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La COVID-19 a saigné l’immigration francophone

Temps de lecture : 3 minutes

Ce n’est un secret pour personne, la pandémie a mis un frein sec à l’immigration au Canada en général et en Ontario en particulier. Par le jeu de conséquences, l’immigration francophone dans la province a été touchée de plein fouet, laissant une plaie plus béante que celle de la tendance générale, une plaie qui sera probablement difficile à suturer.

Le dernier rafraîchissement statistique de l’IRCC (Immigration, réfugiés et citoyenneté Canada) laisse perplexe. En effet, les chiffres relatifs à l’immigration francophone en Ontario qui y sont annoncés sont, pour le moins, alarmants.

« Ces chiffres sont catastrophiques, mais ils ne m’étonnent pas dans la mesure où la problématique de l’immigration francophone n’est pas sur la map. J’en veux pour preuve que, quand on a récemment voulu rouvrir rapidement les vannes de l’immigration, les francophones sont passés à la trappe », déplore Aurélie Lacassagne, professeure invitée à l’Université d’Ottawa.

2020, l’année de tous les dangers

Au-delà des premières évidences des données où on apprend, par exemple, qu’au troisième trimestre 2021, le nombre de nouveaux résidents permanents d’expression française ne représente qu’à peine 2 % de la totalité des nouveaux arrivants avec le même statut. En d’autres termes, on est bien en deçà des 5 % ciblés par la province.  

Aurélie Lacassagne, professeure invitée à l’Université d’Ottawa. Gracieuseté

En s’appuyant sur les dernières statistiques de l’IRCC, un calcul démontre que, depuis 2015 jusqu’en 2019, la moyenne annuelle de progression du nombre de nouveaux résidents permanents d’expression française flirte avec les 37 %, soit trois fois plus celle enregistrée par la province en cette période.

C’est en 2020 que la tendance s’est brisée net, pour partir ensuite en chute libre. Entre 2019 et 2020, l’Ontario a rapporté 46 % moins de nouveaux résidents permanents.

Le phénomène est général donc. Seulement voilà, en se référant toujours à la dernière mise à jour des données de l’IRCC, on constate qu’entre 2020 et 2021, le nombre total des nouveaux résidents permanents en Ontario a augmenté de 32 %, tandis qu’il a baissé de 35 % s’agissant des francophones. Autrement dit, la reprise migratoire post-coronavirus n’a pas profité à la francophonie, bien au contraire.

L’Afrique, principal réservoir d’immigration, sous-vaccinée

L’une des explications que l’on pourrait avancer pour comprendre les causes de ce grand écart se situe en Afrique. Et pour cause, ce continent est le premier réservoir où puise l’Ontario pour alimenter son immigration francophone. Or, le taux de vaccination de cette population n’est actuellement que de 4 % (deux doses). De plus, une grande partie des pays africains francophones ont administré du Sinopharm à leur peuple, un vaccin qui n’est pas acceptable sur le sol canadien. Et, qui dit pas de vaccin, dit pas d’immigration.  

 « C’est certain que si la population africaine tarde à être vaccinée et si on restreint l’immigration aux gens vaccinés, cela va ralentir l’immigration de la francophonie ontarienne, notamment. C’est pour cela qu’il faut déployer une stratégie plus globale où on pourrait jumeler la stratégie d’immigration avec celle de la vaccination. Dans le contexte actuel, on ne peut pas penser l’un sans l’autre », explique Jacob Legault-Leclair, doctorant à l’Université de Waterloo au département de Sociology and Legal Studies.

Jacob Legault-Leclair, doctorant à L’Université de Waterloo et chercheur dans le domaine des transformations linguistiques et religieuses en lien avec l’immigration. Gracieuseté

À cela il faut rajouter une aberrance notoire que la professeure Aurélie Lacassagne dénonce sans ménagement : « Le Canada a un nombre et une stratégie complètement ridicules en termes de présence en Afrique via les bureaux des visas. Si par exemple un Algérien veut un visa canadien, il faut qu’il se déplace au bureau de Paris, alors que tout le monde sait que c’est difficile pour beaucoup d’Algériens d’avoir un visa pour se rendre en France. »

Et d’enfoncer le couteau dans la plaie : « Je ne vous parle même pas de l’Afrique subsaharienne où il y a un seul bureau pour tous les pays francophones. Il n’est pas rare pour une personne qui désire immigrer au Canada de traverser six pays pour simplement déposer ses empreintes. C’est complètement absurde. »

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