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Jacques de Courville Nicol, pilier de l’Ontario français, s’est éteint

Jacques de Courville Nicol. Crédit image: Archives

OTTAWA – Le Franco-Ontarien Jacques de Courville Nicol est décédé, ce vendredi, à l’âge de 76 ans, des suites d’une longue maladie.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

«Il s’est éteint en douceur, à la maison, entouré de l’amour de son épouse et de ses enfants», explique sa famille.

Originaire d’Outremont, au Québec, M. de Courville Nicol s’est installé en Ontario dès son jeune âge, lorsque son père est devenu dirigeant du contentieux de la Commission des réclamations de guerre, à Ottawa. Au cours de sa carrière et par ses nombreux engagements, il est devenu un pilier de la francophonie ontarienne.

Diplômé de l’Université Laurentienne, c’est lors de ces années étudiantes qu’il a entamé ses premières campagnes et contributions à la cause franco-ontarienne et à son rêve d’un Canada uni et fort dans sa dualité linguistique et culturelle. À Sudbury, il oeuvre ainsi à la reconnaissance du français à l’Université Laurentienne, à la revendication des écoles secondaires de langue française en Ontario, et devient éditeur, rédacteur-en-chef et journaliste pour le Franc-Jeu, le Lien, Vox Discipuli, l’édition du Nord du quotidien Le Droit. Il s’implique également au sein de l’Association de la jeunesse franco-ontarienne (AJFO), puis plus tard, lorsqu’il revient travailler dans la région, il appuie le développement et le soutien des arts et de la culture française à Sudbury, notamment par sa participation au conseil d’administration du Théâtre du Nouvel-Ontario et de La Slague.

De retour à Ottawa, M. de Courville Nicol a poursuivi ses études en droit civil à l’Université d’Ottawa. Par la suite, il se joint à la fonction publique fédérale, comme adjoint administratif au ministre d’État à la Citoyenneté, Martin O’Connell, au Secrétariat d’État, puis comme chef de la Division des relations fédérales avec le secteur privé à la Division du développement du bilinguisme, au Secrétariat d’État et responsable de la création du Centre de linguistique de l’entreprise à Montréal et de la mise en place des recommandations pour le secteur privé du Rapport de la Commission royale sur le Bilinguisme et le Biculturalisme, et enfin, comme chef de la Division de l’information au Sous-secrétariat aux langues officielles au Conseil du Trésor. Il est ensuite nommé le plus jeune directeur général de l’époque à la Direction de l’information et de la formation au Sous Secrétariat aux Langues officielles au Conseil du Trésor du Canada.

Attiré par le monde des affaires, il a également fondé plusieurs compagnies dans le secteur des communications et siégé sur de nombreux conseils d’administration au cours de sa longue carrière et de son implication pendant plus de 50 ans au sein de la communauté franco-ontarienne. Il a notamment été cofondateur de Performance, un réseau canadien de téléspectacles offrant par diffusion satellite un service de télévision payante en anglais et en français partout au Canada, et aussi cofondateur de la première télévision payante en français diffusée par satellite en Ontario, Québec, aux maritimes et au Manitoba. On lui doit aussi la mise en place du Regroupement des gens d’affaires de la région de la capitale nationale et la production de plusieurs films francophones.

 

Un homme d’action

Son dernier combat, il l’a mené pour faire reconnaître le caractère bilingue de la Ville d’Ottawa en tant que coordonnateur national du Mouvement pour une capitale du Canada officiellement bilingue (MOCOB). Un mouvement qui a permis le vote d’une loi sur le bilinguisme de la capitale nationale, à Queen’s Park, en décembre 2017.

«C’est lui qui a relancé le dossier d’Ottawa ville bilingue. Il a mis beaucoup d’énergie à rallier les troupes, alors que tout le monde n’était pas convaincu. On lui doit une fière chandelle», a réagi le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin, interrogé par #ONfr. «Sur une note plus personnelle, c’est sur le dossier d’Ottawa ville bilingue que j’ai surtout appris à le connaître. Je me souviens de sa grande persévérance. Même s’il se savait malade, il continuait. C’était un homme d’action et il l’est resté jusqu’à la fin de sa vie. Il a beaucoup donné pour la francophonie, c’est une grande perte.»

