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Mont Sinaï

La pétrographie de Roxana Babinska ou l’amour des roches lourdes

Temps de lecture : 7 minutes

[UN FRANCO, UNE PASSION] 

OTTAWA – Chaque semaine durant l’été, ONFR+ vous présente un nouvel épisode d’Un Franco, une passion. Que ce soit une collection ou un véritable engouement, découvrez la passion hors du commun qui habite un Franco-Ontarien ou une Franco-Ontarienne, du Nord au Sud et d’Est en Ouest. Cap sur Ottawa avec Roxana Babinska.

C’est par un matin ensoleillé que Roxana Babinska nous ouvre les portes de chez elle, à Ottawa. Un lieu chaleureux et accueillant où quelques sculptures d’art primitif et rupestre trônent autour de nous. Pourtant, ce sont les roches qui attirent notre regard. Il y en a combien ? Impossible à dire. Une centaine de petites roches peut-être, quelques-unes plus grosses.

Au fil de notre conversation, nous apprenons bien des choses sur l’histoire des roches et quelques souvenirs de nos propres classes d’antan reviennent. Celle qui est enseignante au Programme d’apprentissage virtuel des écoles (PAVÉ) du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) nous montre d’abord ses statuettes et sculptures faites de roches. « Ici, nous avons une sculpture en serpentine, là une sculpture en basalte, qui est une roche magmatique », montre-t-elle. « C’est la pierre la plus dure. »

Statuette de roche en basalte.
Sculpture à partir de basalte, une roche magmatique volcanique. Crédit image : Lila Mouch

Cet amour des roches, par le spectre de la science, n’est pas une lubie soudainement apparue chez l’enseignante. Depuis l’âge de 16 ans, elle se passionne pour la photographie « pour cerner des détails qui me parlent et cela s’est transformé dans les détails de la nature ».

La genèse de tout ça, c’est la nature, raconte-t-elle, mais c’est aussi l’art. « Enfant, j’étais exposée à de nombreux objets d’art et mes premiers jouets étaient des petites sculptures en faïence. »

« Puis à l’adolescence, j’allais chercher refuge chez la mère d’un copain », poursuit-elle. « Elle était très artistique. Elle avait des sculptures Inuits. Son grand-père avait construit des chalets au parc Algonquin près du lac Rock, eux-mêmes construits sur un grand roc. » C’est un lieu très important pour elle : c’était sa première initiation à la nature.

La science de la nature

Les pierres précieuses et les minéraux ne l’intéressent pas. Non, ce sont les roches et surtout les roches lourdes. Pour elle, c’est difficile à expliquer : « Je n’essaie pas d’en avoir plus, de ce point de vue, je n’en fais pas une collection. »

Cet engouement pour les roches vient d’un conglomérat d’événements, de voyages, de recherches et d’une grande curiosité. Comme toutes ces choses que nous aimons sans trop savoir pourquoi, Roxana Babinska aime les roches, leur beauté et ce qu’elles symbolisent.

Comme elle en parle, il est clair que cette relation avec la roche et en fait une « collaboration » ancestrale. La géologie, la pétrologie ou encore la pétrographie sont des sciences qui étudient les roches. La roche fait partie de l’histoire de l’humanité.

Pétrographie, étude des roches
Roxana apprend la formation et la classification des roches à ses élèves de 4e année. Crédit image : Lila Mouch

« Lors de certains voyages, la roche brute m’a vraiment impressionnée sur certains sites ». Cappadoce en Turquie connue pour ses grandes formations rocheuses, puis l’Égypte et le Mont Sinaï, ou encore Pétra en Jordanie, « en plein milieu du désert, la roche est présente d’une façon extraordinaire. Je suis allée dans des grottes. C’est un refuge, comme pour les hommes des cavernes. » Mme Babinska est allée au contact de monts, de roches et de grottes en Espagne, au Guatemala, au Pérou, en Argentine et bien d’autres.

