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Les Franco-Ontariens seraient 622 340 d’après la DIF

Le drapeau franco-ontarien.Archives #ONfr

OTTAWA – Le dévoilement des chiffres du recensement de 2016 par Statistique Canada a permis de recalculer le nombre de Franco-Ontariens, selon la Définition inclusive de la francophonie (DIF) utilisée par la province de l’Ontario. Une définition plus généreuse, mise en place en 2009, mais qui pourrait être revue.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Selon cette définition, la communauté franco-ontarienne a connu une progression de 1,8 % entre 2011 et 2016, passant de 611 500 Franco-Ontariens à 622 340 membres aujourd’hui. Les Franco-Ontariens représentent 4,5 % de la population ontarienne, selon la DIF.

Cette définition plus généreuse que d’utiliser la première langue officielle parlée ou la langue maternelle permet d’atténuer légèrement la perte de poids démographique des Franco-Ontariens observée lors du dévoilement des chiffres de la partie linguistique du recensement en août dernier.

Selon cette définition, sont considérés comme francophones, «les personnes pour lesquelles la langue maternelle est le français, de même que les personnes pour lesquelles la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais, mais qui ont une bonne connaissance du français comme langue officielle et qui utilisent le français à la maison».

L’adoption de la DIF était la première recommandation du commissaire aux services en français, François Boileau, lors de son entrée en fonction, en 2007.

Le commissaire aux services en français de l’Ontario, François Boileau. Crédit image: Archives #ONfr

«Je venais du Commissariat aux langues officielles où on avait déjà commencé à étudier cette question. Beaucoup de gens ne se reconnaissaient pas dans la définition d’un francophone. Quand je suis entré en poste, je me suis rendu compte que c’était notamment le cas de beaucoup de Franco-Ontariens. Il y avait une volonté de rendre la définition plus inclusive et plus représentative de la diversité de la communauté franco-ontarienne.»

Adoptée par le gouvernement en 2009, elle reste toutefois encore méconnue des ministères, reconnaît M. Boileau.

«Je ne suis pas convaincu qu’il y a eu un impact très fort sur le terrain car cette définition n’est pas bien comprise par les ministères autres que celui des Affaires francophones. Beaucoup utilisent encore le critère de première langue officielle parlée de Statistique Canada, même s’il y a des progrès.»

Car derrière une nouvelle définition, se pose aussi la question des nombres si chers au calcul du gouvernement pour déterminer où dépenser les fonds publics et déterminer, entre autres, l’accès à l’éducation ou la livraison de services provinciaux.

 

Un choix politique

L’utilisation de la DIF reste donc avant tout un choix politique, souligne prudemment Jean-François Lepage, sociologue et analyste de recherche principal à Statistique Canada.

«Il n’y a rien qui scientifiquement définit un francophone. Mais la DIF est une variable efficace pour analyser une minorité, même si elle ne permet pas de nuancer la diversité linguistique d’une population.»

Parmi ses limites, notamment, la DIF englobe dans la communauté franco-ontarienne, des personnes qui ont le français comme langue maternelle, mais qui ne le parlent plus aujourd’hui. En 2016, c’est le cas de 30 660 Ontariens.

«Ça reste un montant très marginal et il me semble qu’il est beaucoup plus important d’utiliser une définition qui envoie un message d’appartenance et d’inclusivité à la communauté franco-ontarienne», rétorque M. Boileau.

 

Aller plus loin que la DIF

En 2009, l’Ontario s’était démarqué en adoptant cette définition. Son idée a fait naître plusieurs initiatives dans le reste du Canada, dont le projet de loi de l’ex-sénatrice Maria Chaput qui vise à revoir la définition d’un francophone et les critères utilisés pour déterminer les communications et les services bilingues destinés au public par les institutions fédérales.

«Il y a aussi la contestation judiciaire des Franco-Manitobains qui veulent revoir la méthode de calcul des francophones utilisée par le gouvernement fédéral. Ils se sont basés sur le modèle ontarien», souligne M. Boileau.

Au niveau des provinces, depuis 2016, le gouvernement du Manitoba est allé plus loin en incluant dans la communauté franco-manitobaine «les personnes de langue maternelle française et les personnes qui possèdent une affinité spéciale avec le français et s’en servent couramment dans la vie quotidienne même s’il ne s’agit pas de leur langue maternelle».

«Cela répond bien à notre réalité en incluant les personnes de l’immersion, les nouveaux arrivants qui n’ont pas le français comme langue maternelle… Cela simplifie la relation entre les gens. Aujourd’hui, tous ceux qui le veulent peuvent faire partie de la communauté franco-manitobaine et cela permet aussi d’ouvrir plus de monde à notre réalité», explique la présidente de la Société de la francophonie manitobaine (SFM), Jacqueline Blay.

Cette dernière espère que l’effet de cette nouvelle définition se ressentira aussi dans la livraison des services provinciaux.

Sans préconiser la même définition, le commissaire aux services en français reconnaît qu’une refonte de la DIF est peut-être nécessaire, dans son dernier rapport annuel, LSF 2.0.

«Malgré ce parcours, sept ans après l’adoption de la DIF, il y a lieu de se demander si le temps est venu de revoir cette définition afin qu’elle soit suffisamment inclusive. En fait, cette révision devrait être complétée périodiquement par la ministre, par règlement», peut-on lire dans le document.

 

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Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.