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Leadership en langues officielles: les conservateurs critiquent les libéraux

OTTAWA – Subtilement, mais clairement, le commissaire aux langues officielles du Canada, Raymond Théberge, ne s’est pas privé de critiquer les gouvernements qui se sont succédé ces dernières années pour leur manque d’entrain envers les langues officielles. Jeudi, conservateurs et libéraux se renvoyaient la balle dans le dossier.

«Il y a un manque de volonté politique depuis plusieurs années. Il y a eu certains progrès au cours des 50 dernières années, mais depuis une décennie, il y a un plafonnement», a lancé M. Théberge en présentant ses recommandations en vue d’une modernisation de la Loi sur les langues officielles.

Et de rappeler: «Le gouvernement fédéral a un rôle à jouer en matière de promotion de la dualité linguistique. Il investit beaucoup dans les provinces et territoires, mais il doit s’assurer que ces investissements sont bien utilisés et vont bien aux communautés.»

Une manière de mettre Ottawa en face de ses responsabilités et de le pousser à exercer son influence auprès des différents paliers de gouvernement. Le commissaire Théberge en a profité pour réitérer sa demande d’une rencontre entre le gouvernement fédéral et ses homologues des provinces et territoires pour bien faire comprendre le rôle de chacun en matière de langues officielles.

Une démarche audacieuse, selon le politologue de l’Université d’Ottawa, Martin Normand.

«La phrase du commissaire sur le leadership provincial qui fait défaut tout en soulignant les manquements du fédéral est un message qui porte. M. Théberge écorche doucement le gouvernement fédéral», analyse-t-il.

Clarke vise Joly

Une chose est sûre, ses remarques ont suffi à donner des munitions au porte-parole du Parti conservateur du Canada (PCC) en matière de langues officielles, Alupa Clarke.

«On l’a vu dans la dernière année, les libéraux sont incapables de faire en sorte que la Loi soit respectée au jour le jour. On l’a vu avec l’Office national de l’énergie qui a publié son rapport juste en anglais sur l’oléoduc de Trans Mountain. La ministre Joly a dit: c’est inacceptable. Mais ça, c’est le rôle de l’opposition! Elle, elle doit agir! Même chose pour la banque d’infrastructure qui peine à donner des services bilingues…»

Le député de Beauport-Limoilou écorche la ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie.

«Mme Joly manque de leadership au sein du cabinet pour mettre fin à ces situations-là. Le commissaire dans son rapport annuel a mis tout l’accent sur la mise en place de la Loi, parce qu’il constate lui-même qu’à bien des égards, elle n’est pas faite adéquatement. Et ça, c’est un manque de leadership!»


«Nous, ce qu’on démontre, c’est que quand on va former le gouvernement, on va être très sérieux en ce qui a trait à l’application de la Loi et sa mise en œuvre au sein de l’appareil fédéral» – Alupa Clarke, député conservateur


Et même si on lui rappelle que les conservateurs ont aussi été au pouvoir lors de la dernière décennie, l’élu québécois persiste.

«Il n’y a pas de mea culpa à faire! Les libéraux veulent toujours avoir un groupe qui est contre les langues officielles et un autre qui est pour. La vérité, c’est que depuis 50 ans, la Loi sur les langues officielles évolue de manière positive, mais qu’il faut toujours tendre vers une amélioration constante.»

Et d’insister: «Dans des cas très tangibles récemment, Mme Joly s’est contentée de dire que c’est inacceptable, alors que c’est elle la ministre. Elle n’a aucun leadership, je le vois depuis deux ans. Elle n’est pas capable au sein du cabinet de mettre sa main sur la table et d’imposer la Loi. C’est ça le problème. Nous on va l’imposer!»

Joly renvoie la balle

La ministre Joly a défendu l’approche de son gouvernement et le fait que la modernisation de la Loi sur les langues officielles n’ait pas été faite lors du mandat qui s’achève.

«Quand on est arrivé, il y a quatre ans, le dossier des langues officielles était un dossier qui avait traîné depuis trop longtemps. Les communautés linguistiques et les francophones en situation minoritaire étaient extrêmement anxieuses. Il y avait eu des coupures… Nous, ce qu’on a fait, c’est de réinvestir massivement dans les langues officielles. Et après, sachant qu’on venait de réparer tout le dommage qui avait été commis par l’ancien gouvernement, on a voulu aller plus loin et on s’est engagé à moderniser la Loi sur les langues officielles.»

La députée libérale met en doute la volonté des conservateurs de vouloir moderniser la Loi.

«Contrairement à mon collègue Alupa Clarke qui parle en son nom et pas au nom de son parti, mon premier ministre m’a donné un mandat clair de moderniser la Loi pour la renforcer, parce qu’il y a unanimité dans notre caucus pour protéger nos minorités linguistiques à travers le pays.»

Futur enjeu de campagne

Une chose est sûre, en agissant de la sorte, le commissaire aux langues officielles a été habile en vue des prochaines élections, estime M. Normand.

«En pointant du doigt l’importance du leadership politique en matière de langues officielles, le commissaire a mis la balle dans le camp des partis. Ils n’auront pas d’autres choix que de se positionner sur cet enjeu lors de la prochaine campagne électorale.»

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