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La pandémie comme argument électoral, un pari hasardeux

Temps de lecture : 4 minutes

Durant la campagne électorale, la gestion de la pandémie a été un des arguments principaux des différents partis politiques. De la gestion de la crise sanitaire à l’amélioration du système de santé, chacun des partis politiques a construit sa plateforme autour de la gestion de la crise et la relance économique qui en découle. Justin Trudeau a vanté sa bonne gestion de la pandémie, avant que ses adversaires la retournent contre lui, invoquant l’irresponsabilité de provoquer des élections dans la quatrième vague du virus. Ce choix stratégique sert-il ou dessert-il les partis durant la campagne électorale ?

Pour Kenny Stephen, politologue et historien à l’université de Régina, les deux enjeux majeurs qui ont été présentés lors de la campagne électorale sont la pandémie et l’accès aux garderies.

Selon lui, une bonne gestion de la pandémie constitue un avantage non négligeable pour le parti en fonction. Cependant, cet argument peut désavantager les instances provinciales qui n’ont pas été d’aussi bons gestionnaires de la pandémie.

« Au niveau fédéral, en me référant aux deux débats en français à la télévision, la question de la pandémie ne jouait pas un rôle très important. En effet, Justin Trudeau et le gouvernement fédéral ont fait un bon travail au niveau fédéral (…). J’ai plutôt été frappé par l’absence de la critique de l’opposition. Pendant la pandémie et lors des différentes vagues, les partis d’oppositions ont critiqué le gouvernement fédéral, mais à la longue, le quasi-silence sur le sujet lors des deux débats en français, indiquent que c’est un point en faveur du gouvernement de Justin Trudeau », ajoute Kenny Stephen

Pour Stéphanie Chouinard, politologue au Collège militaire Royal du Canada, le discours électoral en lien avec la pandémie a changé tout au long de la campagne.

« Avant le lancement de la campagne, il y avait une partie significative de l’électorat qui était généralement satisfaite de la gestion de la pandémie par le gouvernement libéral. Cependant, comme on peut le constater depuis le début de la campagne, ce n’est pas suffisant de parler de son bilan. Il faut aussi convaincre l’électorat que l’on a un plan pour ce qui arrive par la suite. On ne peut pas seulement faire campagne sur ce que l’on a fait dans le passé, les gens veulent entendre parler de l’avenir. »

La montée du Parti populaire dans les sondages

En 2019, le parti populaire canadien (PPC) avait obtenu 300 000 votes et un peu plus de 1,6  % des voix lors des élections. Malheureusement, le parti n’avait pas réussi à obtenir de sièges à la Chambre des communes.

Lors du dernier sondage d’Ekos Research, on observe une augmentation des votes en faveur du parti populaire en Ontario. Le parti est passé de 4  % lors du sondage du 30 août à 10  % dans celui du 6 septembre.

L’Ontario n’est pas la seule province à la hausse pour le parti. L’Alberta et les provinces de l’Atlantique ont aussi accusé une hausse de personne envisageant de voter pour le parti, avec une augmentation de 5  % pour la même période.

« Depuis le début de la campagne, il y a une partie de l’électorat qui n’est pas à l’aise avec les restrictions sanitaires mises en place par le gouvernement fédéral depuis le début de la pandémie. Cela reste une franche de la population, mais elle est quand même présente et vocale. Elle [cette partie de la population] semble se mobiliser autour d’un vote pour le parti populaire », explique Mme Chouinard.

La politologue Stéphanie Chouinard. Archives ONFR+

Selon elle, cet attrait pour le Parti populaire est majoritairement dû à son discours plus libertarien en ce qui concerne la COVID-19 et les mesures sanitaires.

« Sur les petits partis en général, lorsque l’on regarde les sondages, il faut toujours se méfier un peu. La situation est encore plus véridique lorsque l’on a des partis comme celui de Maxime Bernier, qui se place en porte-à-faux des institutions existantes. En effet, l’électorat qui va voter pour le parti populaire aura tendance à ne pas répondre souvent aux sondages », ajoute-t-elle.

D’autres enjeux à prendre en considération

Même si tout au long de la campagne électorale la gestion de la pandémie fut le point focal de bon nombre de candidats, d’autres enjeux ont tout de même réussi à être abordés.

De la modernisation de la Loi sur les services en français et l’éducation postsecondaire comme enjeux francophones majeurs, en passant par la crise du logement, la pénurie de garderies ou même le climat, ces préoccupations ont été mises de l’avant à plusieurs reprises par les Canadiens et Canadiennes.

« Il y a tellement d’enjeux très importants dont on peut parler. Le réchauffement climatique, la relance économique, la gestion des affaires étrangères sont d’autres enjeux qui ont été abordés durant la campagne. Cependant, même si le climat est un sujet très important, dans l’esprit des Canadiens la santé et le système de santé publique sont très importants dans leur perception des choses et vont probablement influencer leur choix de vote », déclare Kenny Stephen.

D’après Stéphanie Chouinard, en dehors de la pandémie, l’environnement est un sujet qui préoccupe aussi la population. Selon elle, même si la plupart des partis politiques ont présenté des initiatives dans la lutte pour le réchauffement climatique, ce sujet a très largement été mis de côté dans les dernières semaines de campagne.

« Il y a d’autres enjeux dont les Canadiens voudraient entendre parler, notamment le sujet de l’environnement. Je trouve regrettable que cette semaine ce soit un enjeu qui était quasiment absent de la campagne. Le débat d’hier [8 septembre] a quand même un peu participé à informer la population sur les différentes plateformes environnementale, mais, je pense que de ce côté-là il y a du travail supplémentaire à faire », conclut la politologue.

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