Hawkesbury : les Comtés unis retirent leur financement à une résidence privée qui ne répond pas aux standards
HAWKESBURY – L’administration municipale passe à l’action concernant la Résidence Cameron, un établissement privé d’hébergement pour personnes vulnérables aux prises avec des troubles de santé mentale situé à Hawkesbury. ONFR a appris que les Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR) ont résilié leur entente d’hébergement avec l’établissement pour non-respect des « standards de service », plongeant une dizaine de résidents vulnérables dans un ultimatum de relogement d’urgence d’ici le 30 septembre.
Lorsqu’il a appris la nouvelle, Samuel Perreault a pris un coup dur. À 40 ans, cet homme atteint d’enjeux de santé mentale considérait la Résidence Cameron comme son domicile permanent depuis plus de trois ans et demi. Aujourd’hui, comme une dizaine d’autres pensionnaires, il a moins de deux mois pour faire ses cartons et se dénicher un nouveau toit ou trouver une autre façon de payer son loyer.
« C’est un choc… un choc dur. Moi je me disais que j’étais là pour des années, puis ben non, il faut que je trouve un autre endroit », confie M. Perreault, l’air résigné.
Dans une lettre officielle datée du 5 août dont ONFR a obtenu copie, les services sociaux des CUPR annoncent aux résidents que l’établissement ne fera plus partie du réseau des Centres de services résidentiels (CSR) agréés à compter du 30 septembre prochain.
Ce retrait d’agrément a un impact financier direct pour les résidents, alors que le loyer mensuel à la Résidence Cameron s’élève à 1800 $.
Cette somme est séparée en deux volets : environ 1100 $ proviennent du chèque mensuel du Programme de soutien aux personnes handicapées de l’Ontario (POSPH), tandis que les 700 $ restants sont directement subventionnés par les CUPR dans le cadre du programme des CSR.
L’affaire avait d’ailleurs fait la manchette au printemps dernier lorsque des familles avaient dénoncé publiquement la malnutrition des pensionnaires et une infestation majeure de punaises de lit.

Mais sur le terrain, le répit aura été de courte durée selon Samuel Perreault : « Ça a fait bouger [les choses] quelques semaines. On a eu de la meilleure bouffe, un meilleur traitement, meilleur tout… Puis c’est redescendu […]. Ces derniers temps, le dîner, souvent c’est de la soupe. Pas une soupe épaisse là, une petite soupe qui serait considérée comme un apéritif. C’est pas assez, après 16 h, j’ai encore faim. »
Sur le plan de l’hygiène, le résident note que les contrôles tardent : « Ils étaient supposés inspecter ma chambre, ça fait quand même une semaine de ça, et ils ne l’ont pas fait. »
Sa mère, Chantal Cholette, exprime son désarroi face à la dispersion imminente des résidents : « Ça m’a fait beaucoup de peine parce que les résidents, quand je les ai vus après qu’ils ont eu la lettre, ils m’ont dit : « On est une famille, là il faut qu’on se trouve une autre place pour aller vivre. » Mon fils aime la résidence, mais ce sont les repas et les punaises de lit qui le dérangeaient. »
Mme Cholette raconte aussi avoir déjà dû intervenir elle-même pour calmer son fils lors de crises, en raison, selon elle, de l’incapacité de certains employés à gérer la situation.
« Standards de service non rencontrés »
En résiliant le contrat de l’établissement, la municipalité coupe la subvention de 700 $ rattachée à cette adresse.
S’ils décidaient de demeurer sur place après l’échéance du 30 septembre, les résidents devraient assumer seuls la totalité des 1800 $ par mois, une obligation financière majeure pour ces personnes aux revenus très limités.
Les pensionnaires sont donc placés devant un choix : déménager vers un autre centre agréé de la région pour conserver l’aide financière, ou rester à la résidence sans le soutien financier des CUPR.
La directrice du Département des Services sociaux des CUPR, Sylvie Millette, a confirmé la rupture du contrat par courriel : « À la suite d’un examen de la situation, les Comtés unis de Prescott et Russell (CUPR) ont déterminé que les standards de service requis dans le cadre du programme des Centres de services résidentiels ne sont pas rencontrés à Place Cameron. En conséquence, l’entente entre les CUPR et Place Cameron sera résiliée à compter du 30 septembre 2026. »

