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L’élection d’Annamie Paul vue par des verts franco-ontariens

Temps de lecture : 5 minutes

Le Parti vert du Canada a élu sa nouvelle chef, samedi soir. À l’issue d’un scrutin très serré, terminé au 8e tour, l’avocate torontoise Annamie Paul succède à Elizabeth May. Bilingue, elle devient la première femme noire à diriger un parti politique fédéral au Canada.

Michelle Petersen ne le cache pas, elle souhaitait la victoire d’Annamie Paul.

« J’ai eu un coup de cœur quand je l’ai rencontrée au début de sa campagne à la chefferie. Elle porte nos valeurs qui sont, certes, l’environnement, mais aussi la justice sociale, la démocratie… », explique la candidate verte dans Orléans aux dernières élections fédérales.

Spécialisée en droit international, l’avocate torontoise a été élue au dernier tour face au montréalais Dimitri Lascaris.

La candidate verte dans Orléans aux dernières élections fédérales, Michelle Petersen. Source : Facebook

Même s’il appuyait Courtney Howard, Alexander Gomm se dit très encouragé par le choix des militants.

« Sa victoire est le signe d’un parti inclusif qui continue de briser des barrières. Elle va apporter une voix forte et permettre de continuer à faire grandir le parti en rejoignant plus d’électeurs. »

En succédant à Mme May, Annamie Paul devient la première femme noire et juive à prendre la tête d’un parti fédéral au Canada.

« C’est historique, mais aussi un symbole très fort pour tout le pays », pense Adam Sommerfeld, porte-parole aux Affaires francophones pour le Parti vert de l’Ontario, qui a porté son choix sur Mme Paul dès le premier tour du scrutin.

« Une rassembleuse »

Mme Petersen espère que son élection apportera des changements au sein du parti.

« Comme toute grande institution fédérale, nous avons encore du mal à bien représenter la diversité que ce soit avec nos candidats, nos membres ou dans nos associations. Je sais que ça lui tient à cœur. C’est une personne très rassembleuse ! »

Bénévole dans son équipe de campagne aux élections fédérales de 2019 dans Toronto-Centre, M. Sommerfeld vante les qualités de la nouvelle chef des verts canadiens.

« C’est quelqu’un de très engagé, qui travaille très fort et qui est très dévoué. Le fait qu’elle vienne d’un grand centre urbain va permettre d’atteindre d’autres électeurs, beaucoup de gens vont se reconnaître en elle. Son expérience comme entrepreneure sociale va permettre de faire mieux connaître d’autres aspects de notre parti, comme sur la justice sociale. »

QUI EST ANNAMIE PAUL ?

Elle est née en 1972, à Toronto, est mariée et mère de deux enfants.

Titulaire d’une maîtrise en affaires publiques à l’Université Princeton, elle a aussi étudié le droit à l’Université d’Ottawa. Elle est membre du Barreau de l’Ontario.

Après avoir fondé et dirigé le Canadian Centre for Political Leadership (CCPL) de 2001 à 2005, un organisme de bienfaisance formant des femmes et des personnes issues de minorités sous-représentées à se présenter aux élections, elle devient directrice d’une ONG vouée à la prévention des conflits à Bruxelles.

Elle a aussi cofondé et codirigé le BIPP HUB (Barcelona international public policy) à Barcelone, un centre d’innovation pour les ONG internationales travaillant sur les défis mondiaux. Aussi, elle a siégé au conseil d’administration et conseillé plusieurs ONG internationales, notamment le Climate Infrastructure Partnership (CLIP), Higher Education Alliance for Refugees (HEAR) et Institute for Integrated Transitions (IFIT).

Au niveau politique, Mme Paul fut candidate aux élections fédérales dans Toronto-Centre, en 2019.

Sur les traces de Mme May, mais bilingue

En choisissant Mme Paul, les membres du Parti vert ont décidé de confier l’avenir de leur formation politique à une personne qui incarne davantage le centre du parti.

