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« La plupart des gens appuient les deux langues officielles au Canada »

OTTAWA – Pendant trois mois, à bord de leur Winnebago, ils ont parcouru le pays. De retour à Ottawa pour présenter le documentaire qui a été tiré du projet Bonjour my friend !, Laura Lussier et Shaunpal Jandu partagent le fruit de cette expérience qui les a rassurés sur la popularité du bilinguisme au Canada.

« Je suis vraiment étonné de constater que la plupart de la population appuie le fait que le Canada ait deux langues officielles. De la Colombie-Britannique juste à Terre-Neuve, dans des régions où je pensais qu’ils seraient beaucoup plus contre, comme en Alberta, d’entendre le soutien pour la dualité linguistique, c’était incroyable ! », raconte à ONFR+ le consultant et ancien responsable des projets et affaires publiques chez Canadian Parents for French, Shaunpal Jandu.

De mi-avril à fin juin, lui et Laura Lussier ont formé un duo d’ambassadeurs chargé de parcourir le Canada à bord d’une caravane pour parler des langues officielles et de la dualité linguistique. Ensemble, ils ont fait des centaines de rencontres, de Victoria à Saint-Jean de Terre-Neuve, échangeant avec des enfants, des universitaires, des politiciens ou de simples citoyens. Un exercice qu’ils ont ensuite répété dans les festivals d’été à travers le Canada.

« Les gens nous disaient que même s’ils ne parlaient pas le français, ils étaient pour la dualité linguistique, car ça rend le pays unique et riche. C’est la réponse que nous avons reçue le plus souvent, même si plusieurs personnes se posaient aussi des questions sur la place des langues autochtones », explique la comédienne et animatrice franco-manitobaine, Laura Lussier.

Les deux ambassadeurs reconnaissent avoir également rencontré des gens qui s’interrogeaient sur l’intérêt et le coût d’avoir deux langues officielles, mais, assurent-ils, ces commentaires ont été très rares.

De beaux souvenirs

Aborder la question des langues officielles et de la dualité linguistique n’a pas toujours été facile, racontent-ils.

« Quand on a fait nos présentations devant des groupes, c’était vraiment facile », se souvient M. Jandu. « Mais ensuite, on allait dans la rue pour parler à monsieur et madame Tout-le-Monde, ce qui est un peu plus intimidant avec un microphone et une équipe de tournage », poursuit Mme Lussier. « Dans les petites villes, ça a été beaucoup plus facile, mais à Montréal, on ne pouvait même pas commencer notre phrase que les gens étaient en train de courir ! », sourit-elle.


« Ça m’épate à quel point les gens sont sympathiques au Canada ! » – Laura Lussier


De ces rencontres, ils ont construit de beaux souvenirs et quelques expériences étonnantes.

« Il y a des gens qui nous ont surpris par leur engouement pour l’apprentissage du français. Des couples d’anglophones qui nous ont raconté avoir décidé d’apprendre le français pour être capables de faire ce cadeau à leurs enfants, ensuite. C’est rafraîchissant et puissant ! », se souvient Mme Lussier, qui ajoute avoir été surprise par l’enthousiasme des jeunes élèves lors de son passage dans une école d’immersion en anglais à Lévis, au Québec.

Pour M. Jandu, c’est à Regina que reste le souvenir le plus marquant.

« J’étais devant notre Winnebago et un nouvel arrivant, originaire de la Somalie, m’a interpelé. Il m’a raconté à quel point il a été surpris quand il est arrivé au Canada que tout le monde ne parle pas les deux langues officielles et ne les apprenne pas de la même manière dans chaque école. »

Un documentaire et un livre

De ces expériences a été tiré un documentaire de 60 minutes, présenté ce lundi au collège La Cité à Ottawa, ainsi qu’un livre, intitulé Deux poids, deux langues, signé par l’historien franco-ontarien Serge Dupuis, sur l’histoire de la dualité linguistique au Canada.

« Le documentaire sera disponible gratuitement, dans les prochaines semaines, sur le site internet du projet Bonjour my friend ! », explique Guy Matte, le directeur général de la Fondation canadienne pour le dialogue des cultures qui a géré le projet. « Nous sommes aussi en discussion avec des diffuseurs pour que ça puisse passer à la télé à une heure de grande écoute. »

Résultats décevants

Financé en partie par le gouvernement fédéral, pour un coût avoisinant les 500 000 $, le projet n’a pas généré l’enthousiasme espéré sur les réseaux sociaux. Le nombre d’abonnés sur Twitter, Instagram ou Facebook est resté limité et les interactions peu nombreuses, a pu constater ONFR+, même si quelques vidéos ont obtenu un nombre de visionnements important, comme celle présentant le projet qui a recueilli plus de 83 000 vues.

« Je suis un peu déçu », reconnaît M. Matte. « Mais ce qui nous importait, c’étaient les rencontres avec les gens et les témoignages que nous avons recueillis. »

Le directeur général de la Fondation canadienne pour le dialogue des cultures, Guy Matte. Crédit image : Benjamin Vachet

Les deux ambassadeurs espèrent que la sortie du documentaire permettra un impact à long terme et offrira l’occasion à davantage de personnes de découvrir à quel point la dualité linguistique existe partout.

« C’est une archive vivante de ce qu’on a vu et si on est chanceux, on va influencer d’autres gens à apprendre, connaître et respecter les deux langues », lance M. Jandu.

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