Relancée à plusieurs reprises afin de préciser la nature exacte des défaillances constatées et la nature de l’enquête menée, Mme Millette n’a pas pu dévoiler plus de détails : « En raison de nos obligations en matière de confidentialité et de protection des renseignements personnels, nous ne pouvons commenter davantage les détails entourant l’évaluation, le suivi ou les interventions auprès d’un fournisseur de services. »
Une ancienne employée a aussi dénoncé la situation
La situation à la Résidence Cameron ne serait pas un cas isolé, selon une ancienne employée. Mélanie Larocque soutient que des scénarios tout aussi inquiétants pourraient prévaloir dans les deux autres établissements appartenant au même propriétaire dans la région, soit la Place Rideau à Hawkesbury et la Résidence MacDonald à Vankleek Hill.
Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, celle-ci réclame « justice pour la résidence Cameron, la résidence MacDonald et la place Rideau », estimant que la situation « n’a juste plus d’allure ».
L’ex-employée y détaille ce qu’elle dit avoir observé sur le terrain : « Non seulement ils sont mal alimentés, mais il y a une infestation de punaises de lit qui dure depuis plus d’un an… À la place Rideau, ça fait depuis 2018 qu’ils n’ont pas été capables de traiter. »
Selon elle, l’infestation isole encore davantage les pensionnaires : « À cause de ça, les résidents qui doivent se rendre à des rendez-vous ne peuvent plus se rendre parce que le voyagement communautaire ne veut plus les embarquer. »

Angle mort réglementaire?
La situation à la Résidence Cameron et dans les autres foyers du groupe met en lumière un angle mort de la législation ontarienne.
N’étant pas considérés comme des résidences pour personnes âgées, ces établissements privés qui hébergent des personnes vulnérables, notamment des personnes vivant avec des enjeux de santé mentale, ne sont pas soumis aux lois, aux règlements et aux inspections accrues qui encadrent ces dernières
Interrogé par ONFR, l’avocat Ronald Caza explique que ce type de foyer échappe aux inspections provinciales directes : « Durant la pandémie, on a réalisé les gros défis dans les résidences pour personnes âgées et les gouvernements sont intervenus avec des lois et une surveillance accrue. Mais ici, la situation tombe entre les craques parce qu’il ne s’agit pas d’une résidence pour personnes âgées au sens strict de la loi. »

Si le propriétaire actuel avait affirmé auprès d’autres médias en avril dernier avoir hérité des problèmes d’insalubrité de l’ancienne direction, Mᵉ Ronald Caza précise que cette transition est sans effet sur le plan de la responsabilité. Pour l’avocat, l’établissement demeure pleinement redevable des dommages et des préjudices subis par les occupants, peu importe qui se trouve à sa tête.
L’avocat encourage fortement les proches à consulter, rappelant que le manque de ressources ne doit pas être un frein, la plupart des juristes acceptant de rencontrer les victimes d’injustices pour évaluer gratuitement la viabilité de leur dossier.
Il rappelle aussi que des recours peuvent être présentés devant la Cour des petites créances pour des litiges allant jusqu’à 50 000 $, où « les juges se montrent très sensibles à la protection des personnes les plus vulnérables de nos communautés. »
De son côté, la famille de Samuel Perreault dit justement étudier la possibilité d’entamer des recours judiciaires.
Réserve des autorités et de la direction
Du côté des institutions et des organismes spécialisés, les prises de parole demeurent très restreintes.
« Notre priorité reste d’aider [les établissements] à adopter les mesures appropriées qui favorisent le bien-être des résidents », a réagi par courriel le BSEO. Se refusant à commenter des « plaintes spécifiques », l’organisme de santé publique indique ne pas être en mesure de se prononcer sur les décisions ou procédures des autres agences impliquées.

Sollicitée pour commenter les enjeux d’accompagnement de ces clientèles vulnérables, l’Association pour l’intégration sociale d’Ottawa (AISO) s’est finalement désistée par la voix de son adjointe à la direction générale, déclinant notre demande d’entrevue après l’avoir initialement acceptée.
« Une seule plainte concernant la sécurité des soins est déjà une plainte de trop », avait martelé pour sa part le bureau du député provincial de Glengarry-Prescott-Russell, Stéphane Sarrazin, sollicité pour une déclaration avant la lettre du 5 août, rappelant que tout manquement quant à la conduite d’un fournisseur de soins doit être « signalé à l’ordre professionnel de réglementation compétent » afin qu’une enquête soit menée.
De son côté, le propriétaire de la Résidence Cameron n’a pas été en mesure d’accorder une entrevue à ONFR avant la limite de publication.