Tensions avec les États-Unis : les gens d’affaires francophones du pays veulent resserrer leurs liens
La communauté d’affaires de la francophonie canadienne se donne rendez-vous à Ottawa pour un sommet national, alors que l’économie francophone n’est pas épargnée par les récentes turbulences économiques à l’échelle du pays.
Le Réseau de développement économique et d’employabilité du Canada (RDÉE Canada) organise ce rassemblement mardi et mercredi. L’événement réunira plusieurs centaines d’intervenants économiques, avec la participation des anciens premiers ministres provinciaux Jean Charest (Québec) et Brian Gallant (Nouveau-Brunswick). Le RDÉE est le porte-voix du développement économique des communautés francophones et acadiennes.
Alors que le premier ministre canadien, Mark Carney, multiplie les appels à diversifier l’économie canadienne pour réduire sa dépendance envers les États-Unis — notamment à l’international et par la promotion du commerce interprovincial —, les entreprises francophones ne sont pas étrangères à cette réalité.
« Très peu de gens savent que, hors Québec, la francophonie compte 116 000 entreprises et 3 millions de locuteurs. Très peu savent que l’espace francophone mondial pèse pour 16 % du PIB et 20 % du commerce mondial », énumère Yan Plante, PDG du RDÉE Canada.
« Donc, on a la responsabilité d’informer, d’expliquer et de valoriser cela. Si les gens ne sont pas au courant, on ne peut s’attendre à ce qu’une entreprise du Québec cherche à diversifier ses marchés vers l’Ontario, le Nouveau-Brunswick, l’Alberta ou la Saskatchewan si cet entrepreneur-là ne sait même pas que ça existe. »
Il espère que ce rassemblement des acteurs économiques de la francophonie canadienne constituera un premier pas ou permettra de saisir de nouvelles occasions dans le contexte actuel.
« Parmi ces 116 000 entreprises-là (francophones hors Québec), il y en a qui sont prêtes à faire du commerce à l’extérieur de leur région ou de leur province, et elles peuvent faire partie de la solution. Donc il y a des opportunités », présente-t-il.

Yan Plante y voit notamment des possibilités pour les entreprises du Québec qui doivent trouver de nouveaux fournisseurs ou partenaires hors de leurs frontières afin de faire des affaires en français. Il mentionne entre autres la stratégie fédérale de développement d’infrastructures dans le Grand Nord, qui pourrait profiter aux entreprises francophones de l’ensemble du pays, tout en soulignant le potentiel du repreneuriat, facilité par une langue commune.
« On ne veut pas que les gens quittent le sommet avec seulement des idées en tête, mais avec un appel à l’action : une personne à rappeler, un marché à explorer, une idée à développer. On veut passer à l’offensive avec la francophonie et saisir son potentiel, encore sous-utilisé et méconnu », affirme-t-il.
Conflit économique avec les États-Unis
La guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis s’est intensifiée au cours des dernières semaines avec l’imposition de droits de douane et de contre-tarifs de 50 % sur une panoplie de produits américains et canadiens. Les États-Unis appliquent des taxes douanières de 50 % sur près de 28 milliards de dollars de produits canadiens. Le Canada a répliqué, « dollar pour dollar », à l’offensive américaine en ripostant de la même manière par l’imposition de tarifs atteignant également 50 %.
Yan Plante constate que les 116 000 entreprises francophones hors Québec reflètent le portrait national. En Atlantique, la majorité des francophones évoluent dans le secteur des pêches, tandis qu’ils sont très présents dans l’industrie forestière dans le nord de l’Ontario, illustre-t-il. Des secteurs comme le bois et l’aluminium sont « durement touchés » par la situation actuelle, note-t-il, alors que d’autres entreprises profitent toujours de l’avantage concurrentiel du dollar canadien, plus faible que la devise américaine, pour poursuivre leurs activités chez nos voisins du Sud.
« C’est l’incertitude qui demeure le problème principal. Quand les entrepreneurs reportent leurs investissements pour moderniser leurs usines, cela crée un impact difficile à mesurer aujourd’hui, mais qu’on va sentir dans les prochaines années. Ce ne sera pas sans conséquences, et combien de temps cela peut-il durer? », s’interroge le président de l’organisme économique.
Le Sommet national du RDÉE Canada se déroule au Centre de conférences et d’événements d’Ottawa les 22 et 23 septembre.