Une finale de folie pour les fans de soccer sénégalais de Toronto
TORONTO – La finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) restera comme l’une des plus tendues et des plus chargées émotionnellement de l’histoire récente de la compétition. À l’issue d’un scénario rocambolesque, le Sénégal s’est imposé 1-0 face au Maroc, au terme d’un match haché, polémique, parfois irrespirable. À Toronto, la communauté sénégalaise a vécu cette soirée comme un véritable ascenseur émotionnel, notamment au restaurant Pendafrica, transformé pour l’occasion en chaudron aux couleurs des Lions de la Teranga.
Dès le coup d’envoi, la rencontre s’installe dans une atmosphère lourde. Peu de rythme, beaucoup de duels, des tensions palpables sur la pelouse comme dans les tribunes.
« Le match était quand même assez terne pendant une bonne partie, avec beaucoup de tensions d’un côté comme de l’autre », observe Salim Gassama, dans une situation particulière puisque partagé entre ses deux attaches.
« Les Sénégalais, ce sont les frères. Les Marocains, c’est la belle-famille. Mais au fil du match, avec certaines décisions, mon cœur a basculé vers le Sénégal. »

Le tournant survient au cœur d’une séquence surréaliste. Un but sénégalais refusé pour une faute légère sur un corner, non révisée à la vidéo, suivi d’un penalty accordé au Maroc, suite, cette fois-ci, à une révision vidéo, provoquent une immense colère côté sénégalais. Les Lions songent même à quitter la pelouse dans le sillage de leur entraîneur Pape Thiaw.
« Il y avait de l’injustice, de la frustration, une vraie colère », raconte Amy Sylla, supportrice sénégalaise. À ce moment-là, on se dit : est-ce qu’on continue ou est-ce qu’on refuse de cautionner ça? »

Sadio Mané, le calme dans la tempête
C’est finalement la sagesse qui l’emporte, incarnée par Sadio Mané, capitaine respecté, qui rappelle ses coéquipiers sur le terrain.
« C’est un geste fort. Il a gardé le sourire, il a calmé tout le monde. Il a montré comment gérer les défis avec calme et dignité », souligne la partisane sénégalaise.
Peu après, le penalty marocain, tiré par Brahim Diaz sur une panenka ratée, est arrêté, déclenchant une explosion de joie dans le restaurant Pendafrica.
Le but sénégalais, inscrit dans la foulée en tout début de prolongation par Pape Gueye, d’une lourde frappe dans la lucarne, fait basculer la soirée dans une autre dimension.
Trente minutes à retenir son souffle
À partir de là, chaque minute devient une épreuve. Le Sénégal doit tenir, résister, souffrir.
« Pendant trente minutes, j’ai cru que j’allais m’évanouir, confie Amy Sylla. Je ne pouvais plus m’asseoir. Pourtant je ne suis pas une grande fan de foot, mais là… mon Dieu. »

Du côté de Pendafrica, la tension est à son comble. Verres renversés, cris, chants, larmes : la soirée échappe à tout contrôle.
« On a cassé des verres, on a fait tomber des couverts, on a dansé, on a crié… mais on a gagné, raconte en riant Mame Penda, gérante du restaurant. Aujourd’hui, Pendafrica représente le Sénégal. C’est une immense fierté d’avoir rassemblé la communauté ici. »
Le match aussi à la maison
La fête ne se limite pas aux lieux publics. À la maison aussi, l’émotion est totale. Mamadou Bamba Ndaw, qui avait organisé un visionnement privé, parle d’une victoire collective : « C’est une immense fierté. On a vibré, on a souffert, mais cette victoire est celle de tout un peuple, ici au Canada comme au Sénégal. »

Quand le coup de sifflet final retentit, c’est un soulagement autant qu’une explosion de joie.
« Ce n’est peut-être pas le plus beau match de la CAN, mais le scénario était digne d’un film, résume Salim Gassama. Et au bout, il n’y a qu’un gagnant. Ce soir, c’est le Sénégal. »
Une soirée de chaos, de foi, de colère et de joie mêlées, à l’image de ce sacre arraché dans la douleur, mais célébré avec une ferveur inoubliable par toute une communauté.