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Caroline Mulroney dénonce les «politiques de division»

Caroline Mulroney a pris la parole à l'occasion du congrès du Parti progressiste-conservateur de l'Ontario Crédit image: YouTube Parti conservateur du Canada

TORONTO – Alors que le gouvernement de Doug Ford est accusé de vouloir raviver des crises linguistiques, la ministre déléguée aux Affaires francophones, Caroline Mulroney, a accusé Justin Trudeau de miser sur la division des citoyens pour rester au pouvoir.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

La ministre déléguée aux Affaires francophones est de retour en Ontario, mais refuse les demandes d’entrevues pour expliquer les coupures faites cette semaine auprès de la communauté francophone.

Elle a cependant pris la parole à l’occasion du congrès du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario, qui se déroule à Etobicoke, le fief de Doug Ford. Devant des centaines de partisans conservateurs, elle a torpillé le gouvernement libéral de Justin Trudeau.

«J’étais à Terre-Neuve-et-Labrador, cette semaine, pour rencontrer les autres ministres de la justice du pays. C’était clair en parlant avec mes collègues des autres provinces et les citoyens que tout le monde en a assez de la taxe carbone et des autres politiques de division de Justin Trudeau», a-t-elle lancé.

La politique de division (wedge politics) évoque les stratégies de politiciens qui prennent une position tranchée sur un enjeu délicat et polarisant en espérant marquer des points auprès de certaines clientèles politiques.

Caroline Mulroney a torpillé le premier ministre canadien affirmant que le mouvement conservateur était dorénavant uni un peu partout au pays et qu’il devait arrêter les stratégies politiques de Justin Trudeau, qui n’ont pour objectif que de demeurer au pouvoir aux dépens des simples citoyens.

Caroline Mulroney a pris la parole à l’occasion du congrès du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario. Crédit image: Étienne Fortin-Gauthier

Plusieurs acteurs politiques et sociaux accusent pourtant le gouvernement Ford de miser sur la politique de division pour marquer des points. «Je trouve ça mesquin. Il n’est pas fou le premier ministre, il doit savoir ce que ça a comme effet. Est-il en train de créer une crise linguistique pour faire plaisir aux anglophones?», a lancé Régis Labeaume, maire de Québec et maire fondateur du Réseau des villes francophones et francophiles d’Amérique, lors d’un point de presse, vendredi.

Dans son discours, Caroline Mulroney a aussi vanté la gestion efficace des finances publiques de la part du gouvernement Ford. «En Ontario, on sait qu’un budget ne s’équilibre pas tout seul. Il faut de la détermination et un engagement pour bâtir un gouvernement responsable et qui respecte les payeurs de taxes», a-t-elle martelé, avant de laisser la parole au chef conservateur fédéral, Andrew Scheer.

 

La consigne: la loi du silence

Les ministres conservateurs croisés par #ONfr ont tous fui lorsqu’interrogés sur le dossier des coupures francophones. Le président du Conseil du Trésor, Peter Bethlenfalvy, a affirmé poliment qu’il ne pouvait accorder d’entrevue sur le sujet. «Allez parler à Caroline Mulroney», a-t-il répondu en français.

Le leader parlementaire du gouvernement, Todd Smith, a agi de la même manière. «Il faut que j’aille manger!», a-t-il simplement lancé, lui aussi en français. Le ministre du Développement économique, de la Création d’emplois et du Commerce suit depuis plusieurs années des cours de français.

Pas plus de chance du côté de l’ancien candidat progressiste-conservateur dans Ottawa-Orléans, Cameron Montgomery. L’intellectuel ne refuse habituellement jamais une entrevue. Cette fois, il a préféré décliner notre demande.

L’attachée de presse de Caroline Mulroney affirme que la ministre répondra aux questions des médias lors des scrums «la semaine prochaine à Queen’s Park», sans dire si elle assistera à la période de questions de lundi. Aucun autre ministre n’était disponible pour commenter les récentes décisions du gouvernement, a confirmé le porte-parole de Doug Ford.

 

Les coupes chez les francophones divisent les délégués

Si les questions sociales préoccupent davantage les militants, certains d’entre eux croient que Doug Ford a pris une mauvaise décision en s’attaquant aux francophones.

Greg Black et Peter Naos, deux jeunes membres du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario, croient qu’il faut respecter le français dans la province. Ils dénoncent tous les deux la décision de Doug Ford d’annuler le projet d’université de langue française. «Je crois que c’est merveilleux d’avoir un pays bilingue. Je crois qu’on doit enseigner plus le français et je crois que Doug Ford n’aurait pas dû annuler le projet d’université francophone», a soutenu Peter Naos. «Je suis entièrement d’accord», a renchéri Greg Black.

Greg Black et Peter Naos, deux militants conservateurs ontariens. Crédit image: Étienne Fortin-Gauthier

Les deux dénoncent les décisions de la direction du parti qui ne s’alignent pas avec ce que veulent les membres, notamment sur les questions sociales. «J’ai grandi dans une famille conservatrice et moralement, c’est le parti qui représente le plus mes valeurs. Malheureusement, l’élite du parti refuse de défendre nos valeurs sociales», affirme Greg Black. «Il y a une déconnexion entre les leaders du parti et les membres», renchérit Peter Naos.

«Je suis enseignant, je suis en train d’apprendre le français. Pour moi, d’entendre que Doug Ford a mis un terme aux travaux pour bâtir une université francophone, ce n’est pas une bonne nouvelle. Je crois que c’est une erreur», a pour sa part indiqué un professeur du conseil scolaire public anglophone de Toronto, qui souhaite conserver l’anonymat.

Mais d’autres appuient Doug Ford. «Je viens de Montréal, c’est la première fois que j’assiste à un congrès du parti. Ce qui m’attire, c’est la politique fiscale. On verra ce que les coupes chez les francophones vont donner. Il y a une question de contrôle des dépenses. Il faut voir s’il y a un marché, bâtir une nouvelle université, ce n’est pas rien», affirme Jeremy Dohan, francophone qui habite aujourd’hui à Ottawa.

«Doug Ford est responsable du point de vue fiscal. Il y a peu d’universités anglophones au Québec, il devrait y en avoir peu en Ontario aussi. Un gouvernement ne doit pas mettre une université dans chaque communauté qui en veut une», affirme Victor Votary, tout en admettant en connaître peu sur la question. «J’imagine qu’on a pas juste lancé une fléchette au hasard et puis que ça a atteint les francophones. J’imagine que ça a été réfléchi et à ce moment-là, je lui donne mon appui», poursuit-il.

Victor Votary, un membre du Parti progressiste-conservateur Crédit image: #ONfr

Lors de l’événement, une résolution a été adoptée par les membres pour abolir l’enseignement du concept d’identité des genres. Plusieurs délégués se réjouissaient de voir cette idée faire son chemin au sein du parti. «On voulait s’assurer d’enlever toutes les références à l’identité. Je crois que Doug Ford commence à faire de bonnes choses», a lancé Theresa Snell, de Glengarry Prescott Russell. «Doug Ford est là pour les gens, je suis satisfait de ce qu’il fait», a renchéri Kyle St-Alban.

«On est ici pour défendre les valeurs pro-vie et s’opposer à tout ce qui concerne l’éducation sexuelle. On est très content des résolutions adoptées», affirme Barbara Austen. Quant aux coupures? «C’était juste des réorganisations, il a bougé des pièces. Il n’a rien annulé. On a déjà des universités francophones à Ottawa et à Montréal, à Toronto, je ne suis pas sûr de la pertinence», dit-elle.

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.