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Le Nord de l’Ontario face au défi de garder ses nouveaux arrivants

La ville de Sudbury est l’hôte de la conférence Nord Magnétique, qui réunit experts et acteurs du Nord pour discuter des enjeux et opportunités régionales. Photo: Guetty

SUDBURY – Alors que la conférence Nord magnétique 2025 ouvre ses portes ce mercredi à Science Nord, le Nord de l’Ontario se penche sur un enjeu devenu central pour son développement : la rétention des nouveaux arrivants. 

Organisé par le l’Institut des politiques du Nord (IPN), l’événement qui se déroulera jusqu’à ce vendredi réunit plus de 120 participants, dont des représentants municipaux, de gouvernements autochtones, et d’institutions postsecondaires et d’employeurs.

Cette année, la conférence se concentre sur le thème : « La rétention est la nouvelle réalité ». L’objectif est de dépasser les efforts d’attraction et d’accueil pour se concentrer sur la fidélisation à long terme des nouveaux arrivants et de leurs familles.

Le Réseau du Nord, partenaire principal de la conférence Nord Magnétique, estime que la rétention des talents dans le Nord ne se limite pas aux services ou aux emplois.

Le directeur, Thomas Mercier, insiste sur le fait que la rétention doit se pencher sur l’ensemble du continuum : « On sait que l’attraction amène les gens au Nord, que l’accueil et l’établissement les aident à commencer leur vie ici, mais ce qui garantit qu’ils s’enracinent et prospèrent avec leurs nouvelles communautés, c’est la rétention. »

Thomas Mercier, du Réseau du Nord, souhaite créer des dialogues pour améliorer la rétention dans les communautés rurales lors de la conférence Nord Magnétique. Photo : Archives/La Slague

Des obstacles variés selon les communautés

L’organisme note que la rétention ne se présente pas de manière uniforme sur le territoire. 

Certaines petites communautés connaissent de bons résultats, souvent là où la majorité francophone facilite la socialisation et l’intégration. À l’inverse, des régions comme le nord-ouest de l’Ontario rencontrent des défis importants.

« Même avec de bonnes opportunités économiques, beaucoup de nouveaux arrivants utilisent le nord-ouest comme tremplin vers Ottawa ou Toronto. La rétention est particulièrement difficile pour les femmes dans les zones rurales », souligne M. Mercier, se référant à une étude menée en 2022 par le Centr’Elles de Thunder Bay. Cet exercice a révélé que près de 60 % des femmes quittent leur communauté d’origine dans les cinq premières années suivant l’obtention d’un emploi, invoquant le manque de services, d’opportunités de développement professionnel et de soutien communautaire.

Il ajoute que la rétention varie également selon les profils : certaines communautés affichent de fortes réussites, comme avec les Ivoiriens, tandis que d’autres, notamment les personnes originaires du Maghreb, rencontrent plus de difficultés à rester. 

« Il n’existe pas de portrait unique de la situation dans le Nord. Chaque communauté et chaque profil de nouveaux arrivants présente des réalités différentes »
— Thomas Mercier

Francophonie et intégration

Selon M. Mercier, la francophonie du Nord constitue un levier majeur pour renforcer la rétention. Les associations ethnoculturelles, événements communautaires et activités culturelles en français offrent un cadre social et culturel qui facilite l’intégration et le sentiment d’appartenance.

« La langue française permet de créer des ponts entre les nouveaux arrivants et la population locale. Étonnamment, quand les francophones d’ici se rendent compte qu’ils peuvent échanger en français avec des arrivants considérés comme étrangers, cela aide à bâtir des liens », explique-t-il.

Cependant, il souligne que trop souvent, les nouveaux arrivants francophones ne socialisent qu’avec d’autres francophones, limitant leurs interactions avec la majorité anglophone, les autochtones ou autres communautés immigrantes.

Des programmes pilotes utiles

Les programmes comme le Programme pilote d’immigration dans les communautés rurales et du Nord (PPICRN) et son volet francophone (PPICF), lancés respectivement en 2019 et en 2025, sont jugés utiles pour accompagner les nouveaux arrivants jusqu’à l’obtention de la résidence permanente.

« Ces programmes sont très utiles pour faciliter l’installation, mais pour assurer la rétention à long terme, il faut sélectionner les bons profils et les bons secteurs d’emploi. Par exemple, certains programmes pilotes francophones ont ciblé des emplois dans des organismes locaux ou des métiers en demande, car les postes moins rémunérés offrent plus de difficultés à retenir les gens », indique le Franco-Sudburois.

Pour le maire de Sudbury, Paul Lefebvre, la solution passe avant tout sur la qualité de vie. Selon lui, c’est ce qui attire et fait rester les habitants dans la ville.

« Ce qui fait que les gens restent, c’est la qualité de vie, une communauté qui accueille bien, une économie qui roule et des opportunités sociales. On peut vivre, travailler, s’amuser et vieillir de façon saine », affirme-t-il.

L’élu francophone souligne également l’impact direct des programmes d’immigration : « Avec le PPICRN et le PPICF, près de 3000 individus sont venus à Sudbury en cinq ans, avec un taux de rétention de 98 %. Cela montre que l’on peut combiner attractivité et fidélisation, surtout quand la communauté est accueillante et que les opportunités économiques sont présentes. »

Cette année, pour la première fois, la conférence propose des « Bear Pit Sessions », soit de longues périodes de questions-réponses visant à favoriser les échanges entre participants et coordinateurs des programmes pilotes d’immigration rurale. Photo : Institut des politiques du Nord

Des données insuffisantes

Un des défis majeurs pour comprendre et améliorer la rétention dans le Nord de l’Ontario reste le manque de données fiables et à jour. Selon Thomas Mercier du Réseau du Nord, si l’on dispose de statistiques sur les arrivées de nouveaux arrivants, il est beaucoup plus difficile de mesurer les départs et la fidélisation à long terme.

« Les données sur les arrivées sont disponibles chaque mois, mais avec un certain retard. Pour les départs, il faut attendre que les gens remplissent le formulaire du recensement, ce qui peut prendre plusieurs années », explique-t-il.

M. Mercier souligne également que les outils existants, comme les déclarations d’impôts, peuvent partiellement aider à suivre la mobilité des nouveaux arrivants, mais qu’ils ne remplacent pas une recherche complète et régulière. 

Selon lui, un suivi plus précis permettrait aux programmes pilotes et aux municipalités de mieux cibler les mesures pour favoriser l’enracinement et de comprendre pourquoi certaines communautés réussissent mieux que d’autres à retenir les arrivants.