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Francophonie internationale et élections font mauvais ménage

Marie-France Lalonde et Michaëlle Jean lors d'une rencontre en mars 2017 à Paris. Crédit image: Gracieuseté

TORONTO – La ministre des Affaires francophones, Marie-France Lalonde, devait s’envoler cette semaine vers Paris pour participer à une rencontre de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Elle n’ira pas, pas plus qu’elle n’annoncera publiquement la prochaine enveloppe dédiée à l’organisation. La raison: le déclenchement prochain des élections dans la province.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«J’espère que vous verrez ça de façon positive. Je choisis de rester en Ontario, car il y a des dossiers que je dois encore réaliser avant le début de l’élection», a confié Marie-France Lalonde, la semaine dernière en marge d’un événement organisé à Toronto en présence de représentants de l’OIF.

En janvier, Marie-France Lalonde indiquait à #ONfr qu’elle participerait pour une dernière fois avant l’élection à une séance du Conseil permanent de la francophonie, à Paris. C’est à titre de «sherpa» que Mme Lalonde devait représenter l’Ontario aux instances de la Francophonie le 6 avril, à la suite de l’adhésion de la province à l’OIF en novembre 2016.


«Je me suis excusée de ne pas y être. L’administrateur de l’OIF, Adama Ouane, a tout de suite compris. Ça ne diminue aucunement notre engagement [envers l’OIF], autant celui la province, de la première ministre ou le mien. […] Au niveau du temps, la disponibilité n’est pas présente.» – Marie-France Lalonde


Dans un contexte pré-électoral, chaque heure compte, laisse entendre Marie-France Lalonde. «Ça a l’air simple d’aller à Paris pour une journée. C’est 6 heures de décallage horaire, je reviens toujours un peu à l’envers de mon court temps là-bas», laisse-t-elle tomber. «J’espère que les Franco-Ontariens vont comprendre que mon engagement est d’abord avec eux», a-t-elle poursuivi.

La ministre des Affaires francophones, Marie-France Lalonde, en compagnie de la Secrétaire générale de l’OIF, Michaëlle Jean. Crédit: Gouvernement de l’Ontario

En juin 2017, l’Ontario a annoncé une contribution volontaire à hauteur de 300 000 $ pour soutenir l’égalité des sexes, et l’éducation chez les femmes et participer au fond à usage général de l’OIF. Selon des informations obtenues par #ONfr, le montant est renouvelé automatiquement pour quelques années. Mais Marie-France Lalonde affirme que la province devait prochainement confirmer dans quelles sphères la province poursuivait son engagement financier. Ça ne se passera pas avant l’élection, confirme-t-elle maintenant.

«Nous devons continuer notre engagement au niveau financier, à savoir les sphères, on a d’autres idées. Après l’élection, je vais pouvoir vous revenir, peut-être, avec plus d’actions. […] On a un engagement qu’on a dit qu’on partagerait avec vous, mais de devancer une annonce car il nous reste quelques jours avant l’élection, ce n’est pas ce que les gens souhaiteraient», explique à ce sujet la ministre Lalonde.

Et pour la suite, elle livre un avertissement aux Franco-Ontariens. «M. Ford, on le sait, il dit vouloir trouver de l’efficacité dans un gouvernement qu’il dit très gras», a-t-elle indiqué. «Est-ce que dans cette optique, M. Ford va croire que l’efficacité serait que c’est quelque chose de trop à dépenser», a-t-elle lancé, sous entendant que Doug Ford et les troupes conservatrices pourraient tourner le dos à l’OIF.

 

Francophonie et stratégie politique

La décision du gouvernement Wynne de mettre la pédale douce en matière de francophonie internationale est purement stratégique, selon le politologue Martin Normand.

«On veut garder Mme Lalonde sur le terrain, c’est un calcul de communication. Il faut qu’elle soit là pour convaincre les francophones de voter libéral», croit-il. Contrairement à d’autres, il est persuadé du poids que peuvent avoir les Franco-Ontariens dans la balance électorale.


«Je le dis souvent: les francophones sont capables de faire une différence. Marie-France Lalonde pourrait faire une différence si elle se fait voir dans différents événements avec des candidats francophones qui tentent de se faire élire ou réélire.» – Martin Normand


Martin Normand affirme que les libéraux ont néanmoins marqué des points politiques grâce à l’OIF. «Je pense que ça a touché une corde sensible: les Franco-Ontariens sont contents d’être représentés sur la scène internationale», observe-t-il.

Le stagiaire postdoctoral à l’Université d’Ottawa et à l’Institut du savoir Montfort, Martin Normand. Crédit image: Benjamin Vachet
Le politologue de l’Université d’Ottawa, Martin Normand. Crédit image: Benjamin Vachet

Quant aux effets de l’absence de l’Ontario lors de la rencontre de cette semaine, Martin Normand croit que l’impact négatif sera limité. «D’un point de vue diplomatique, ça peut être problématique de ne pas y être. Mais autour de la table, les autres membres pourraient aussi comprendre que l’OIF n’est pas la priorité au moment d’une élection», juge-t-il.

Concernant les doutes sur l’enthousiasme futur de Doug Ford au sujet de la francophonie, dans l’éventualité où il prenait le pouvoir, Martin Normand apporte certaines nuances. «Je ne sais vraiment pas ce qu’il va se passer. Je ne pense pas qu’il va retirer l’Ontario de l’OIF. Il va peut-être avoir une hésitation à faire de grandes dépenses, mais je n’entrevois pas de recul. Il peut cependant y avoir des différences sur la manière de remplir certains engagements», dit-il. M. Normand se demande aussi qui, dans un possible caucus progressiste-conservateur, pourrait représenter la province auprès de l’OIF.

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.