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La province aurait « poussé » La Laurentienne vers sa situation actuelle, croit Joly

Temps de lecture : 4 minutes

SUDBURY – Le gouvernement ontarien a-t-il poussé l’Université Laurentienne à se placer sous le processus de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC) ? Un processus qui a mené à la suppression de 28 programmes en français et le congédiement de 110 professeurs. C’est du moins ce que prétend la ministre des Langues officielles, Mélanie Joly.

« Quand j’ai parlé pour la première fois au recteur Haché, ça, c’était au mois d’avril, je lui ai dit ‘‘pourquoi vous n’êtes pas venu nous voir ? Pourquoi n’êtes vous pas venu nous en parler ? On aurait pu travailler avec vous’’, puis j’ai dit ‘‘Est-ce que vous en avez parlé à la province ?’’ Il a dit ‘‘oui, la province était très au courant.’’ Bref, c’était une décision qui a été prise par la province qui était essentiellement de pousser l’Université Laurentienne vers la Loi sur les arrangements avec les créanciers. Et c’est ça que je trouve malheureux, maintenant, le dommage est fait et il faut être en mode solution », a avancé la ministre en comité parlementaire mardi.

Elle et son collègue de Sudbury, Paul Lefebvre, n’hésitent pas à critiquer la gestion du gouvernement Ford dans ce dossier arguant qu’ils n’ont jamais eu vent qu’un tel processus se préparait.

« Personne mais pas personne ne pensait qu’on serait pour avoir ce qui a été annoncé. Comment ça que la province ne nous a pas appelés ? Le fédéral a appelé, mais la province n’a pas rappelé », lance le député Paul Lefebvre en entrevue à ONFR+.

Le député de Sudbury Paul Lefebvre. Source : Facebook

Mme Joly affirme avoir approché la province pour l’aider dans cette situation, mais déplore qu’elle n’ait jamais reçu de retour de sa part.

« Nous avons initié une discussion avec la province de l’Ontario, puisqu’ils sont ultimement responsables de la bonne gestion des institutions postsecondaires sur le territoire, pour offrir notre aide. Nous n’avons pas eu de retour (…). Ni la gravité de la situation financière ni la possibilité de faire recours à la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies n’a été soulevée par l’Université Laurentienne ou par la province à l’attention de notre bureau avant l’annonce du 1er février 2021 », a renchéri de son côté le bureau de Mélanie Joly.

« Haché m’avait approché pour me dire que la situation était difficile mais jamais au point de faire faillite » – Paul Lefebvre, député de Sudbury

Paul Lefebvre affirme, lui, avoir été mis au courant des difficultés à La Laurentienne en janvier par des membres de l’établissement sudburois, dont le recteur Robert Haché. Il aurait par la suite approché la ministre Joly pour lui faire part des problèmes.

« Comment ça qu’il n’a pas eu de discussions ? Pourquoi la province n’a-t-elle pas rappelé le fédéral ? Est-ce qu’il y a des choses que nous ne connaissons pas encore ? C’était à la province à répondre. Comme député, j’ai fait mon rôle de parler avec la ministre Joly et faire en sorte qu’il y ait des rencontres sur ça. »

En comité parlementaire, le recteur de La Laurentienne avait affirmé avoir eu de multiples rencontres avec les deux paliers du gouvernement avant le 1er février. Pour Paul Lefebvre, les discussions ne sont jamais allées très loin.

« Moi, quand j’ai parlé avec M. Haché, je lui ai dit : ‘’On peut parler de ce que le fédéral peut faire faire’’. Il (Robert Haché) m’avait approché pour me dire que la situation était difficile, mais jamais au point de faire faillite », se désole le député sudburois.

Une demande grandissante pour un « par et pour »

Dans une lettre, obtenue par ONFR+ et envoyée mardi à la ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney ainsi que son collègue des Collèges et des Universités Ross Romano, la députée fédérale affirme être prête à investir cinq millions de dollars pour « assurer la pérennité de l’éducation postsecondaire en français dans le Nord de l’Ontario ». Elle qui note une demande « grandissante » pour une solution par et pour les francophones précise que le tout pourrait servir à l’Université de Sudbury ou un réseau universitaire franco-ontarien.

« Alors que l’été arrive à grands pas, il y a urgence d’agir pour assurer le futur de l’éducation dans la langue officielle de la minorité dans le Nord de l’Ontario », écrit la ministre libérale.

L’Université Laurentienne à Sudbury. Gracieuseté

Elle, qui dit avoir eu des conversations avec des membres de la communauté franco-ontarienne, ajoute que l’absence d’un plan clair inquiète les francophones.

« Nous ne pouvons pas rester les bras croisés. Il faut bien se rendre à l’évidence : c’est autant une question de vitalité linguistique que de développement économique régional. »

Selon des documents de la Cour, l’institution devrait plus de 120 millions de dollars à des banques. Le Sudbury Star a rapporté la semaine dernière, qu’avant que l’Université se place sous la LACC, la province aurait offert 12 millions de dollars à La Laurentienne alors qu’elle en demandait 100.

Qui dit vrai, qui dit faux ?

Alors que M. Lefebvre et Mme Joly affirment que le fédéral a pris contact avec l’Ontario, mais ne pas avoir reçu de retour de leur part, la province prétend de son côté n’avoir jamais eu tel contact avec le gouvernement Trudeau.

« Le ministère n’a reçu aucune communication du bureau de la ministre Joly ou du gouvernement fédéral concernant l’Université Laurentienne en janvier 2021. La première communication officielle que nous avons reçue date du 13 avril, après que le premier ministre a déclaré que la ministre Joly avait été en contact avec son homologue provincial », indique un porte-parole de Ross Romano.

Les représentants des deux paliers du gouvernement se seraient réunis pour la première fois le 14 avril, avance le bureau du ministre des Collèges et Universités.

« Les représentants du ministère se sont rencontrés trois fois à ce sujet en 2021, mais toutes ces rencontres ont eu lieu après la décision de l’Université Laurentienne d’entamer le processus prévu par la Loi sur les arrangements des créanciers des compagnies, le 1er février. »

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