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Johanne Lacombe, un Saphir comme précieuse reconnaissance

Temps de lecture : 6 minutes

[LA RENCONTRE D’ONFR+]

ORLÉANS – Visage familier de la francophonie, Johanne Lacombe n’était jusque-là pas habituée aux récompenses. Les temps changent. Samedi dernier, la présidente du Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) a reçu le Saphir de la personnalité féminine de l’année. Une juste récompense pour elle dont la famille cultive le militantisme de génération en génération.

« Quatre Saphir étaient en jeu lors de cette soirée qui célèbre les contributions des femmes dans la communauté franco-ontarienne. Vous avez remporté le plus prestigieux, celui de la personnalité féminine de l’année, quelle est votre réaction ?

Je ne m’attendais pas à le recevoir, vraiment ! C’est mon conseil scolaire qui a demandé de mettre mon nom en tant que candidate. C’était tout un cadeau ! J’étais surprise !

Beaucoup ont dit que votre engagement communautaire a peut-être fait la différence par rapport aux autres candidates dans votre catégorie (Carole Nkoa, Marie-Jennyne Mayard et Josée Vaillancourt), est-ce votre avis ?

Oui, quand je regarde les listes des autres candidates, je me dis que ça fait beaucoup d’années que je militais, et c’est très important. Quand on donne à la communauté, la communauté redonne. J’ai touché beaucoup de domaines que ce soient la santé, l’éducation, les logements communautaires. À vrai dire, je ne connaissais pas tous les autres noms des finalistes dans ma catégorie. Certaines étaient justes des connaissances.

On sait que cette Soirée Saphir est organisée annuellement par la Fondation franco-ontarienne. Est-ce que cette soirée a selon vous, après quatre ans d’existence, assez de résonance ?

Ça donne la chance entre femmes de se mettre une bonne tape dans le dos, de se dire qu’on a une place à prendre, pourquoi pas le célébrer ensemble. Ça donne l’occasion de faire connaître cela, montrer qu’entre femmes, on peut faire ce que l’on veut et faire la différence. Je pense qu’ils vont ajouter une catégorie l’année prochaine. Si je me trompe pas, ça sera pour l’entrepreneure de l’année !

Quels sont les obstacles qui persistent encore pour les femmes ?

Il y a 20, 25 ans passé, quand j’ai commencé à m’impliquer dans les CA de la Caisse Desjardins, j’étais une des plus jeunes, et la seule femme. Maintenant, ça a totalement changé. L’implication des femmes a augmenté mais les femmes ne sont pas encore portées.

On oublie que la femme joue plusieurs rôles notamment en conciliant un travail à temps plein et un rôle de mère de famille. Il faut essayer de trouver des solutions. Ça peut être des choses comme un service de gardiennage par exemple pour les mères !

Est-ce que votre engagement prend sa source au niveau familial ? Rappelons que votre père, Gérald Lacombe, était directeur-adjoint d’écoles secondaires de langue française de la région d’Ottawa, mais aussi président du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) dans les années 80. Vos grands-parents paternels furent aussi très impliqués dans leur communauté.

Je suis née à faire ceci, j’étais quasiment obligée de le faire, car mon père le faisait tellement avec par exemple la Résidence Saint-Louis, l’église St-Joseph ou encore le MIFO. Je le regardais juste aller, et je me sentais obligée de le suivre. Il avait des résultats, et je me disais que j’aimerais aussi aider la communauté.

Votre père fut votre plus grand modèle ?

Oui ! Je le regarde toujours tout haut, il a fait des belles choses ! Il a toujours tout fait pour s’assurer que ses enfants puissent avoir des services en français !

Vous avez grandi à Orléans et vous en êtes toujours aujourd’hui résidente, qu’est-ce qui a changé dans cette ville ?

Ça a changé beaucoup avec les années. On peut juste parler au niveau démographique, Orléans a grossi. Au niveau de la francophonie, ce n’est pas beaucoup plus francophone malheureusement. On a dû travailler fort pour la maintenir, cette francophonie. Mais maintenant, on a autant même plus de services en français, qu’auparavant.

Vous êtes la présidente du CECCE depuis 2015, un conseil scolaire qui compte tout de même presque 25 000 élèves. Comment ça se passe une journée de présidente ?

Les responsabilités sont toujours dans ma tête ! Je suis toujours la personne informée sur une base régulière avec des enjeux comme la gestion, les réunions ou des documents à lire. Je ne passe pas une journée où je ne pense pas à mon conseil scolaire. Ça me garde occupée. J’ai beaucoup de représentation à faire, des activités dans les écoles ou dans les communautés.

Photo officielle de Johanne Lacombe dans le cadre de ses fonctions au CECCE. Gracieuseté : CECCE

Il y a la partie des consultations. Lorsque quelque chose est mis sur pied, on communique avec moi en premier. Il y a aussi un aspect décisionnel, autant au niveau de la représentation que des rencontres. La Direction de l’éducation va elle plus s’occuper de l’administration, l’élaboration de nouveaux programmes, et les nouvelles embauches.

