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Le scolasticat des Pères Blancs à Eastview (Vanier) et la statue de Notre-Dame d'Afrique, entre 1956 et 1959. Crédit image : Centre de recherche en civilisation canadienne-française de l'Université d'Ottawa.

Le riche patrimoine du parc Richelieu à Vanier

Temps de lecture : 6 minutes

Chaque samedi, ONFR+ propose une chronique sur l’actualité et la culture franco-ontarienne. Cette semaine, l’historien et spécialiste de patrimoine Diego Elizondo.

[CHRONIQUE]

VANIER – Véritable joyau, le parc Richelieu est un ilot de nature, de tranquillité et de patrimoine qui se situe en plein milieu urbain dans l’ancien territoire de la Cité de Vanier. Si un fait divers de vandalisme sur l’un de ses biens patrimoniaux a malheureusement récemment défrayé les manchettes, l’histoire de ce parc au site enchanteur est unique pour la francophonie ontarienne.

Situé au 300 avenue des Pères-Blancs à Ottawa, le parc Richelieu est un vaste site, d’une superficie 17,5 acres qui comprend une forêt d’érables de quatre acres, une bibliothèque municipale, un centre communautaire, un musée communautaire et municipal, une cabane à sucre, un sentier extérieur rendant hommage aux auteurs de l’Ontario français, des terrains sportifs, une imposante murale et des vestiges du patrimoine religieux franco-ontarien.

Le nom Richelieu rend hommage aux clubs Richelieu, fondés en 1944 à Eastview (Vanier, depuis 1969).

Domaine des Pères Blancs

La conception du parc remonte à 1937 lorsque la congrégation religieuse de la Société des Missionnaires d’Afrique (mieux connu sous le nom de « Pères Blancs ») se porte acquéreur d’un terrain en friche rocheux et marécageux de 56 acres appartenant à l’entrepreneur Donat Grandmaître (qui fut maire d’Eastview de 1933 à 1936 et de 1937 à 1948).

À l’invitation de l’archevêque catholique d’Ottawa de l’époque, Monseigneur Guillaume Forbes (dont le frère John fut le premier canadien à devenir Père Blanc) les Pères Blancs font construire un immense scolasticat de cinq étages au style architectural Dom Bellot, d’une centaine de chambres, pouvant accommoder quelques 80 personnes.

Seul établissement du genre au Canada, le scolasticat des Pères Blancs à Eastview a la caractéristique d’enseigner en français en Ontario. En 1947, il devient un lieu de formation international alors qu’on vient de partout sur la planète pour y étudier.

En 1951-1952, un couvent de deux étages au style architectural identique qu’au scolasticat de 1938, mais en format réduit est construit du côté nord pour y héberger les Sœurs Antoniennes de Marie. Enfin, en 1960, une aile de style architectural moderne au sud du scolasticat est également construite.

Le scolasticat des Pères Blancs à Vanier en voie de démolition, en septembre 1977. Crédit image : Muséoparc Vanier.
Le scolasticat des Pères Blancs à Vanier en voie de démolition, en septembre 1977. Crédit image : Muséoparc Vanier.

Les Pères Blancs mettent en vente leur vaste domaine en 1974. Des négociations difficiles ont lieu entre la Cité de Vanier (alors que Bernard Grandmaître est maire) et la congrégation religieuse. La municipalité d’un mille carré (la plus dense en Ontario) souhaite s’en porter acquéreur afin de se conformer à la législation provinciale en matière d’espaces verts. Le point en litige est la somme de la vente du terrain de 25,5 acres. Ne parvenant pas à s’entendre, Vanier exproprie les Pères Blancs. Les derniers quitteront en 1976, mais contesteront devant les tribunaux le montant qui leur a été versé et cette saga ne prendra fin qu’en 1982 lorsque la Cour donnera raison à Vanier.

Le scolasticat, où 700 scolastiques y ont étudié en près de 40 ans, a été démoli en 1977.

Une bibliothèque patrimoniale

L’ancien couvent construit en 1951-52 est reconverti en bibliothèque publique municipale dès 1976. Si l’intérieur a été réaménagé, son apparence extérieure n’a pas changé d’un iota. Il s’agit d’une excellente réutilisation d’un ancien édifice religieux et qui respecte le patrimoine. L’une des premières du genre en Ontario français, à l’époque.

La collection de la bibliothèque de Vanier se distingue par son nombre volumineux d’items en français (plus de 60 %), soit davantage que n’importe quelle autre succursale dans la ville d’Ottawa. Malgré cela, une menace de fermeture a plané sur la bibliothèque en 2004. Un comité citoyen, S.O.S. bibliothèque (clin d’œil à S.O.S. Montfort) s’est formé pour sauver cette institution culturelle franco-ontarienne et a réussi à repousser la menace.

Fait peu connu, l’édifice de la bibliothèque porte le nom de Gisèle Lalonde, mairesse de Vanier (1985-1991), présidente de S.O.S. Montfort (1997-2002) et pilier de la francophonie ontarienne, décédée cette année.

Une statue patrimoniale

La statue de Notre-Dame d’Afrique qui se trouve sur le rond-point au bout de l’avenue des Pères-Blancs est un vestige historique de la présence des pères missionnaires.

Cette statue en plâtre a été reçue à Eastview/Vanier par les Pères Blancs le 29 avril 1955. Elle a été fabriquée à Montréal par la maison T. Carli et Petrucci (1867-1965). Des œuvres de cet atelier statuaire se trouvent partout dans plusieurs églises catholiques en Ontario français, au Québec, au Canada de même qu’aux États-Unis. De par sa longévité, son expertise italienne et de ses commandes réalisées sur mesure pour ses clients, l’atelier montréalais a été un acteur important de l’âge d’or de l’art religieux catholique au Canada français.

