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Le Québec limite encore davantage son accès aux Ontariens

Temps de lecture : 4 minutes

Le gouvernement de François Legault annonce de nouveaux points de contrôle entre le Québec et l’Ontario. Depuis midi, ce mercredi, Gatineau et la région de l’Outaouais voient leur accès limité pour les Ontariens. Un casse-tête pour plusieurs familles.

Après avoir déjà réduit les déplacements des Ontariens dans la région de l’Abitibi-Témiscamingue, le 28 mars, c’est au tour de la région de la capitale nationale et de l’Est ontarien de se voir limiter l’accès au Québec.

Afin de prévenir davantage la propagation de la COVID-19, le Québec interdit désormais l’accès à son territoire aux résidents de l’Ontario qui voudraient se rendre à Gatineau ou dans la région de l’Outaouais, ainsi que dans les municipalités régionales de comté d’Antoine-Labelle et d’Argenteuil, limitrophes d’Hawkesbury, comme Grenville.

Une situation qui décourage Éric*, résident d’Hawkesbury.

« IGA est la seule épicerie qui offre le service de livraison à domicile. L’Independent de Hawkesbury propose de faire son épicerie en ligne, mais ne livre pas et il faut venir ramasser sur place. Sachant qu’on nous demande de limiter le plus possible les contacts, comment va-t-on faire ? Et comment fera une personne qui vit seule, qui est en quarantaine et qui n’a pas de membres de sa famille dans le coin ? »

Sylvie* s’inquiète quant à sa situation familiale.

« Mon fils doit maintenant compléter ses études collégiales en ligne, chez son père, à Gatineau, même s’il vit habituellement chez moi en Ontario, car l’internet, ici à la campagne, est très limité. Sera-t-il possible pour lui de continuer à passer du temps avec ses deux parents ? »

Contrôles aléatoires

Dans l’ordonnance de la santé publique du Québec, on précise que seuls les déplacements pour obtenir et fournir des services de santé, pour du soutien humanitaire ou pour assurer la continuité de la chaîne d’approvisionnement seront autorisés entre les deux provinces.

Les forces policières effectueront des contrôles aléatoires, comme c’était le cas, aujourd’hui, sur le Pont Macdonald-Cartier.

 
Barrage routier sur le pont Macdonald-Cartier. Source : Twitter

« Sauf pour un service essentiel ou pour les personnes qui habitent du côté du Québec et qui reviendraient de l’Ontario, il ne sera plus possible de traverser. Nous allons privilégier une approche de sensibilisation en demandant aux gens de s’en retourner quand il ne s’agira pas d’un déplacement essentiel, comme pour ceux qui voudraient aller faire leur épicerie au Québec », explique Guy Lapointe, directeur des communications de la Sûreté du Québec.

Une personne qui s’opposerait à cette demande pourrait faire l’objet d’un rapport de constat d’infraction.

« À un moment donné, c’est une question de respecter les consignes », a plaidé le premier ministre québécois François Legault, lors de sa conférence de presse quotidienne.

Tous les déplacements vers le Québec limités

La province du Québec a cité spécifiquement certaines régions, mais la Sûreté du Québec précise que ce sont tous les déplacements vers le Québec qui sont désormais limités, y compris vers la région de Rigaud.

« Il peut y avoir des contrôles à tous les points de passage entre l’Ontario et le Québec. Un policier peut intercepter un véhicule pour vérifier s’il effectue un déplacement essentiel », précise M. Lapointe.

Une situation qui pose beaucoup de questions.

« Nous sommes en Ontario et prévoyons déménager au Québec mi-avril, pour des raisons professionnelles. Aurons-nous le droit ? », s’inquiète Michèle*.

Le directeur des communications de la Sûreté du Québec se fait rassurant.

« Les besoins particuliers seront évalués au cas par cas, par les policiers. Si c’est, par exemple, pour aller aider un parent âgé à Montréal, ça fonctionne. Mais si c’est pour aller voir des amis, ça ne marche pas. C’est sûr qu’en cas de déménagement, on conseille aux gens de se munir de leur bail ou d’un document justificatif pour se simplifier la vie. »

Un casse-tête pour les familles

Pour les nombreux Ottaviens qui profitent régulièrement du parc de la Gatineau, cette mesure ne changera rien puisque la Commission de la capitale nationale a fermé les aires de stationnement du parc et de la Ceinture de verdure, la semaine dernière.

Mais dans cette région si particulière de la capitale nationale, la décision devient un casse-tête pour beaucoup de famille.

« Je ne pourrai pas voir mes petits-enfants », se désole Marie-Josée Martel, d’Ottawa, sur les réseaux sociaux.

Père d’une adolescente dont il a la garde partagée avec son ex-compagne qui vit à Gatineau, Doug* juge excessives les mesures mises en place.

« Je comprends qu’on limite l’accès entre les États-Unis et le Canada, mais là, on est dans le même pays ! »

Avec son ex-compagne, ils ont ajusté la garde partagée aux deux semaines pour prévenir tout symptôme d’infection. Mais les nouvelles mesures inquiètent le Franco-Ontarien.

« Nous n’avons pas de documents légaux, car nous nous sommes entendus à l’amiable pour la garde de notre fille. On va donc faire une lettre, mais est-ce que les policiers l’accepteront ? Et si ce n’est pas le cas, à qui vais-je devoir m’adresser ? »

Il craint également les longues files d’attente pour se rendre de l’autre côté de la rivière des Outaouais. Pour mettre toutes les chances de leur côté, Doug et son ex-compagne ont convenu de se rejoindre juste à la sortie du pont.

Uniquement dans un sens

La mesure s’appliquera uniquement dans le sens du Québec vers l’Ontario, a confirmé le maire de la Ville d’Ottawa, Jim Watson.

« Nous avions déjà dit et nous continuons de recommander d’éviter les déplacements non essentiels entre Gatineau et Ottawa. C’est juste du gros bon sens ! Le Québec a le droit de faire ce qu’il veut, mais de notre côté, nous ne pensons pas que c’est nécessaire de mettre des ressources policières sur les ponts interprovinciaux. »

Cet article a été mis à jour à 16h50.

*Ces personnes ont demandé à garder l’anonymat. 

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