Vous êtes présidente du conseil scolaire, mais vous aviez déjà occupé le poste de gestionnaire des communications au CECCE de 2002 à 2005, deux choses très différentes, non ?

Les deux côtés sont autant intéressants, mais ça m’intéressait beaucoup de pouvoir représenter les citoyens de mon secteur, voilà pourquoi je me suis présentée comme conseillère scolaire en 2010. Les deux côtés m’ont apporté beaucoup. Quand je suis arrivée conseillère, je connaissais déjà le conseil scolaire.

On ne peut passer avec vous sous silence l’avenir du Centre Jules-Léger. Vous êtes justement la présidente du Consortium des conseils scolaires francophones qui doivent en assurer prochainement la gestion. Or, on voit que ce transfert annoncé en 2017 cumule des retards. Dernièrement, on parlait d’août 2020…

Oui et je suis déçue que ça prenne autant de temps ! On le vit patiemment, on a hâte que ça puisse démarrer. Je dois dire que les discussions sont bonnes, on a toujours eu une bonne relation avec le gouvernement. Quand le gouvernement a changé après les élections, on avait une crainte, mais ça reste une priorité.

Alors pourquoi ce retard pour un centre qui, rappelons-le, fournit des services aux enfants francophones sourds, aveugles, sourd-aveugles ou ayant un trouble d’apprentissage à Ottawa ?

Il faut s’assurer que tous les transferts soient bien faits, que ce soient la gestion humaine, le système informatique, la paie. Il faut des consultants pour nous aider, ça peut prendre des mois par exemple pour le choix d’un logiciel. Ce sont des choses techniques qui prennent du temps ! Lorsqu’il y a eu les élections et le nouveau gouvernement en place, les choses ont arrêté. Il a fallu alors relancer la machine !

Parlons de votre dernier défi professionnel, le Patro d’Ottawa dont vous êtes la directrice générale depuis 2017. Pourquoi avoir choisi le Patro ?

Encore là, j’étais attirée par cela car c’est un centre communautaire. Je ne connaissais pas la communauté de la Basse-Ville, mais ce défi englobait l’ensemble de ce que j’ai fait dans ma carrière, comme travailler avec les aînés, la jeunesse. Il y avait un beau mélange de mon expérience. Aussi, il y a un genre de virement actuellement, bien que la Patro existe depuis 60 ans. On voit en ce moment un processus de regroupements avec d’autres Patro du Québec pour répondre à une nouvelle clientèle.

Le Patro d’Ottawa dans la Basse-Ville d’Ottawa. Source : Twitter

Regroupements, que voulez-vous dire ?

Six Patro existent au Québec et un en Ontario. Sur une base régulière, nous nous rencontrons et c’est là que l’on s’est aperçu qu’on fait les choses de la même façon. Par exemple, on a sept logiciels de comptabilité, peut-être devrait-on utiliser un seul logiciel et économiser de l’argent ? Aussi, il y a la question du marketing. Pourquoi les sept Patro ne pourraient-ils pas avoir la même image de marque ? Je vois l’avantage que les regroupements peuvent donner.

Est-ce que le Patro d’Ottawa est rentable financièrement ?

On est un organisme à but non lucratif, donc oui, ça peut être rentable. Mais les temps où les subventions de la Ville d’Ottawa et de Centraide étaient généreuses ont changé. Il y a des coupures un peu partout, donc il faut trouver d’autres manières d’être rentable.

On a célébré cette semaine le sixième mois du déclenchement de la crise linguistique. Racontez-nous un peu comment vous avez vécu ce mouvement de Résistance ?

J’ai fait partie de la grande manifestation à Ottawa. J’étais là avec mon père et avec ma fille. Lorsque l’on a eu les annonces, j’étais très triste avec tout ce qui se passait. En voyant tous ces gens-là, on a montré qu’on était capables, et on a vu quelques résultats. Maintenant, on en veut plus et on veut s’assurer que le gouvernement nous comprenne.

Est-ce que c’est assez ce mouvement de Résistance ?

(Hésitations). C’est l’élément conducteur, mais il serait important de pouvoir impliquer la jeunesse un petit peu plus. Je ne dis pas que c’est pas fait, mais si le gouvernement nous entend pas assez, donc qu’est-ce qu’on pourrait faire ? Il faudrait peut-être aller chercher un groupe de jeunes. Les adultes écoutent les jeunes… »


LES DATES-CLÉS DE JOHANNE LACOMBE :

1968 : Naissance à Ottawa

1994 : Diplômée de l’Université Ottawa, maîtrise en administration des affaires (M.B.A.).

2005 : Directrice générale de l’organisme national à but non-lucratif Go for Green/Vert l’action, jusqu’en 2008

2010 : Élue pour la première fois conseillère d’Orléans aux élections scolaires du CECCE

2015 : Devient présidente du CECCE

2017 : Prend les rênes du Patro d’Ottawa à titre de directrice générale

Chaque fin de semaine, ONFR+ rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada

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