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Le plaidoyer de la dernière chance de François Boileau

Le commissaire aux services en français de l'Ontario, François Boileau. Crédit image: Patrick Imbeau

TORONTO – Le commissaire aux services en français de l’Ontario, François Boileau, a eu une dernière chance de faire valoir son importance auprès des élus ontariens, le lundi 3 décembre. Devant le Comité permanent des finances et des Affaires économiques, il a fait valoir que malgré ce que le gouvernement Ford affirme, les changements proposés ne permettront pas de conserver les acquis durement obtenus par les Franco-Ontariens.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

Le comité chargé d’étudier le projet de loi qui viendra abolir le Commissariat aux services en français indépendant est composé de représentants de tous les partis, mais ultimement, le gouvernent progressiste-conservateur votera comme il l’entend ayant la majorité en Chambre.

François Boileau n’a eu qu’une dizaine de minutes pour s’expliquer. Le député progressiste-conservateur d’Ottawa-Ouest-Nepean, Jeremy Roberts, lui a demandé en français «d’où il prenait que le commissaire aura moins de pouvoir?» sous l’autorité de l’ombudsman. «Je suis avocat et je sais lire un projet de loi», a répliqué Me Boileau avant d’approfondir les changements proposés.

 

«Une opportunité fantastique», dit Jeremy Roberts

Jeremy Roberts a renchéri en affirmant qu’il considérait les changements proposés par Doug Ford comme «une opportunité fantastique d’utiliser les ressources de l’ombudsman. N’est-ce pas une bonne opportunité pour s’assurer que vous avez plus de ressources pour répondre à plus de plaintes?», a-t-il lâché, en citant une ancienne déclaration du commissaire où il se plaignait des délais dans les temps de réponse aux plaintes.

Le commissaire aux services en français n’a pu répondre, en raison du manque de temps. À sa sortie du comité, le commissaire Boileau ne cachait pas son exaspération. Le député Roberts venait de citer un vieux document, qui ne reflétait plus du tout la réalité.

Le commissaire aux services en français de l’Ontario, François Boileau. Archives #ONfr

«Quand je disais que nous accumulions des retards, forcément, nous étions six dans une équipe où on recevait une plainte par jour. Là, avec l’accroissement des budgets, du fait qu’on est devenu indépendant, on a pu éliminer tous les retards», a-t-il tenu à préciser.

François Boileau n’en peut plus qu’on lui ressorte le nombre annuel de plaintes (environ 300) à son bureau, tout en évoquant le budget de 2,9 millions du Commissariat.

«Il faut peut-être commencer à penser ce qu’on a pu sauver en argent en étant proactif. Nos rapports combinés ont produit dix nouvelles écoles dans la région de Toronto. Qu’on pense à Kingston aussi… On a aussi contribué aux discussions entourant le débat sur l’Université de l’Ontario français», réplique-t-il. François Boileau poursuit: «Pensez à l’impact qu’on a eu en santé en nous assurant qu’on ait les meilleurs services possibles en français en s’assurant qu’on ait les entités de santé en français.»

Selon lui, les économies rendues possibles par les bons services en français dont il s’assurait doivent aussi être considérées dans l’équation. «Quand on reçoit un bon service de santé en français la première fois, on n’a pas besoin de retourner dans le système ou d’y retourner quand on a mal compris la première fois», explique-t-il

«On a produit 16 rapports en 11 ans! C’est la force de notre bureau et d’un commissariat indépendant. Sous un ombudsman, où il va falloir demander la permission, je ne pense pas que ça sera pareil», a-t-il insisté.

 

Des économies auraient été possibles

François Boileau a été clair devant les membres du Comité permanent des finances: il aurait pu trouver des moyens de diminuer les coûts de fonctionnement de son bureau. «Nous sommes prêts à recevoir des directives très claires pour être plus efficients, sans enlever l’indépendance du poste de commissaire», a-t-il dit. Devant les médias, il a soutenu que diverses coupes auraient pu être considérées permettant une économie d’environ 100 000 $ par année. Mais jamais le gouvernement ne lui a laissé la chance de proposer un plan de restructuration.

Dans sa présentation, François Boileau a martelé qu’un commissaire aux services en français devant agir sous l’autorité d’un ombudsman ne pourrait pas effectuer le même travail. «Il y a une incompréhension majeure de mon rôle», a-t-il lâché.

«Les plaintes ne sont qu’une portion de mon travail. Le reste de mon mandat n’est pas dans l’ADN de l’ombudsman», a-t-il dit, lors de sa présentation.

«Tous ces rapports-là, comment l’ombudsman pourra continuer à faire ça? Je ne sais pas. Nous avons un rôle proactif, pas l’ombusdman. Il ne pourra pas être un agent de changement. C’est l’ADN du Commissariat aux services en français», a-t-il renchéri.

Questionné par le député néo-démocrate Guy Bourgouin sur les déclarations de Caroline Mulroney, selon lesquelles les modifications proposées ne changeraient pas grand-chose, Me Boileau a signifié son désaccord.

«Ça ne peut pas être exact. De prétendre que nous n’allons pas perdre au change, même que nous allons progresser, je ne vois pas comment», a-t-il répondu.

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.