Selon les syndicats, le gouvernement provincial a procédé à des compressions budgétaires qui ont obligé l’hôpital à mettre à pied 55 personnes. Photo : Amine Harmach / ONFR
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55 postes supprimés à Bruyère : les syndicats craignent d’autres compressions en Ontario

Selon les syndicats, le gouvernement provincial a procédé à des compressions budgétaires qui ont obligé l’hôpital à mettre à pied 55 personnes. Photo : Amine Harmach / ONFR

OTTAWA – La suppression de 55 postes de travailleurs de première ligne à Santé Bruyère pourrait n’être que le début d’une série de compressions dans les hôpitaux ontariens. C’est l’alerte lancée lundi par le Conseil des syndicats d’hôpitaux de l’Ontario (OCHU) et le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP).

Selon le syndicat, ces abolitions de postes s’inscrivent dans un contexte où la province demande aux hôpitaux déficitaires d’équilibrer leur budget d’ici trois ans. Or, en 2025, Santé Bruyère affichait un déficit de fonctionnement de plus de 12 millions de dollars, le plus important parmi les hôpitaux d’Ottawa.

« Nous sommes très préoccupés par les conséquences des compressions budgétaires du gouvernement dans le secteur de la santé. Nous en voyons déjà les effets en temps réel avec les réductions de personnel à Santé Bruyère et dans d’autres établissements d’Ottawa », a déclaré Suzanne Pinel-Asselin, vice-présidente francophone du Conseil des syndicats d’hôpitaux de l’Ontario (OCHU-SCFP), qui travaille également à Horizon Santé-Nord, à Sudbury.

Elle souligne que des annonces similaires ont déjà été observées ailleurs dans la province, notamment dans la région du Grand Toronto, à Hamilton et à North Bay.

« L’année fiscale se termine à la fin mars et plusieurs décisions restent à venir. Mais tout indique que d’autres compressions pourraient être annoncées ailleurs dans la province », ajoute-t-elle.

Un personnel déjà à bout de souffle

À Bruyère, un des principaux organismes de santé de l’Est de l’Ontario spécialisés dans les soins aux personnes âgées, la réadaptation et les soins médicaux complexes, la décision a suscité l’indignation du personnel.

« C’est incompréhensible. Notre hôpital se vide au moment où on a le plus besoin d’aide. J’ai passé 30 ans de ma vie comme infirmier ici et je n’ai jamais vu autant de gens épuisés », affirme Douglas Currier, infirmier et président de la section locale CUPE 4540, qui représente environ 850 employés à Santé Bruyère.

Selon lui, la qualité des soins dans cet établissement qui comprend entre autres l’Hôpital Saint-Vincent et l’Hôpital Élisabeth-Bruyère, était déjà compromise en raison d’un manque de personnel. Selon un sondage récent, 67 % des travailleuses et travailleurs affiliés au SCFP disent devoir travailler pendant leurs pauses en raison du manque de personnel.

Douglas Currier affirme que la disparition de 46 préposés aux services de soutien personnel, en plus de neuf infirmières et infirmiers, risque d’avoir des conséquences directes sur la sécurité et la dignité des patients.

Douglas Currier, représentant syndical à Bruyère. Photo : Amine Harmach / ONFR

« Du bain à la toilette, ces préposés fournissent des services essentiels aux patients et soutiennent les infirmières dans les soins quotidiens. Sans eux, la charge de travail des équipes déjà en sous-effectif va encore augmenter. »

Des compressions qui pourraient s’étendre ailleurs

Pour Michael Hurley, président du Conseil des syndicats d’hôpitaux de l’Ontario, les suppressions de postes à Santé Bruyère s’inscrivent dans un phénomène plus large.

Il indique ainsi que, selon une analyse du Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario, le plan budgétaire provincial pourrait entraîner la perte de plus de 2400 lits hospitaliers et de 9000 postes d’infirmières et de préposés aux services de soutien personnel d’ici 2027-2028.

« En extrapolant ces données à Ottawa, le syndicat estime que plus de 725 emplois et près de 200 lits hospitaliers pourraient être perdus dans la capitale au cours des deux prochaines années si la tendance actuelle se maintient », précise-t-il.

« Ce qui se passe à Bruyère ne doit pas se faire dans le silence », s’indigne Michael Hurley.

« Pour plusieurs patients, cet établissement n’est pas seulement un lieu de passage : c’est leur milieu de vie. Couper dans le personnel qui les accompagne au quotidien aura nécessairement des conséquences humaines très graves. »

Le syndicat prévoit d’ailleurs un rassemblement le 23 mars à l’hôpital Saint-Vincent afin de démontrer son appui aux travailleurs touchés.

Financement « historique » selon le gouvernement, insuffisant selon les syndicats

Dans une déclaration à ONFR au sujet de l’impact des compressions budgétaires à l’Hôpital Montfort, la porte-parole de la ministre de la Santé Sylvia Jones, Ema Popovic, avait affirmé que la province continue d’investir massivement dans le système de santé.

Elle souligne que le gouvernement prévoit 91,5 milliards de dollars en dépenses de santé cette année, soit 30 milliards de plus qu’en 2018.

Cela comprend notamment une augmentation annuelle de 4 % du financement hospitalier pour une troisième année consécutive, une hausse que le gouvernement qualifie d’« historique ».

Mais selon Michael Hurley, même si les budgets de santé augmentent, ils ne suivent pas la hausse réelle des coûts.

« Même si le financement augmente sur papier, il s’agit en pratique d’une réduction lorsque l’on tient compte de l’inflation et des besoins croissants du système de santé. »

« Nous demandons au gouvernement de l’Ontario, qui finance déjà ses hôpitaux publics à un niveau parmi les plus faibles au pays, d’investir réellement dans le réseau public. Les conditions de travail sont aussi les conditions de soins », appelle-t-il.