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La Place des Arts oblige à repenser le TNO

Squerl Noir en concert au Collège Boréal à l'occasion du festival Quand ça nous chante. Gracieuseté de l'APCM. Crédit: Chloé Rinino.

SUDBURY – La Place des Arts propose un grand complexe culturel de 30 millions de dollars en plein centre-ville. Au centre du projet, une salle de spectacle de 300 places qui accueillera entre autres les concerts de La Slague et les représentations du Théâtre du Nouvel-Ontario. En 2012, une salle similaire ouvrait ses portes au Collège Boréal. À la suite de l’ouverture de la Place des Arts, qu’en adviendra-t-il?

DIDIER PILON
dpilon@tfo.org | @DidierPilonONFR

La salle de spectacle de 350 sièges du Collège Boréal a ouvert ses portes en 2012, subventionnée par le ministère du Patrimoine canadien et le ministère de la Formation et des Collèges et Université. Il en ressort une salle à la fine pointe de la technologie, munie d’une «boîte noire» et d’un studio d’enregistrement. Lors de l’ouverture officielle, Mathieu Grainger, alors gestionnaire des événements et des arts de la scène, vantait les «300 instruments d’éclairage incandescent et 36 systèmes LED robotisés», ainsi que le «système de son de haute performance».

La salle devait d’abord servir aux étudiants des programmes de Soutien technique et de Gestion de scène. Toutefois, ce n’est qu’à peine cinq ans plus tard que le collège a suspendu ces programmes. Désormais, elle accueille les événements spéciaux, tels que des festivals, des événements privés et la remise des diplômes du collège, mais demeure libre la majorité du temps.

Pourquoi construire une nouvelle salle de spectacle alors que celle-ci est sous-exploitée? Selon Martin Lajeunesse, directeur administratif du TNO, la Place des Arts viendra répondre à des lacunes dans le domaine de la création artistique.

«Le projet de la Place des Arts découle d’une volonté de créer un lieu signature à l’image de la communauté francophone, qui répond aux besoins des créateurs artistiques et culturels», souligne-t-il. «À part le Sudbury Theatre Centre et le TNO, il y a des lieux de représentation, mais il n’y a pas d’autres lieux de création.»


Salles de spectacle Lieu Capacité maximale
Aréna de Sudbury Centre-ville 5000
Auditorium Fraser Université Laurentienne 660
Salle de spectacle Collège Boréal 350
Place des Arts Centre-ville 300
Townehouse Centre-ville 275
École d’architecture McEwen Centre-ville 150
Théâtre du Nouvel-Ontario Collège Boréal 120
La Fromagerie Centre-ville 80

Selon lui, la «boîte noire» et la salle de spectacle du collège ne sont pas une solution viable.

«La salle de spectacle du Collège Boréal est un espace qui a été conçu pour subvenir aux besoins pédagogiques de l’institution. Très concrètement et techniquement, il n’y a  pas d’espace de loge, il n’y a pas suffisamment d’espace de coulisses et les dimensions de la scène de ne sont pas adaptées au théâtre ou à la danse. Souvent, il faut convertir des salles de classe environnantes pour pouvoir subvenir aux besoins des artistes.»

Bien qu’il existe plusieurs autres salles de spectacle à Sudbury, il souligne que c’est «un défi logistique d’y avoir accès pour plusieurs jours».

 

Compétition ou collaboration?

Avec la venue de la Place des Arts, Marc Despatie, directeur des communications, de la planification stratégique et des relations gouvernementales du Collège Boréal, avoue avoir un certain souci que la salle du collège sera sous-utilisée. Néanmoins, il demeure confiant que ça n’aura pas d’impact sur sa rentabilité.

«Exploiter la salle de spectacle n’est pas une des filières d’affaires principales du collège. Habituellement, on l’offre gratuitement aux organismes communautaires comme La Slague ou le Centre franco-ontarien de folklore. On ne peut pas offrir les techniciens, l’installation et le nettoyage, mais on ne charge pas pour la location de la salle.»

M. Despatie soutient néanmoins que le collège saura diversifier l’utilisation de la pièce, misant davantage sur le marché anglophone, les conférences et les colloques.

«En même temps», ajoute-t-il, «La nuit sur l’étang et La Slague nous disent qu’elles continueront d’utiliser notre salle pour La nuit émergente puisqu’elle aura besoin de plusieurs salles en même temps et pourra tirer avantage des 50 sièges additionnels.»

 

Le réaménagement des locaux du TNO demeure secret

L’ouverture de la Place des Arts mettra fin au partenariat du TNO et du collège. Malgré ses bons souvenirs de ces lieux, M. Lajeunesse maintient que les nouvelles installations sont attendues avec impatience.

«Ça fait 20 ans qu’on est ici, et l’espace a très bien servi à la compagnie pendant ces années», se souvient-il. «Mais les installations ne répondent plus aux besoins actuels. Le TNO est passé de trois à huit employés et la programmation d’il y a 20 ans ne ressemble en rien à la programmation de cette année. Souvent, on aimerait faire plus de représentations, mais ce n’est pas rentable avec une centaine de sièges.»

M. Despatie n’est pas prêt à dévoiler ce que le collège fera de cet espace.

«On a beaucoup d’idées», assure-t-il, «mais c’est un peu secret en ce moment parce qu’il y a un potentiel de concurrence. Ça pourrait devenir des espaces pour appuyer de nouveaux programmes d’études, des espaces de formations sur mesure, ou ça pourrait venir appuyer la vie étudiante.»

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Didier Pilon
dpilon@tfo.org

Originaire de Rockland, Didier Pilon baigne depuis longtemps dans la vie culturelle et communautaire de l’Ontario français. Il est diplômé d’une maîtrise en philosophie politique de l’Université d’Ottawa, où il s’est initié au journalisme au journal indépendant La Rotonde. Il a aussi collaboré avec de nombreux journaux et blogues culturels avant de se joindre à l'équipe d'#ONfr en 2017 pour poursuivre sa passion, l’actualité politique.