L'Université Laurentienne. Crédit image: Pascal Vachon
L'Université Laurentienne a connu plusieurs difficultés financières dans les dernières années. Crédit image: Pascal Vachon
Société

Laurentienne entre redressement financier et défis académiques

L'Université Laurentienne. Crédit image: Pascal Vachon
L'Université Laurentienne a connu plusieurs difficultés financières dans les dernières années. Crédit image: Pascal Vachon

SUDBURY – L’Université Laurentienne ferme le chapitre douloureux de sa reconstruction financière, versant ainsi les dernières indemnités à ses créanciers, soit cinq ans après le début de la crise ayant entraîné la suppression d’une centaine de postes et de 69 programmes, dont 28 en français. Soulagement indéniable, ce progrès n’exclut pas les nouveaux obstacles, notamment la restauration des programmes universitaires.

« C’est certes un soulagement, évidemment, d’apprendre que les employés ainsi que les membres du corps professoral, en particulier ceux qui ont été licenciés, recevront leurs dû » explique Fabrice Colin, président de l’Association des professeurs et des professeures de l’Université Laurentienne (APPUL).

Le 3 juin dernier, la Laurentienne a versé ses dernières indemnités à ses créanciers, un grand pas en avant pour l’établissement qui avait eu recours à la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC), une loi habituellement réservée aux entreprises en situation d’insolvabilité.

Avec l’aide d’un prêt de sortie de 35 millions de dollars, la Laurentienne est parvenue à payer tous ses créanciers, y compris les indemnités de licenciement qu’elle devait aux professeurs licenciés lors des coupes du lundi noir. Cette nouvelle survient cinq mois après la grève des professeurs, qui déploraient les baisses salariales, la lourde charge de travail, et la décimation de leurs régimes de retraite à la suite des déboires liés à la restructuration de 2021.

Pour la rectrice et vice-chancelière de l’université, Lynn Wells, la Laurentienne va désormais de l’avant avec son programme de transformation. Parmi les objectifs de l’établissement, disposer d’une planification financière plus prudente prime. « Nous continuons de contrôler nos finances soigneusement », assure-t-elle.

Pour cela, l’université s’arme désormais de mesures préventives pour contrôler ses dépenses. En 2026, la Laurentienne s’est outillée d’Axiom, un logiciel de budgétisation censé l’aider dans sa planification financière. « Cet outil moderne permettra une plus grande collaboration entre les unités individuelles et notre équipe financière offrant une image plus précise des finances en cours d’exercice » ajoute la rectrice de l’institution.

Des programmes toujours dans l’impasse

Si le versement des dernières indemnités clôture une longue période d’instabilité, la refonte des programmes reste freinée par un nouvel obstacle. Pendant la restructuration, l’université a maintenu quatre programmes autonomes, continuant de les offrir malgré l’absence de leurs départements d’enseignement respectifs. Au terme du Processus d’Assurance de la Qualité de l’Université Laurentienne (PAQUL), le conseil de qualité a conclu que cette autonomisation n’avait pas été faite dans la réglementation appropriée.

Par conséquent, le conseil de qualité a exigé la suspension de l’admission d’étudiants dans ces programmes. La Laurentienne a également été privée de créer de nouveaux programmes, tant qu’elle n’améliorera pas ses processus d’assurance qualité. « La procédure pour satisfaire [le PAQUL] est passée au Sénat. Il y a eu une réaction rapide à ce niveau-là » soutient M. Colin. « Mais ça peut prendre encore quelques mois. »

Pour y remédier, l’établissement compte investir 3,4 millions de dollars sur une période de cinq ans afin d’améliorer ses processus d’assurance qualité. « Nous attendons l’approbation du ministre pour les fonds, mais néanmoins, nous allons commencer à engager ce plan cet été », explique Lynn Wells. Le prochain contrôle de qualité se déroulera en 2027-2028.

Rétablir la confiance des francophones

Après la crise de la restructuration, la Laurentienne cherche maintenant à regagner la confiance de la communauté francophone. Pour rappel, l’Unité des services en français de l’Ombudsman avait ouvert une enquête sur l’établissement, avant de lever la surveillance en avril 2026. Cette crise avait surtout secoué la communauté francophone, notamment le corps professoral de l’université. « Plus de la moitié des professeurs francophones ont été mis à la porte » dit Jean-Charles Cachon, professeur émérite licencié pendant la crise.

Natalie Poulin-Lehoux, la vice-rectrice associée aux affaires francophones, parle d’une « institutionnalisation de la voix francophone au plus haut niveau décisionnel ». Cette résolution a abouti à la création du Comité consultatif francophone de l’Université Laurentienne (CCFUL). « Ce comité permanent réunit 15 membres votants issus des milieux culturel, économique, de la santé, scolaire et universitaire pour conseiller directement la direction sur nos priorités », explique-t-elle.

Quant à la restauration des programmes francophones, le président de l’APPUL parle d’une situation d’urgence. « Il faut savoir que le département de français n’existe plus, ce qui est, quand même, pour une université bilingue, un petit peu ennuyeux ».

Il reconnaît cependant les efforts fournis par l’administration et les « mains tendues », rapportant que l’université continue malgré tout d’attirer des étudiants dans ses programmes francophones. « Beaucoup d’étudiants franco-ontariens m’ont dit qu’ils sont venus à la Laurentienne justement à cause de la nature spécifique de l’Université Laurentienne en tant qu’université bilingue » affirme M. Colin, « Il y a cet aspect important qui ne disparaîtra pas ».