Même s’ils étaient opposés dans ce dossier, le maire d’Ottawa, Jim Watson, lui a également rendu hommage, offrant ses «sincères sympathies à sa famille, ses amis et à toute la communauté francophone».


«Jacques de Courville Nicol fut un pionnier de la Francophonie toute sa vie, et a inspiré une génération de leaders franco-ontariens» – Jim Watson, maire d’Ottawa


Le commissaire aux services en français, François Boileau, dans un billet sur son blogue, reconnaît le travail acharné de M. de Courville Nicol.

«Y a-t-il une lutte à laquelle il n’a pas été mêlé? Que ce soit la reconnaissance du français à l’Université Laurentienne à Sudbury, la création du collège La Cité à Ottawa, la sauvegarde de l’hôpital Montfort, du centre d’excellence de l’école secondaire publique De La Salle, et même la mise en place de la Loi sur les services en français! Le suivre dans ses péripéties est simplement de suivre l’histoire de l’Ontario français à une époque d’effervescence, de lutte, de création dans des contextes éminemment pas aussi «faciles» qu’aujourd’hui. Et si c’est plus facile aujourd’hui, c’est justement en raison de son implication dans la mise en place d’institutions clés, comme la gestion de nos écoles, institutions sur lesquelles nous pouvons croître.»

Au cours de sa vie, M. de Courville Nicol a reçu de nombreuses distinctions. Récemment, en 2015, il était devenu le troisième récipiendaire du prix du Pilier de la francophonie, de l’AFO.

L’ancienne procureure générale de l’Ontario et ministre déléguée aux Affaires francophones, Madeleine Meilleur, a connu personnellement M. de Courville Nicol. Émue, elle se rappelle d’un homme de conviction, intelligent et articulé.

«Après la disparition de Mauril Bélanger et de Pierre de Blois, c’est une autre grande perte pour notre francophonie! Jacques de Courville Nicol était un grand francophone qui a milité dès la première heure pour l’avancement de la francophonie, surtout en Ontario, mais aussi à travers le pays. Il voulait que la francophonie prenne sa place. Dans mes 25 ans de carrière politique, j’ai eu l’occasion de travailler avec lui. C’était quelqu’un qui n’était jamais gêné de donner son opinion sur le travail que tu faisais… ou que tu devrais faire!», sourit-elle.

 

Des réactions à travers le Canada

Sur les médias sociaux, les messages ont rapidement afflué à la nouvelle de sa disparition. L’ancien journaliste, éditorialiste et président-éditeur du quotidien LeDroit, Pierre Bergeron, notamment, souligne qu’en «Jacques de Courville Nicol, la communauté franco-ontarienne perd l’un de ses plus ardents défenseurs. Il fut de bien des batailles pour le mieux-être des siens et pour le développement de la communauté des affaires, particulièrement à la fondation du Regroupement des gens d’affaires. Qu’il repose en paix après une vie bien remplie.»

La politologue de l’Université d’Ottawa, Linda Cardinal, a également souligné le travail de M. de Courville Nicol.


«Un géant de la francophonie canadienne vient de nous quitter. Sa présence, ses conseils, sa combativité, sa complicité me feront dorénavant cruellement défaut» – Linda Cardinal, politologue


Le député fédéral de Gatineau, Steven MacKinnon regrette la disparition d’une grande figure de la francophonie: «Un autre grand nous quitte», a-t-il commenté sobrement.

Mais les hommages n’ont pas été seulement locaux. Ainsi, la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada rappelle que «le nom de Jacques de Courville Nicol reste synonyme d’engagement citoyen francophone. Tous ceux et toutes celles qui ont nourri le rêve d’une capitale nationale bilingue lui doivent une fière chandelle».

Au Nouveau-Brunswick, le directeur général de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), Ali Chaisson a également réagi sur Twitter.

«Il était un grand homme de la francophonie ontarienne, mais également un ami de l’Acadie.»

Sa célébration de vie, confiée aux Service funéraire, cimetière et crémation Beechwood, aura lieu le dimanche 23 septembre.

 

Dernière mise à jour dimanche 9 septembre, à 13h.

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Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de douze ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.