Le comté du Simcoe fête les 30 ans de son plus grand organisme francophone
PENETANGUISHENE – Pilier de la communauté francophone pénétanguishenoise depuis 1996, l’organisme La Clé était d’abord axée sur la culture avant de s’élargir aux domaines de la jeunesse, de la santé, de l’emploi, de la formation ainsi que sur l’accueil des nouveaux arrivants. Elle s’affirme aujourd’hui comme le plus grand organisme francophone du comté, répondant aux besoins de toutes les générations.
Bien qu’elle jouisse désormais d’une offre multiservice incluant des centres pour les jeunes, des services de santé mentale, de formation et d’aide à l’emploi, ainsi que d’une programmation culturelle, La Clé a connu des débuts plus modestes.
En effet, au milieu des années 1990 dans la municipalité, le chevauchement des mandats de trois organismes francophones : le Centre d’activités françaises (CAF), l’ACFO-Huronie et la Radio-Huronie CFRH FM Communautaire a mené à la création de La Clé d’La Baie (nom qu’elle portait à l’époque), dans le but de mutualiser les ressources et l’administration afin de pérenniser les services en français.
« On a conclu l’accord de l’île Beausoleil afin de créer un nouvel organisme qui, à toutes fins pratiques, remplacerait les trois autres », se rappelle Basile Dorion, le tout premier directeur général de La Clé en 1996. Ce dernier avait une mission très claire : « J’avais le mandat d’éliminer les déficits, de redonner la programmation et de remettre la radio sur les ondes », raconte-t-il dans une entrevue avec ONFR, fier de ses accomplissements malgré « trois premières années difficiles où nous devions adapter notre fonctionnement » à la suite de la fusion des organisations.
Par ailleurs, durant son mandat, il se rappelle avoir dû jongler avec les besoins d’une population francophone aux réalités différentes : « La population du nord de Simcoe, du côté de Lafontaine, était composée en grande majorité de natifs de la région, alors que dans le Sud, vers Barrie, c’était des nouveaux arrivants dont la priorité était d’apprendre l’anglais rapidement. »

Issu de l’ancien CAF, l’écrivain franco-ontarien Daniel Marchildon, figure parmi les premiers membres : « Quand ces organismes ont fusionné pour devenir La Clé, j’ai ensuite participé à la radio en tant qu’animateur bénévole, puis j’ai assisté à beaucoup d’assemblées annuelles. » Même si le secteur culturel a toujours été au cœur des activités de La Clé, l’écrivain qui y a longtemps travaillé comme pigiste sur divers projets, espère voir cette programmation se renforcer : « Il y a parfois des spectacles qui sont bien fréquentés, mais il y en a d’autres où peu de gens se rendent. Pour les organisateurs, ça remet parfois en question la programmation. »

Dix ans après sa création, le mandat de l’organisme s’est étendu aux services sociaux et de santé, notamment à la suite de l’intégration du Centre multiservice francophone en 2006. De fil en aiguille, La Clé s’est aussi amalgamée avec un centre d’alphabétisation de la région de Barrie, où elle compte aujourd’hui un autre bureau.
Diversification de services communautaires en français
Afin d’offrir plus de services et de favoriser l’expansion de l’organisme, La Clé avait besoin de davantage de financement et le second directeur général l’a bien compris. « Quand je suis arrivé, le budget annuel était d’environ 500 000 $, quand je suis parti, il était de 2,7 millions », évoque Peter Hominuk. Il note toutefois que le financement reste un enjeu majeur : « Quand tu gères un organisme communautaire, la période entre 1,5 million et 3 millions est très difficile parce que tu as des besoins, mais tu n’as pas toujours l’argent pour concrétiser les choses. »
Sous sa direction de 2000 à 2011, à titre de directeur général, l’organisme a connu une croissance importante : « Quand je suis arrivé en 2000, j’avais cinq employés alors qu’à mon départ, à la fin de 2011, j’en avais 60. » Durant son mandat, La Clé a notamment ajouté cinq garderies ainsi que contribué à la création du Centre de santé communautaire Chigamik.
« Si ce n’était pas de La Clé, il n’y aurait presque pas de services en français dans la région. Selon moi, la mise en place de ces services fait en sorte que le fait français restera beaucoup plus fort ici », affirme-t-il.
Pour M. Hominuk, les services de garderie sont essentiels à la survie de la francophonie. Tina-Anne Thibideau qui dirige désormais l’organisme le rejoint : « La petite enfance est notre plus grand service qui aide les familles à maintenir leur identité linguistique et culturelle. » Elle décrit également comment La Clé s’est construite au fil des années et à travers plusieurs générations en soulignant que les centres éducatifs de la petite enfance représentent l’un des piliers les plus importants aujourd’hui.
De surcroît, d’autres nouveaux services de connexion communautaire pour les nouveaux arrivants ont vu le jour ces dernières années en réponse directe à l’évolution de la communauté francophone dans le comté, d’autant plus que l’organisme demeure financé par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC).
S’en est suivi de multiples services d’intégration pour répondre aux besoins grandissants de cette nouvelle population, tels que des services d’emploi et de formation : « Les gens ne viennent pas nécessairement à La Clé pour un seul service. Nous innovons afin de faire évoluer nos services en fonction des besoins de notre communauté. »
Une célébration prévue ce samedi
Ce samedi 15 août, une célébration se tiendra à la salle Roland-Desroches, où de nombreux membres fondateurs et dignitaires seront présents pour souligner trois décennies de diversification des services en français dans la municipalité. Le dévoilement de la prochaine saison culturelle aura également lieu à cette occasion.
Selon Daniel Marchildon, « c’est une occasion pour souligner le travail qui a été fait. C’est un succès dans la mesure où on a trouvé une formule ayant permis de perpétuer le travail des organismes initiaux. »
« On veut aussi continuer à investir dans nos infrastructures et dans notre capacité à rejoindre les gens là où ils se trouvent », ajoute la directrice générale. Depuis ses débuts, La Clé a eu un rôle qui va bien au-delà de la simple prestation de services, en contribuant activement au développement de la communauté francophone de Penetanguishene. « Aujourd’hui, nous sommes beaucoup plus qu’un organisme culturel », conclut-elle.