La roche est un matériau utilisé depuis la nuit des temps, au cœur de notre planète. Pour la passionnée, les roches font partie de la nature, « mais les gens achètent des menhirs pour décorer en ville par exemple ». En effet, la roche façonne nos sentiers, nos pistes cyclables, nos stationnements et nos centres d’achat. « On pourrait même faire l’histoire des pierres tombales », rit la collectionneuse.   

Elle se souvient d’un voyage sur l’île de Manitoulin, en Ontario, dans une réserve autochtone où se trouve un site interdit aux touristes. « Après avoir fait une demande au conseil de bande, j’ai obtenu la permission. Là-bas, il y avait une montagne et au sommet, un endroit que je voulais absolument voir. »

« À la cime de cette montagne », reprend-elle, presque fascinée, « il y avait une roche qui avait une forme particulière : du fait de s’asseoir puis de s’allonger, la pierre avait pris la forme du corps ».

L’art de la roche

En l’écoutant raconter son histoire, ses voyages et ses découvertes, on comprend que Mme Babinska est une historienne, passionnée d’art et de nature.

Son parcours professionnel n’est donc pas étonnant puisqu’avant d’être enseignante, elle était historienne d’art. « J’ai étudié en Europe et j’y ai vécu une dizaine d’années. Je me suis intéressée à la peinture et ça a été inévitable de m’intéresser aux sculptures et à l’architecture. »

Elle raconte que le tiers des productions artistiques dans le monde sont faites de matières solides. « J’ai découvert l’art canadien et il y a un rapport à la nature, les sculptures Inuits par exemple, la base, c’est la matière et donc la roche. J’ai été amené à m’intéresser à la matière. »

« Après toutes ces années de montagne, je n’avais jamais réalisé que je voulais en ramener un peu chez moi » – Roxana Babinska

Ce sont toutes ces années à gravir des montagnes et à fouler la roche qui ont probablement créé cet engouement en elle. « Faire de la montagne, c’est regarder ses pieds pendant quatre heures », fait-elle remarquer, « et ce qu’on regarde finalement c’est la roche au sol ! ».

« Après toutes ces années de montagne, je n’avais jamais réalisé que je voulais en ramener un peu chez moi. »

Une collaboration avec la nature

« La première fois que j’ai ramassé une roche lourde, j’étais dans le parc de la Gatineau. Il y avait plein de roches grises, sauf celle-là qui ressortait », dit-elle en montrant une pierre blanche et brillante. La première roche lourde de Mme Babinska occupe une place spéciale. « Je ne crois pas au côté spirituel. Pour moi c’est un objet d’art ». Au même titre que les sculptures ou la peinture, ses roches lui amènent le calme et la sérénité en les observant.  

Roche Lourde, trouvée au Québec dans le parc Gatineau
Première roche lourde trouvée au parc de la Gatineau. Crédit image : Lila Mouch

C’est au cours de ses randonnées et balades en tous genres que la baroudeuse a fait ses trouvailles. Elle indique aussi qu’il y a un certain rapport de force : « C’est une force de la nature (…). Je les prends dans mon sac et elles m’ancrent dans le sol, quelque part j’en fais un sport. »

Pourtant, Roxana Babinska avoue que ce n’est pas une mission qu’elle s’est donnée. « C’est assez inattendu quand je trouve une roche. J’en veux pas de plus en plus. Pour moi, c’est une relation à la nature, tout simplement. »

Dans le programme de quatrième année, l’enseignante apprend aux élèves de sa classe les grands types de roches, mais aussi leur classification. « On faisait des expéditions dans la cour d’école avant, pour en ramasser, puis les élèves devaient classer les roches selon leur propre système. »

Aujourd’hui, telle une pétrographe, « je regarde les roches, je cherche à savoir si c’est une roche ignée (intrusive ou extrusive), sédimentaire, métamorphique, granite ou autre ».

« Franck Lloyd Wright, faisait en sorte de construire dans la nature et dans la roche », dit-elle, « moi c’est l’inverse, je fais entrer la roche chez moi ».

À ses yeux, le ressourcement est dans la nature et il est donc normal de le ramener chez soi : « Cela me donne autant d’émerveillement que devant une œuvre d’art. »

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