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Francophonies canadiennes : le rapprochement tant attendu avec le Québec ?

Temps de lecture : 4 minutes

C’est ce samedi que débutera le Sommet sur le rapprochement des francophonies canadiennes. Ce sommet pourrait-il signaler le début d’une nouvelle ère entre le Québec et les francophones du reste du pays ? Pour certains experts, c’est un premier pas dans la bonne direction pour de futures collaborations.

Pour la politologue Stéphanie Chouinard, ce sommet pourrait permettre d’ouvrir une nouvelle voie entre le Québec et les francophones du reste du pays.

« C’est vraiment une occasion pour inviter tout le monde à venir écouter et partager sur la façon dont on pourrait entrevoir une nouvelle relation entre les différentes francophonies au sein du Canada. »

Cette dernière croit que les deux camps ont intérêt à lier des liens via ce rapprochement auquel participera la ministre québécoise Sonia LeBel, responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne.

« Je pense que la façon dont on souhaite bâtir cette relation-là est que la francophonie a quelque chose à donner et à offrir aux Québécois dans ce rapport regroupé. Ce n’est pas unidirectionnel dans la façon de cette nouvelle relation et le format du sommet en témoigne, je crois », pense la professeure du Collège militaire royal du Canada.

La ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney n’est pas attendue à ce sommet qui se déroule de façon virtuelle, mais ce regroupement pourrait permettre de développer un nouvel angle dans la relation de l’Ontario et son voisin.

« De vouloir mettre de l’avant ce lien-là qui est plus culturel ne peut qu’aider à renforcer les liens entre deux provinces qui s’entendent déjà très bien. Je pense que ça permettra peut-être, de donner au Québec les coudées franches pour parler plus ouvertement de culture et de langue française avec l’Ontario. Lorsque les deux premiers ministres (Ford et Legault) se rencontrent, on va parler de francophonie, mais c’est une note de bas de page », affirme Stéphanie Chouinard.

Toutefois, en termes d’issues et de retombées du sommet, difficile d’en connaître les résultats finaux.

« Ce n’est pas nécessairement clair sur ce que pourraient être les retombées en termes politiques (… ). Il y a plusieurs souhaits en termes d’investissements, d’échanges et de relations qui pourraient être bâtis pour durer pour la suite des choses pour créer de nouvelles connexions entre les différents acteurs au Québec et hors Québec, et ce dans de différents champs d’action. »

Même si les représentants politiques des autres provinces canadiennes seront absents au cours de ce sommet, la politologue ne croit pas que c’est peine perdue.

« Les autres provinces pourront se servir de ce qui va se passer durant le sommet pour penser à l’avenir des relations avec le Québec. »

Une première en plus de 50 ans

Intitulée les États généraux du Canada français, la dernière rencontre de ce type s’était déroulée de 1966 à 1969. L’historien Serge Dupuis rappelle toutefois que les derniers sommets de ce genre au cours du 20e siècle étaient surtout des rassemblements d’institutions civiles. Cette année, l’implication du gouvernement québécois amène une distinction importante à ce sommet, croit-il.

« Le gouvernement québécois, à l’époque, s’organisait un peu comme un groupe de pression auprès du gouvernement fédéral », dit l’historien, qui donne en exemple l’appel du gouvernement québécois auprès du fédéral à reconnaître le statut particulier du Québec.

« À ce moment-ci, je pense que l’État québécois invite la société civile et les États porte-parole à élaborer de nouveaux rapports. On est dans la coexistence. Le fédéral joue vraiment son rôle, on n’essaie pas de lui faire compétition, on n’essaie pas de le réformer. Là, on veut échanger dans les domaines des compétences provinciales et ça, c’est nouveau. On ne l’a pas vu auparavant. »

Ce dernier envisage positivement ce qui pourrait survenir avec ce sommet.

« Si on identifie bien le carré de sable d’idées qu’on peut exercer et les possibilités à l’intérieur de ça, il y a de bien belles choses qui peuvent émerger comme des collaborations et des projets. »

Six recommandations de l’AFO

Dans un mémoire, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) émet six recommandations pour améliorer et consolider les relations entre le Québec et les Franco-Ontariens.

  • Créer un mandat pour encadrer les conversations entre le Québec et les organismes nationaux et provinciaux des francophones 
  • Créer une table de concertation avec le Québec pour entretenir des relations avec les Franco-Ontariens vivant à l’extérieur de l’Ontario, dont au Québec 
  • Évaluation de la mobilité étudiante via les états généraux sur le postsecondaire pour formuler recommandations qui prennent en compte la réalité hors Québec 
  • Campagne de sensibilisation avec le gouvernement québécois pour mieux faire connaître l’Ontario français et l’ensemble des francophones au Québec. 
  • Reconnaissance formelle de la FCFA comme groupe porte-parole des communautés francophones (hors Québec) et acadienne, et l’AFO comme groupe porte-parole des Franco-Ontariennes et des Franco-Ontariens
  • Que la FCFA et le gouvernement du Québec s’engagent à tenir un autre sommet l’an prochain
Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Carol Jolin. Archives ONFR+

Pour ses recommandations, l’AFO s’appuie notamment sur un sondage qu’elle a effectué auprès de plus de 1 000 personnes au Québec et en Ontario. Dans ce sondage, 20,5 % des répondants francophones de l’Ontario ont répondu être nés au Québec et près de 72 % ont indiqué avoir de la famille au Québec.

« Les résultats du sondage démontrent clairement que l’Ontario français et le Québec souhaitent solidifier leur relation. Nous, francophones, avons un poids politique, social et culturel important au pays. Ce rapprochement a le potentiel de nous amener plus loin vers l’épanouissement de la francophonie partout au pays », affirme le président de l’AFO, Carol Jolin.

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