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La rentrée scolaire marquée par des nouveautés suspendues et des programmes-cadres abolis

Le ministre de l'Éducation de l'Ontario, Paul Calandra avait annoncé ces reports lors d'un point de presse au début de l'été. Photo : LA PRESSE CANADIENNE/Christopher Katsarov

TORONTO – Élèves, enseignants et conseils scolaires débutent l’année scolaire avec plusieurs changements récents. Une mise à jour des barèmes incluant de nouveaux acquis en littératie financière et sur l’histoire des Noirs sont repoussés à date ultérieure. Par ailleurs, des programmes-cadres liés à l’actualisation linguistique en français (ALF) ainsi que le programme d’appui aux nouveaux arrivants (PANA) sont abolis, dans l’attente d’une alternative plus à même d’encadrer les élèves francophones.

La porte-parole du ministère de l’Éducation, Justine Teplycky, précise que «  le ministre a demandé d’ajuster le calendrier, en suspendant l’introduction du nouveau programme pendant un an, afin d’assurer une approche plus uniforme dans toute la province et de donner aux enseignants plus de temps pour mettre en œuvre le nouveau programme », lit-on dans un courriel.

Ces retards affectent directement le curriculum du niveau secondaire, à savoir les élèves de 10e année, qui seront dorénavant soumis à ces nouveaux tests provinciaux dès septembre 2026. Ces reports incluent également des composantes relatives à l’Holocauste, aux idéologies politiques extrêmes ainsi qu’à l’histoire de l’Holodomor.

Cette mise en sommeil est accueillie plutôt favorablement du côté des enseignants, placés devant la nécessité de compiler adéquatement les ressources pédagogiques. L’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) voit en effet ce report d’un bon œil, tout en restant prudente. «  Une révision réussie du curriculum passe par un processus transparent, collaboratif, inclusif et réaliste », rappelle sa présidente, Gabrielle Lemieux.

Mais quelle est la conséquence sur l’apprentissage des élèves? Mirela Lonian, qui dirige l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC), affirme qu’il reste « important qu’ils apprennent le vocabulaire économique en français ».

Elle comprend ce report de la part du ministère, mais émet une condition : « préparer de bonnes ressources et les bons cours, sans que ce soit prolongé éternellement, car on a quand même préparé nos écoles, nos communautés scolaires, avant d’apprendre que ça été retardé. Ça a été difficile à gérer de ce point de vue. »

Mirela Lonian, directrice générale de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC). Photo : Gracieuseté de Mirela Lonian

Concernant les modules d’histoire et l’adaptation des ressources, l’avis des parents d’élèves francophones est proche de celui des enseignants. Paul Baril, le président de Parents partenaires en éducation (PPE), prévient qu’il ne s’agit pas uniquement de traduire ces nouveaux contenus, mais que ces révisions du programme doivent permettre aux élèves de mieux s’y identifier pour mieux apprendre.

« Notre culture est complètement différente. Les acteurs importants en français, les acteurs francophones, les noirs qui ont eu un impact en Ontario français ne sont pas du tout, du tous les mêmes », compare-t-il.

En outre, l’imposition de nouvelles exigences pendant la saison estivale demeure souvent contestée par les acteurs éducatifs. « On a vu par le passé, quand ils ont fait des changements si tard et qu’on a eu le curriculum en juillet, les enseignants étaient tout stressés, puis ça a été très houleux comme modification », se remémore le président.

D’autres programmes-cadres officiellement retirés

D’un autre côté, le programme l’actualisation linguistique en français (ALF) est arrêté dans le but d’harmoniser les requis nécessaires de tous les élèves francophones, qu’ils soient unilingues ou plurilingues.

« C’est une façon de dire que l’égalité est atteinte. Désormais, l’enseignant va enseigner le programme-cadre de français à tout le monde », suppose M. Baril. Celui-ci décrit « qu’il y a des parents qui nous disaient que leur enfant se sentait exclu parce qu’il allait toujours en ALF pendant que les autres faisaient d’autres activités. »

Mirela Lonian explique que désormais il s’agirait, à la place, d’avoir un enseignant de soutien qui enseigne à tous les élèves collectivement. « C’est pour faire preuve d’inclusion, pour éviter qu’un élève risque d’être jugé par ses camarades et de le retirer de la salle de classe. C’est à ce niveau-là qu’on veut enlever le stigma du service à élèves », assure-t-elle.

Paul Baril, président de Parents partenaires en éducation (PPE) en Ontario. Photo : Gracieuseté de Paul Baril

« Comment mieux intégrer des élèves qu’en les intégrant dans des salles de classe avec toute la gamme d’élèves? » abonde M. Baril.

Dans cette même logique, le programme d’appui aux nouveaux arrivants (PANA), qui est également retiré, visait jusqu’ici à encadrer l’inclusion totale des élèves nouveaux arrivants. « C’est clair qu’ils ont besoin d’une intégration à la société ontarienne et de soutien aux services, c’est un choc culturel », convient Mme Lonian. Cette dernière a hâte de voir comment les nouvelles alternatives d’enseignements qui tentent de réduire les écarts seront amenées dans les écoles, notamment au niveau du soutien financier.

Pour le moment, c’est la politique NPP 172 qui fait référence au Policy/Program Memorandum 172 qui va remplacer dès le mois prochain ces deux programmes abolis. Elle vise à repenser une stratégie de soutien pour les élèves francophones plurilingues.

Bien que ces abolitions soient explicites, M. Baril espère bien que l’accompagnement ne disparaitra pas, et que le cadre est voué à se moderniser. Les acteurs de l’éducation sont dans l’attente de rencontres et de consultations régulières entre écoles et gouvernement afin de permettre des suivis et évaluer les changements tout au long de l’année.

« Il s’agit de préparer nos élèves pour la vie », souligne Mme Lonian.