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Foyers pour aînés francophones : « Mettre la même énergie qu’on a mise à développer nos écoles » – Gilles Fontaine

Temps de lecture : 4 minutes

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Directeur général de la Fédération des aînés et des retraités francophones de l’Ontario (FARFO), Gilles Fontaine porte un regard critique sur la crise sanitaire dans les foyers de soins de longue durée ontariens.

LE CONTEXTE :

Près de 4 000 résidents sont décédés des suites de la COVID-19. Dans ses conclusions, la commission d’enquête sur la COVID-19 dans les foyers de soins de longue durée, recommande plus de contrôles et de transparence, plus de services en français, du personnel plus nombreux et mieux formé.

L’ENJEU :

Rebâtir un système de soins moderne, digne, préparé aux risques d’infection, avec une vision et des critères clairs sur le niveau de services en français… c’est tout un chantier qui s’ouvre devant la province et dans lequel le ministère des Affaires francophones pourrait jouer un rôle fondamental.

« Avez-vous été surpris par les conclusions alarmantes des commissaires ?

Non et personne autour de moi ne l’a été. Tout le monde savait que le système était faible et qu’il avait besoin d’être renouvelé. Maintenant, il faut se saisir de ça pour avancer. Les francophones, en particulier, doivent prendre l’initiative. Historiquement, on a mis beaucoup d’énergie dans notre système scolaire, pour avoir des écoles. On doit mettre le même niveau d’énergie pour développer des stratégies communautaires et des services pour nos ainés.

Allez-vous vous servir ce rapport pour interpeller les décideurs publics et leur demander d’agir ?

Oui, on a déjà commencé. On a tout intérêt à utiliser ce rapport. Il doit être pris au sérieux. Ma plus grande crainte, c’est qu’il reste sur une tablette et qu’on ait à nouveau des problèmes si on ne fait pas des changements fondamentaux pour améliorer le système.

Une des recommandations est de concevoir une stratégie provinciale visant à accroître les services en français et à augmenter le nombre de lits désignés en vertu de la Loi sur les services en français. Cela appuie-t-il vos démarches ?

C’est une demande de longue date. Depuis la publication du Livre blanc, on a créé une série de comités consultatifs à travers la province qui nourrissent l’analyse et créent une feuille de route pour des groupes comme cette commission. D’ailleurs, les recommandations ont été reprises presque mot pour mot dans le rapport. C’est le temps d’avoir une vision pour les services aux aînés dans le futur. Le Canada est un des pays qui investit le moins dans ce secteur per capita : 14 % là où d’autres pays sont à 50 ou 70 %.

Pourquoi les commissaires conseillent-ils de clarifier la définition des « lits occupés par des francophones » ?

C’est un vrai enjeu qui a été une source de conflit par le passé. Des organismes ont tenté d’obtenir des licences en français sans avoir la capacité de services qui va avec. Un lit, ce n’est pas juste une question matérielle. C’est aussi des services, du personnel et un environnement francophone. Si cette recommandation est suivie, l’Ontario sera plus rigoureux dans sa façon de désigner des lits sous la Loi sur les services en français.

Crédit image  : ljubaphoto / E+ via Getty Images

Dans cette crise, les ressources humaines ont fait défaut. Est-ce qu’avec ce rapport, la province et les foyers devront prendre leurs responsabilités  ?

Recruter et retenir les employés qualifiés est l’une des recommandations les plus importantes, car elle appuie toutes les autres  : avoir la capacité en infirmières et en personnel de soutien va passer par faire des efforts de recruter des francophones. On a connu des situations où lorsqu’un employé francophone était atteint de la COVID-19 c’était tous les services de langue française qui étaient arrêtés du jour au lendemain, faute d’autres employés maîtrisant la langue.

Le manque de communication entre les ministères de la Santé et des Soins de longue durée a aussi été identifié. Comment mieux faire entendre la voix des aînés francophones quand on fait face à plusieurs ministères ?

Notre porte d’entrée doit être le ministère des Affaires francophones. On lui demande de s’assurer que chaque ministère développe des services en français pour rencontrer les besoins des francophones. Il y a des failles dans le système qu’il faut enlever en adoptant une approche interministérielle appuyée par le ministère de Mme Mulroney. Il a un rôle à jouer pour suivre et évaluer le progrès sur les services en français.

L’autre faille en matière de communication a été celle entre les hôpitaux et les foyers de soins de longue durée…

Oui, et on a tous pris conscience que c’est un système où les deux sont en compétition pour les ressources. Les hôpitaux veulent construire plus d’hôpitaux, les foyers veulent construire plus de foyers. À ce petit jeu, les hôpitaux étaient en train de gagner. Mais maintenant, il faut faire des investissements sérieux, être agressif et ambitieux si on veut vraiment bâtir un bon système comme, par exemple, permettre aux gens de rester à la maison plus longtemps.

À quel autre point faut-il s’attaquer rapidement selon vous ?

La vaccination des proches aidants. Quand un membre de la famille peut visiter quelqu’un qui se trouve dans un foyer anglophone, ça aide énormément l’aîné qui ne comprend pas l’anglais. Ça a été très difficile : la santé mentale a été affectée. On doit considérer les proches aidants comme des personnes essentielles. »

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