La statue de Notre-Dame d'Afrique en avant-plan, de même qu'à l'arrière-plan la succursale Vanier de la bibliothèque publique d'Ottawa (édifice Gisèle-Lalonde) et des érables, autour. Autant d'éléments, tous protégés depuis 1997 en vertu de la Loi sur le patrimoine de l'Ontario. Gracieuseté.
La statue de Notre-Dame d’Afrique en avant-plan, de même qu’à l’arrière-plan la succursale Vanier de la bibliothèque publique d’Ottawa (édifice Gisèle-Lalonde) et des érables, autour. Autant d’éléments, tous protégés depuis 1997 en vertu de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario. Gracieuseté.

En septembre 1956, la statue Notre-Dame d’Afrique fut placée en face de l’imposant scolasticat sur un socle permanent, fabriqué par les scolastiques à Eastview/Vanier. Ces derniers l’entouraient parfois le soir, pour chanter un cantique à la Vierge qui présidait à leur formation missionnaire.

Il y a un parallèle évident entre la statue Notre-Dame d’Afrique qui se trouve à Vanier et l’originale qui est située à la basilique Notre-Dame d’Afrique, à Alger, en Algérie. On y reconnaît de part et d’autre les mêmes attributs : une couronne imposante, la tête penchée sur le côté droit, le regard qui fixe le sol, une robe de couleur bleue, blanche et or, les bras tendus en signe d’accueil, la peau noire et un collier Sacré-Cœur.

Notre-Dame d’Afrique est la patronne des Pères Blancs et des Sœurs Blanches d’Afrique. Ces deux congrégations ont été présentes à Ottawa.

Cible de vandalisme et bien que la Cité de Vanier l’eût déjà réparée en 1989, quatre femmes qui complétaient un stage en 1994 à la Maison Fraternité (dont Diane Germain, Lucie Lamarche et Christine King) ont pris l’initiative d’amasser des fonds pour la restaurer à nouveau. Elles ont été appuyées par l’artiste local Tony Dufour qui a accepté de consacrer gratuitement le temps nécessaire pour effectuer les réparations. Entre 4000 $ à 4 5000 $ des 6 000 $ amassés avaient été réservés pour l’installation de lumières dans l’espoir d’épargner la statue de potentiels futurs actes de vandalisme.

Le Centre Richelieu-Vanier

L’aile moderne de 1960 du scolasticat des Pères Blancs servi aux organismes communautaires de Vanier à partir de 1978 jusqu’à ce que la Cité municipale y emménage son hôtel de ville en 1985. Il y restera jusqu’à la fusion municipale de 2001 et pris l’actuel nom de Richelieu-Vanier en 2003.

Le pavillon de l’hôtel de ville de Vanier, construit en 1988, du temps de la mairie de Gisèle Lalonde. C’est à cet endroit qu’en décembre 1988 a eu lieu la réunion inaugurale du premier conseil scolaire de langue française en Ontario. Gracieuseté

En 1988, alors que Gisèle Lalonde est à la mairie, un pavillon au style architectural néocolonial espagnol des architectes Murray & Murray est construit à l’arrière du bâtiment. La même année, c’est à cet endroit qu’a eu lieu l’assermentation des conseillers scolaires et la réunion inaugurale du premier conseil scolaire de langue française en Ontario.

Le deuxième étage du bâtiment héberge le Muséoparc Vanier, ouvert depuis 2006. Il est l’un des rares musées francophones hors Québec au Canada et qui soit consacré à la francophonie.

Les biens patrimoniaux dans le parc

Le 17 février 1997, le conseil municipal de la Cité de Vanier a adopté le règlement 3604 conférant une désignation patrimoniale en vertu de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario à la statue de Notre-Dame d’Afrique, à son socle et au cercle sur lequel elle se trouve ainsi qu’aux autres vestiges qui subsistent de la présence des Pères Blancs tels que le bâtiment de la succursale Vanier de la bibliothèque publique d’Ottawa (y compris sa distinctive croix métallique qui la coiffe), les érables de la forêt Richelieu ainsi que les deux colonnes en pierre, les plaques qui s’y trouvent et la clôture en fer noir à l’entrée du parc.

La succursale Vanier de la bibliothèque publique d’Ottawa. L’ancien couvent est désigné patrimonial depuis 1997 en vertu de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario. Gracieuseté

L’ouverture d’une nouvelle cabane à sucre (une quatrième depuis 1939) est prévue pour février prochain, à l’occasion du Festival des sucres qui y a lieu depuis 1987. La précédente cabane à sucre (qui avait été ouverte en 1999 sur le site même de la première sucrerie des Pères Blancs) a été criminellement incendiée en 2020. En attendant, une imposante murale de l’artiste-peintre John Ellenberger datant de 2005 dépeignant le temps des sucres des années 1940 à l’époque des Pères Blancs peut être admirée sur un mur extérieur du Centre Richelieu-Vanier.

L’avenue des Pères-Blancs qui mène à ce haut lieu du patrimoine et de l’histoire de la francophonie ontarienne a été francisée du nom « White Fathers » en 1987. La mairesse de Vanier de l’époque, Gisèle Lalonde, déclara : « c’est un hommage à notre patrimoine ».

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR+ et du Groupe Média TFO.

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