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Le ras-le-bol d’un résident permanent bloqué à l’étranger

Temps de lecture : 4 minutes

Des milliers de Canadiens sont toujours coincés à travers le monde en raison des restrictions aux frontières, des vols de retour au compte-goutte et de leur coût prohibitif. L’Ontario n’échappe pas à la règle. Plusieurs citoyens et résidents permanents demandent au gouvernement d’agir. Nacim Fekid en fait partie. Bloqué en Algérie, il confie son désarroi à ONFR+.

« On est bloqué à Tizi Ouzou, en Kabylie », raconte-t-il. Nacim Fekid est résident permanent et planifiait un retour à Ottawa, en avril. Son projet a viré au cauchemar lorsque la COVID-19 a cloué les avions au sol. Depuis, il vit dans un petit appartement au milieu des valises, avec sa femme Radia et ses deux enfants, Elea et Alana, guettant la moindre opportunité de rentrer au Canada à un coût raisonnable.

Il n’a pas pu embarquer à bord d’un des cinq vols de rapatriement affrétés au printemps par le gouvernement canadien à cause du prix excessif des billets, plus de deux fois plus cher qu’à la normale.

« Ces vols n’étaient pas à notre portée », déplore-t-il. « Les tarifs d’Air Canada représentaient plus de 250 % du tarif habituel : 1 300 $ au lieu de 600 $. L’alternative est d’opter pour la compagnie Lufthansa, mais ce sont des billets encore plus chers : plus de 300 % par rapport au tarif habituel. Les gens qui rentrent actuellement sont en train de payer 1 800 à 2 000 $. Pour une famille, ça atteint vite des sommes démesurées. »

La famille Fekid : Radia, Elea, Alana et Nacim sont résidents permanents. Gracieuseté

M. Fekid dénonce « des vols commerciaux déguisés » qui n’accordent aucun délai pour se préparer.

« Le préavis entre l’annonce du vol, l’achat des billets et le départ ne dépasse pas quatre jours et coïncide généralement avec un week-end. Ça nous met dans l’impossibilité de consulter nos banques et des administrations qui ne sont pas ouvertes toute la semaine en raison des mesures de lutte contre la COVID-19. »

Les personnes qui ont pu rejoindre le Canada, sont pour la plupart, des gens ayant acheté leurs billets depuis le Canada, et qui ont été remboursés par leurs assurances suite aux annulations de vol, « mais pour nous, rentrer au Canada est une mission délicate. Rester en Algérie l’est aussi, vu que la majorité n’y travaille pas ».

« Pas de vols supplémentaires » confirme Ottawa

« Malgré tous les efforts que nous déployons, nous ne serons pas en mesure d’assurer le retour de tous les Canadiens qui aimeraient revenir au pays », affirme Angela Savard, dans un échange de courriels avec ONFR+.

La porte-parole du ministère Affaires mondiales Canada est catégorique : « Le gouvernement ne planifie pas d’organiser de vols supplémentaires que ceux prévus pour rapatrier les Canadiens pendant la pandémie de COVID-19. »

« Des vols à 1 300 $ sans délai pour se préparer, on n’est pas demandeur », balaye pour sa part M. Fekid, « les compagnies doivent faire des efforts. 300 %, c’est inadmissible et irrespectueux pour le consommateur. C’est de l’argent dont on a besoin pour s’installer au Canada, pas pour faire un trajet en avion. »

Confrontées à une crise sans précédent, les compagnies invoquent la complexité de la situation et des vols à capacité réduite en raison des mesures de distanciation qui engendrent des coûts plus élevés.

Une famille privée d’aide gouvernementale

De nombreux Canadiens encore dans l’impasse à l’étranger réclament plus de visibilité de la part des gouvernements et des compagnies sur la reprise des vols réguliers.

« Si on nous dit que ça n’ouvre pas avant octobre, certains pourront casser leur tirelire maintenant, mais la plupart préfèrent attendre plutôt que de prendre le risque de payer des billets hors de prix, à quelques jours d’un redémarrage des vols commerciaux à prix normal », glisse, inquiet, M. Fekid.

D’autres passagers d’Afrique du Nord ont tenté leur chance en transitant par les capitales européennes, notamment Paris et Francfort, à bord de vols spéciaux.

« Entre Paris et Montréal, les vols ne s’arrêtent jamais, mais le processus est lourd pour y accéder », raconte M. Fekir. « On doit avoir l’autorisation de l’ambassade et l’escale réserve parfois de mauvaises surprises. À Francfort, des voyageurs ont dormi par terre à cause du retard de l’avion. »

Un voyage nolisé par l’Association d’aide à l’immigration, une organisation québécoise, depuis le Maroc et à destination de Montréal a en outre tourné court récemment, faute d’autorisation du Canada.

« Nous continuerons à conseiller et à aider les Canadiens qui sont à l’étranger », assure Mme Savard. « Dans le cas où ils ne sont pas en mesure de rentrer au Canada, nous continuerons à les conseiller et les aider avec une gamme complète de services consulaires. »

La porte-parole ministérielle met en avant le Programme de prêts d’urgence COVID-19 qui soutient temporairement les Canadiens. Plus de 4 000 prêts pour un montant total de 14,2 millions de dollars ont été approuvés jusqu’alors.

« Les détenteurs de résidence permanente qui n’ont pas encore eu de revenu au Canada ne sont pas éligibles aux aides », regrette M. Fekid qui n’a accès ni à la Prestation d’urgence canadienne, ni à l’Allocation canadienne pour enfants, comptant sur ses seules économies pour subsister.

Plus de 42 000 Canadiens rapatriés

À ce jour, plus de 42 654 Canadiens sont rentrés au pays à bord de 449 vols de 110 différents pays pendant la crise COVID-19. Le gouvernement a facilité cinq vols sous contrat au départ de l’Algérie, ramenant plus de 1 382 citoyens au Canada. Le dernier vol est parti le 3 mai.

En Algérie, un pays relativement peu touché par la pandémie si l’on en croit les autorités de santé locales, avec plus de 11 000 cas pour 845 décès, l’attente est longue pour plusieurs centaines de personnes qui s’accrochent à l’espoir d’une possible reprise de vols réguliers au cours de l’été.

Tandis que Lufthansa a annoncé un nouveau vol de rapatriement le 2 juillet, Air Transat prévoit la reprise graduelle de ses vols à partir du 23 juillet.

Air Canada reste suspendue aux directives d’Ottawa qui a prolongé la fermeture de ses frontières jusqu’au 21 juillet. Air Algérie prévoit, pour sa part, des vols de rapatriement depuis le Canada. Des négociations sont en cours pour faire monter des passagers coincés en Algérie à l’aller, à destination de Montréal.

De son côté, Nacim Fekid a décidé de créer une page Facebook qui rassemble plus de 900 mécontents pour interpeller les compagnies aériennes qui profitent, selon lui, de leur situation de monopole dans une période stressante. Au sein du groupe, près de 400 personnes, citoyens, résidents permanent et détenteurs d’une confirmation de résidence permanente, seraient dans sa situation, en Algérie et ailleurs au Maghreb. 

Ottawa promet que « des efforts soutenus se poursuivront au cours des prochaines semaines pour aider les Canadiens dans le besoin à l’étranger, notamment ceux qui se trouvent dans des endroits difficiles d’accès » et les encourage à s’inscrire auprès du Service d’Inscription des Canadiens à l’étranger, afin d’obtenir des renseignements.

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