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Francophonie internationale et élections font mauvais ménage

Temps de lecture : 3 minutes

TORONTO – La ministre des Affaires francophones, Marie-France Lalonde, devait s’envoler cette semaine vers Paris pour participer à une rencontre de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Elle n’ira pas, pas plus qu’elle n’annoncera publiquement la prochaine enveloppe dédiée à l’organisation. La raison : le déclenchement prochain des élections dans la province.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

« J’espère que vous verrez ça de façon positive. Je choisis de rester en Ontario, car il y a des dossiers que je dois encore réaliser avant le début de l’élection », a confié Marie-France Lalonde, la semaine dernière en marge d’un événement organisé à Toronto en présence de représentants de l’OIF.

En janvier, Marie-France Lalonde indiquait à #ONfr qu’elle participerait pour une dernière fois avant l’élection à une séance du Conseil permanent de la francophonie, à Paris. C’est à titre de « sherpa » que Mme Lalonde devait représenter l’Ontario aux instances de la Francophonie le 6 avril, à la suite de l’adhésion de la province à l’OIF en novembre 2016.


« Je me suis excusée de ne pas y être. L’administrateur de l’OIF, Adama Ouane, a tout de suite compris. Ça ne diminue aucunement notre engagement [envers l’OIF], autant celui la province, de la première ministre ou le mien. […] Au niveau du temps, la disponibilité n’est pas présente. » – Marie-France Lalonde


Dans un contexte pré-électoral, chaque heure compte, laisse entendre Marie-France Lalonde. « Ça a l’air simple d’aller à Paris pour une journée. C’est 6 heures de décallage horaire, je reviens toujours un peu à l’envers de mon court temps là-bas », laisse-t-elle tomber. « J’espère que les Franco-Ontariens vont comprendre que mon engagement est d’abord avec eux », a-t-elle poursuivi.

En juin 2017, l’Ontario a annoncé une contribution volontaire à hauteur de 300 000 $ pour soutenir l’égalité des sexes, et l’éducation chez les femmes et participer au fond à usage général de l’OIF. Selon des informations obtenues par #ONfr, le montant est renouvelé automatiquement pour quelques années. Mais Marie-France Lalonde affirme que la province devait prochainement confirmer dans quelles sphères la province poursuivait son engagement financier. Ça ne se passera pas avant l’élection, confirme-t-elle maintenant.

« Nous devons continuer notre engagement au niveau financier, à savoir les sphères, on a d’autres idées. Après l’élection, je vais pouvoir vous revenir, peut-être, avec plus d’actions. […] On a un engagement qu’on a dit qu’on partagerait avec vous, mais de devancer une annonce car il nous reste quelques jours avant l’élection, ce n’est pas ce que les gens souhaiteraient », explique à ce sujet la ministre Lalonde.

Et pour la suite, elle livre un avertissement aux Franco-Ontariens. « M. Ford, on le sait, il dit vouloir trouver de l’efficacité dans un gouvernement qu’il dit très gras », a-t-elle indiqué. « Est-ce que dans cette optique, M. Ford va croire que l’efficacité serait que c’est quelque chose de trop à dépenser », a-t-elle lancé, sous entendant que Doug Ford et les troupes conservatrices pourraient tourner le dos à l’OIF.

Francophonie et stratégie politique

La décision du gouvernement Wynne de mettre la pédale douce en matière de francophonie internationale est purement stratégique, selon le politologue Martin Normand.

« On veut garder Mme Lalonde sur le terrain, c’est un calcul de communication. Il faut qu’elle soit là pour convaincre les francophones de voter libéral », croit-il. Contrairement à d’autres, il est persuadé du poids que peuvent avoir les Franco-Ontariens dans la balance électorale.


« Je le dis souvent : les francophones sont capables de faire une différence. Marie-France Lalonde pourrait faire une différence si elle se fait voir dans différents événements avec des candidats francophones qui tentent de se faire élire ou réélire. » – Martin Normand


Martin Normand affirme que les libéraux ont néanmoins marqué des points politiques grâce à l’OIF. « Je pense que ça a touché une corde sensible : les Franco-Ontariens sont contents d’être représentés sur la scène internationale », observe-t-il.

Quant aux effets de l’absence de l’Ontario lors de la rencontre de cette semaine, Martin Normand croit que l’impact négatif sera limité. « D’un point de vue diplomatique, ça peut être problématique de ne pas y être. Mais autour de la table, les autres membres pourraient aussi comprendre que l’OIF n’est pas la priorité au moment d’une élection », juge-t-il.

Concernant les doutes sur l’enthousiasme futur de Doug Ford au sujet de la francophonie, dans l’éventualité où il prenait le pouvoir, Martin Normand apporte certaines nuances. « Je ne sais vraiment pas ce qu’il va se passer. Je ne pense pas qu’il va retirer l’Ontario de l’OIF. Il va peut-être avoir une hésitation à faire de grandes dépenses, mais je n’entrevois pas de recul. Il peut cependant y avoir des différences sur la manière de remplir certains engagements », dit-il. M. Normand se demande aussi qui, dans un possible caucus progressiste-conservateur, pourrait représenter la province auprès de l’OIF.

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