« C’est sûr qu’il y a un monde de différences idéologiques entre Mme Paul et Dimitri Lascaris qui se définit comme un écosocialiste. Mme Paul était la favorite, celle qui avait amassé le plus de fonds. Elle incarne la direction vers laquelle Mme May a voulu emmener le parti pendant 14 ans : en faire un parti pris au sérieux qui peut représenter une alternative par rapport aux autres grands partis », analyse la politologue au Collège militaire royal du Canada, Stéphanie Chouinard.

« Mais ce qui est intéressant pour les verts, c’est de voir le nombre de candidats qui se sont présentés [huit]. C’est une victoire, car cela démontre un intérêt », ajoute-t-elle.

Une chose diffère toutefois de sa prédécesseure : sa capacité à très bien s’exprimer en français.

« Je n’aurais pas appuyé un candidat qui ne parlait pas les deux langues officielles », lance Adam Sommerfeld.

Cet aspect a également beaucoup compté dans le choix de Mme Petersen.

« C’est une des lacunes de notre parti. J’ai dû l’affronter pendant la campagne avec un manque de ressources et d’appui en français. Annamie Paul a cette sensibilité, elle veut inclure la francophonie. »

Pour le candidat défait dans Nipissing-Timiskaming en octobre, Alexander Gomm, le bilinguisme de Mme Paul est un grand plus pour obtenir « le support de tous les Canadiens ».

Le candidat défait dans Nipissing-Timiskaming en octobre, Alexander Gomm. Gracieuseté

« Il y a une sensibilité aux valeurs de notre parti au sein de l’électorat francophone, notamment au Québec », acquiesce M. Sommerfeld. « On l’a vu lors des rassemblements de septembre [2019], la plus grande manifestation a eu lieu à Montréal. Pourtant, nous n’avons aucun député au Québec ! Il y a un potentiel pour y percer. »

La tâche ne sera toutefois pas évidente, prévient Mme Chouinard.

« Son français est bien meilleur que celui de M. O’Toole ou de M. Singh, elle est très articulée, ça pourrait aider le parti à faire mieux qu’en 2019. Mais il y aura du travail à faire, car le Parti conservateur et le Nouveau Parti démocratique se sont déjà positionnés pour aller chercher les votes du Bloc québécois qui est lui-même très fort », explique la politologue qui rappelle également que le bilinguisme de la nouvelle chef des verts sera aussi un atout auprès d’une majorité de Canadiens. « Cela rend le parti et sa chef plus sérieux aux yeux de bien des électeurs. »

Premier grand défi le 26 octobre

Des électeurs que Mme Paul aura rapidement l’occasion de convaincre puisqu’elle sera candidate aux élections partielles dans Toronto-Centre, le 26 octobre.

« Ça va être son premier grand défi », analyse Mme Chouinard, rappelant qu’en octobre, Mme Paul avait terminé 4e dans cette circonscription. « C’est une circonscription où le Parti libéral est historiquement fort et il n’est pas garanti que les partis s’effaceront pour lui laisser la place. Ce serait une surprise si elle l’emporte ! »

Mais les militants ne veulent pas le voir du même œil.

« C’est sûr que le Parti vert réussit mieux dans les régions rurales ou dans les plus petites villes où les candidats peuvent avoir davantage de visibilité. Mais là, les électeurs auront l’occasion d’envoyer un leader national à la chambre. De plus, on la voit beaucoup dans les nouvelles », juge M. Sommerfeld.

Adam Sommerfeld, porte-parole aux Affaires francophones pour le Parti vert de l’Ontario. Source : Twitter

Un avis que partage Mme Petersen.

« Elle aura l’appui de tous les militants à travers le Canada. Le moment est propice et j’ai beaucoup d’espoir ! »

D’autant que selon M. Gomm, les temps ne sont aujourd’hui plus les mêmes. 

« Ces 17 derniers mois, beaucoup de choses ont changé et les priorités des électeurs ne sont plus les mêmes. Les gens s’intéressent à nos politiques, par rapport à la menace que constituent les changements climatiques, mais aussi pour aider la majorité des Canadiens. Et puis, les électeurs connaissent désormais Mme Paul. »

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