Blaise Ndala, président d’honneur du SLAC 2026. Gracieuseté
Culture

Le Salon du livre afro-canadien s’affirme à Ottawa

Blaise Ndala, président d’honneur du SLAC 2026. Gracieuseté

OTTAWA – Avec 92 auteurs, des partenariats culturels qui se renforcent et des ventes de livres en progression, le Salon du livre afro-canadien (SLAC) aborde sa neuvième édition sous le signe de la maturité. Le rendez-vous entend donner davantage de visibilité aux plumes afrodescendantes tout en créant des ponts entre les auteurs francophones de toutes origines. 

« L’objectif est de mettre en lumière la littérature créée, rêvée par les auteurs francophones d’ascendance africaine », explique Nicole Baptiste, présidente-directrice générale de Mosaïque interculturelle.

Cette neuvième édition, qui s’ouvre ce jeudi et se poursuit jusqu’à dimanche, réunit des écrivains originaires de l’Afrique du Nord, de l’Afrique subsaharienne et des Caraïbes, notamment d’Haïti, de la Martinique et de la Guadeloupe. Des auteurs de l’international prennent également part au rendez-vous.

Blaise Ndala, président d’honneur de l’édition, voit dans le Salon un moyen de faire découvrir une partie de la littérature canadienne qui trouve moins facilement sa place dans les grands rendez-vous littéraires.

« Les écrivains afro-canadiens ne sont pas un bloc monolithique. Nous ne pensons pas tous de la même manière », précise-t-il.

« Mais un salon comme celui-ci leur donne l’occasion d’être un peu plus en vue. Ne serait-ce que pour cette raison, un tel espace mérite d’exister », souligne l’écrivain, qui vient de publier L’équation avant la nuit, après le succès de son roman plusieurs fois primé Dans le ventre du Congo.

Cérémonie de lancement du Salon. Photo : Gracieuseté

Soutenir ces initiatives permet, selon lui, d’élargir ce qu’il appelle « la bibliothèque universelle, où toutes les histoires se complètent et se nourrissent les unes des autres ».

Être président d’honneur signifie d’abord être « le visage et le porte-voix du Salon », considère M. Ndala. Cette participation prendra notamment la forme d’une exploration musicale de ses romans avec l’artiste Bernard Falaise.

Imaginée par Rhizome, littérature vivante, un organisme de Québec, cette rencontre donnera une place particulière à la rumba congolaise, qui accompagne le travail de l’écrivain.

« Pour chacun de mes romans, j’ai toujours été accompagné de musique : des morceaux qui font écho aux textes, aux atmosphères, aux environnements et aux histoires que je raconte », raconte l’auteur.

Pendant une heure, ses lectures seront entrecoupées de compositions de Bernard Falaise, créées à partir de morceaux congolais que l’écrivain lui a transmis. Le public pourra entendre les musiques originales et leur réinterprétation, puis échanger avec les artistes.

Un ancrage culturel qui se renforce

La mise en lumière de la littérature afro-canadienne s’accompagne d’une volonté d’ouverture. Selon Nicole Baptiste, une bonne vingtaine des 92 auteurs présents ne sont pas afro-canadiens. Ils viennent notamment de l’Ontario et du Québec.

Pour Nicole Baptiste, présidente-directrice générale de Mosaïque interculturelle, la 9ème édition su salon est celle de « la maturité ». Gracieuseté

« On essaie de créer ce pont-là, cet espace de collaboration, de partage », souligne-t-elle.

Le rendez-vous devient ainsi un lieu de rencontre avec les lecteurs, mais aussi entre les auteurs et les autres acteurs du milieu littéraire. Cet ancrage se traduit également par des collaborations avec plusieurs organismes et institutions de la région.

Le Salon se déroule au MIFO, à Orléans, tandis que la soirée de poésie, organisée avec l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français (AAOF), est accueillie au Centre national des Arts. Bibliothèque et Archives Canada participe avec un kiosque et une animation.

À ces collaborations, entre autres, s’ajoute celle de l’Université d’Ottawa, qui accorde une bourse de mobilité à l’un des auteurs invités de l’international.

« Le Salon a pris sa place dans la ville », affirme Mme Baptiste.

Imaginer le métier d’écrivain en 2040

Invité d’honneur aux côtés notamment de Lisa L’Heureux, Soufiane Chakkouche représente l’Ontario. L’écrivain en est à sa quatrième participation consécutive.

Parmi les activités auxquelles il prend part, figure la table ronde « Écrire en 2040 », consacrée à l’avenir du métier d’écrivain. La discussion invite les auteurs à se projeter dans un univers littéraire transformé, notamment par l’intelligence artificielle.

Écrivain et scénariste marocain installé à Toronto, Soufiane Chakkouche est également membre de Mosaïque interculturelle. Photo : Claude Guerre

« Nous allons imaginer comment nous écrirons en 2040, avec toute cette histoire d’intelligence artificielle », résume l’auteur, dont le plus récent livre, Rocking Chair, est paru en 2025.

Selon Nicole Baptiste, le Salon a commencé dès l’année dernière à intégrer cette question à sa programmation.

Des ventes qui progressent

La croissance du Salon se mesure aussi aux ventes de livres, affirme sa dirigeante.

En réunissant les ventes des livres des auteurs membres de Mosaïque et celles des maisons d’édition participantes, Nicole Baptiste avance un montant d’environ 30 000 dollars pour une édition, contre 8000 à 9000 dollars en 2019.

« Cela augmente au fur et à mesure. Le nombre de maisons d’édition participantes augmente aussi », ajoute-t-elle.

Elle observe également une bonne tenue des livres jeunesse au Salon, dont la programmation s’adresse autant aux enfants qu’aux adultes.

À l’approche du dixième anniversaire, Nicole Baptiste voit aussi les effets du chemin parcouru dans le fonctionnement de l’organisation. Une équipe de plusieurs générations s’est constituée, appuyée par des bénévoles fidèles et de jeunes participants venus des écoles.

« Comme fondatrice de Mosaïque et du Salon, je ne cours plus partout », lance-t-elle.

À ses yeux, cette évolution se manifeste désormais autant dans la programmation que dans l’organisation : « C’est l’édition de la maturité. »