord : une vague d’immigration francophone qui force la réflexion
NORTH BAY – À l’occasion de son forum régional, le Réseau de soutien à l’immigration francophone du Nord de l’Ontario (RSIFNO) a réuni la communauté francophone locale pour dresser le bilan de l’immigration francophone sur le territoire. Le réseau en a profité pour lancer « Osez le Nord », une stratégie promotionnelle visant à favoriser l’immigration francophone dans le Nord de l’Ontario, à un moment où elle connaît un essor sans précédent.
Après huit ans d’absence, le forum régional du Nord fait son grand retour à North Bay. C’est surtout dans un contexte de forte hausse de l’immigration francophone que le Réseau de soutien à l’immigration du Nord de l’Ontario relance un événement qui a rassemblé plusieurs organismes et institutions phares de la région.
« C’est clair qu’il y avait une demande des partenaires pour se réunir et avoir un espace de concertation entre nous. Mais c’est surtout le contexte. On est rendu là. Le nombre d’immigrants francophones qui s’établissent dans le Nord est en croissance conséquente », dit Thomas Mercier, le directeur du RSIFNO. « Il était grand temps qu’on puisse se réunir effectivement ».
Étalé sur deux jours, le forum a réuni plus d’une quarantaine d’acteurs de la francophonie régionale, proposant une multitude d’ateliers portant sur des enjeux liés à l’immigration francophone. Deux tables rondes ont permis à des jeunes immigrants francophones de partager leurs expériences. Entre difficultés d’adaptation, notamment les questions du logement, des transports, et opportunités professionnelles, les participants n’ont pas manqué de livrer leurs vulnérabilités.

Reconnaître les barrières systémiques
Les barrières systémiques rencontrées par les nouveaux arrivants francophones dans la région ont été un sujet récurrent. En effet, la question des discriminations a émergé. C’est Gouled Hassan, directeur du Contact interculturel francophone de Sudbury et membre et responsable adjoint du comité de gouvernance de la Coalition des Noir.e.s francophones de l’Ontario, qui a animé une discussion autour de ce sujet.
« Le visage de la francophonie n’est pas le même qu’il était il y a dix ans. Le problème est que ces nouveaux arrivants francophones ne se sentent pas inclus dans la francophonie comme telle. Donc, ils commencent à créer une francophonie parallèle », affirme-t-il.

M. Hassan parle notamment d’un écart entre la francophonie nord-ontarienne implantée depuis longtemps et la francophonie des nouveaux arrivants. « Le problème, c’est que la francophonie traditionnelle a tout le pouvoir décisionnel, dans tous les projets qui fonctionnent bien, dans tous les organismes qui sont dans la communauté. La nouvelle francophonie n’a pas d’espace pour s’épanouir, pour se retrouver, se voir à l’intérieur de ces espaces-là ».
Et d’ajouter : « C’est important qu’on ait ce dialogue-là maintenant au lieu d’attendre que le problème devienne tellement grand que c’est impossible de faire changer le navire de bord . »
Créer une identité commune pour le Nord
Lors de la première journée du forum, le réseau a notamment lancé la campagne « Osez le Nord ». Pour le directeur, cette campagne est surtout l’occasion de « réunir l’ensemble des parties prenantes qui ont un rôle à jouer dans la promotion du Nord de l’Ontario pour créer une image de marque commune », explique-t-il.
À travers ce projet déployé jusqu’en mars 2028, les organismes partenaires joindront leurs efforts pour positionner le Nord « comme une destination spécifique pour les étudiants étrangers et les familles, les travailleurs qui cherchent des opportunités professionnelles et qui veulent bénéficier de la qualité de vie du Nord de l’Ontario ».
Le programme prévoit de regrouper des professionnels en communication et marketing afin d’élaborer une stratégie promotionnelle visant à bâtir une image de marque pour la région, propre à séduire les immigrants francophones. Un autre objectif clé est de régionaliser cette immigration, dit M. Mercier, soulignant que la hausse des arrivées à Sudbury peut entraîner une surfocalisation sur cette ville, alors qu’il importe de faire rayonner les autres municipalités du Nord.

« Pour mettre en œuvre cette stratégie, nous avons réuni un groupe de travail composé de spécialistes en communication et en marketing issu de municipalités, des établissements secondaires, primaires, et universitaires, des organismes offrant des services d’établissement et d’autres partenaires clés en immigration », annonce Nathalie Nimpa, l’agente du projet, lors du lancement officiel.
Parmi les projets, une campagne médiatique consistant en « des portraits vidéos de 60 à 90 secondes permettant de découvrir leurs parcours, les raisons de leur choix, et pourquoi ils viennent dans le Nord de l’Ontario », dit-elle. « La campagne de témoignage vise à faire connaître le Nord, à créer de l’émotion auprès du public, mais surtout à relater les histoires vraies et les parcours de vie porteurs, intéressants ».
Au-delà des témoignages, « Osez le Nord » s’articule autour de trois autres axes : un volet événementiel, numérique et publicitaire, ainsi qu’une stratégie de partenariats clés. Parmi les projets phares de la campagne, un balado animé par Radio-Canada.