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« Une certaine complaisance s’installe » : l’un des pères de la FCFA s’inquiète pour l’avenir de la francophonie

Michel Bastarache est l'un des co-fondateurs de la Fédération des francophones hors-Québec. Archives ONFR+

Près de 50 ans après sa fondation, l’un des deux cofondateurs de la Fédération des francophones hors Québec (FFHQ), Michel Bastarache, déplore que la défense des droits des minorités francophones soit devenue « trop bureaucratique » et déplore qu’une certaine « complaisance » s’installe.

La FFHQ, qui a changé de nom pour devenir la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) en 1991, a été fondée à la fin novembre 1975 par Michel Bastarache et Hubert Gauthier. Si les deux cofondateurs admettent ne pas suivre au jour le jour les dossiers touchant la francophonie canadienne autant qu’auparavant, ils soutiennent que l’organisation qu’ils ont fondée il y a un demi-siècle s’est transformée grandement.

« Je trouve que ça devient un petit peu trop bureaucratique », lance Michel Bastarache, joint au téléphone à la mi-novembre alors qu’il était chez lui à Moncton pour une entrevue sur le 50e anniversaire de la FCFA.

L’ancien juge de la Cour suprême et défenseur des droits des minorités francophones soutient observer « un dynamisme » qui a changé au cours des années. En plus d’avoir été son cofondateur, il a été impliqué directement dans la FCFA pendant ses trois à quatre premières années comme conseiller stratégique.

« Elle fonctionne quasiment comme le gouvernement lui-même dans la façon de présenter les problèmes et tout ça. C’est sûr qu’ils font des revendications qu’on supporte. Mais je ne suis pas si sûr qu’ils ont la connexion avec la base qu’on avait nous », revendique celui qui a aussi été président de la Société Nationale de l’Acadie.

« Il y a une certaine complaisance qui s’installe chez les gens. Ils ont l’impression qu’on a obtenu beaucoup de ce qu’on voulait. Les associations sont beaucoup mieux financées et elles ont beaucoup d’argent pour des activités sociales », poursuit-il.

« Et il y a eu une amélioration évidemment dans les services de Radio-Canada et autres. Alors, dans ce sens-là, on voit moins l’urgence de faire quelque chose », déplore aujourd’hui Michel Bastarache.

« La société a changée »

Hubert Gauthier est d’accord avec certains propos de son ancien collègue, jugeant lui aussi que le milieu pourrait être « plus picosseux ».

« L’organisation a duré 50 ans, c’est déjà quelque chose. Les médias et les gouvernements, ils savent que ça existe », concède-t-il. 

« Je trouve que des fois, on pourrait être un petit peu plus revendicateur (…) Moi je regarde ça à la télévision quand la présidente parle, puis je me dis que c’est trop accommodant », dit M. Gauthier.

Mais les époques ont changé, contrebalance ce dernier, et la manière de faire les choses n’est plus la même, avance celui qui a été le premier président et directeur général de la FFHQ

« Dans les communautés francophones et acadiennes, il y avait aussi de la révolte dans le sens que les jeunes voulaient prendre leur place aussi. C’était l’époque, c’était l’environnement. Aujourd’hui, c’est différent », observe M. Gauthier.

À l’instar de M. Gauthier, Liane Roy, la présidente de la FCFA depuis 2021, estime que « la société a changée et la manière de faire des relations avec le gouvernement a également changée ».

« Quand on doit dénoncer quelque chose, on le fait. On le fait assez régulièrement quand ça arrive, mais on aime bien travailler quand même avec l’ensemble des parties et par consensus si possible… Je pense que c’est la meilleure manière de faire », affirme l’Acadienne.

Liane Roy, la présidente de la FCFA. Source : compte Twitter/Liane Roy

Selon Liane Roy, l’époque de la création de la FFHQ nécessitait probablement de brasser les choses plus souvent, en raison de l’absence d’acquis pour les francophones dans plusieurs domaines de la société.

« Il y avait une Loi sur les  langues officielles, mais il n’y avait pas de Constitution par rapport à l’éducation, il n’y avait pas de gestion scolaire. Il y avait beaucoup d’éléments qu’on avait besoin et il fallait vraiment brasser les gens pour qu’ils comprennent qu’on avait besoin de droits. À cette époque-là, c’était important d’être beaucoup plus revendicateur », avance celle qui a aussi dirigé la Société Nationale de l’Acadie à l’instar de Michel Bastarache.

« Je n’ai absolument pas de problème à dénoncer quand c’est important de dénoncer. Mais autre que ça, moi j’aime beaucoup mieux avoir des discussions et m’assurer que les gens nous comprennent, comprennent nos dossiers et comprennent nos enjeux aussi », conclut-elle.